semi conducteurs

Le Chips Act 2.0 veut relancer une ambition européenne déjà revue à la baisse

Le Chips Act 2.0 mise sur la commande publique pour sécuriser l'approvisionnement européen en semi-conducteurs. Un dispositif aux incohérences assumées, dans un marché importé à 78 %.

Publié à 8h45

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Le Chips Act 2.0 prolonge le règlement adopté en 2023, qui visait à porter la part de l'Union européenne dans la production mondiale de semi-conducteurs à 20 % d'ici 2030. L’objectif était de réduire la dépendance aux chaînes de valeur asiatiques et américaines et de sécuriser l’approvisionnement de secteurs stratégiques comme l’automobile, l’énergie ou la défense. En avril 2025, la Cour des comptes européenne a toutefois jugé cet objectif largement hors de portée, évoquant une trajectoire possible de 11,7 % à horizon 2030. Les difficultés de certains projets industriels, comme l’abandon par Intel de méga-usines prévues en Allemagne et en Pologne, ont illustré ces limites. Dans ce contexte, la stratégie européenne est réajustée sans être remise en cause dans ses principes. 

La commande publique comme levier de résilience 

Le texte introduit une dimension centrée sur la demande. Les acheteurs publics pourront intégrer la sécurité d’approvisionnement des semi-conducteurs dans les appels d’offres liés à des infrastructures ou systèmes critiques. En 2024, l’Union européenne a consommé environ 55 milliards d’euros de semi-conducteurs, dont 78 % importés de pays tiers. Les entreprises candidates pourront décrire leur chaîne d’approvisionnement, identifier les acteurs impliqués et préciser la part de fournisseurs « domestiques ». 

Lab-to-fab gap et structuration de la chaîne industrielle 

Le Chips Act 2.0 entend aussi répondre au « lab-to-fab gap », l’écart entre la recherche européenne en semi-conducteurs et sa transformation en production industrielle à grande échelle. Les critères de sécurité d’approvisionnement pourront être intégrés aux marchés publics sous forme de spécifications techniques, critères de sélection, d’attribution ou clauses d’exécution. Les entreprises devront détailler leurs stratégies de diversification et de double sourcing. La Commission pourra émettre des recommandations pour les secteurs sensibles et proposer des exigences renforcées. Des dérogations sont prévues en cas d’absence d’alternative, de contraintes techniques ou de coûts disproportionnés. Cependant, dans un marché ou 78% des puces sont importées, le manque d’alternative règne, ce qui pourrait très probablement engendrer un contournement du dispositif dès sa mise en œuvre.