ÉTUDE

Agents IA : beaucoup d’essais, peu de valeur et un B2B encore dans le déni

Réunis à Paris, McKinsey et Elastic ont défendu le potentiel des agents IA tout en exposant une réalité plus contrastée : des promesses fortes, mais des ROI encore limités et très dépendants de profondes transformations de processus, surtout côté entreprises.

Publié et mis à jour le 15 janv.

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Les agents IA transforment déjà les parcours côté grand public, mais côté entreprises, l’attentisme domine faute de résultats chiffrés. Là où les usages B2C ont déjà déplacé la recherche, la comparaison et parfois même l’achat vers des assistants conversationnels, le monde B2B continue de cantonner l’agent à des fonctions internes, supposées sans risque. Une lecture trompeuse. “Je pense qu’il y a une chose où les entreprises ne sont pas encore totalement conscientes qu’elles vont être mangées à la même sauce”, affirme Arnaud Tournesac, directeur associé, McKinsey. L’étude The State of AI in 2025, publiée par le cabinet fin 2025, montre pourtant que près de 90 % des entreprises utilisent déjà l’IA, mais que moins d’un quart ont réellement déployé des agents IA à l’échelle. Elastic observe le même décalage. “Les organisations commencent par l’interne parce que les processus sont complexes et que le risque est plus élevé”, analyse Yannick Fhima, directeur Data et IA, Elastic France. En clair, le front résiste… jusqu’au moment où il cède.

Un ROI largement surestimé

L’écart entre discours et réalité est au cœur du malaise. Les agents IA ont été présentés comme un accélérateur de valeur, ils sont surtout devenus un révélateur d’inefficacités structurelles. “Tant qu’on greffe l’IA sur l’existant, on obtient au mieux un frémissement de valeur”, tranche Arnaud Tournesac, directeur associé, McKinsey. Les chiffres confirment cette désillusion. 62 % des entreprises testent des agents IA, mais seules une minorité déclarent un impact financier mesurable. “Les cas d’usage horizontaux ont beaucoup déçu”, reconnaît Arnaud Tournesac, directeur associé, McKinsey, évoquant ces assistants internes déployés à grande échelle sans création de valeur tangible. Elastic partage ce constat terrain. “L’agentique n’est pas un bouton magique, c’est une automatisation qui coûte cher si le processus n’est pas revu”, insiste Yannick Fhima, directeur Data et IA, Elastic France. Autrement dit, le ROI promis ne disparaît pas mais se déplace vers des projets plus lents, plus coûteux, et bien moins spectaculaires.

La donnée, angle mort des stratégies IA

Derrière l’échec de nombreux projets se cache un problème plus profond : la qualité et la structuration de l’information. “Garbage in, garbage out : si la donnée est mauvaise, la sortie le sera aussi”, rappelle Yannick Fhima, directeur Data et IA, Elastic France. Le State of AI 2025 indique que plus d’une entreprise sur deux a déjà subi des effets négatifs liés à l’IA, principalement des erreurs ou des réponses inexactes. “Les agents ne peuvent pas inventer le contexte métier qu’on ne leur donne pas”, insiste Yannick Fhima, directeur Data et IA, Elastic France. McKinsey pointe un autre frein, plus culturel. “Une partie critique de l’expertise n’est pas documentée, elle est dans la tête des experts”, explique Arnaud Tournesac, Directeur associé, McKinsey. Alimenter un agent exige donc un travail en amont souvent sous-estimé, à savoir formaliser des règles, capturer des savoir-faire, arbitrer ce qui peut, ou non, être automatisé.

Autonomie limitée, gouvernance indispensable

La promesse d’agents autonomes s’est heurtée à la réalité du risque. “L’autonomie totale est un fantasme”, affirme Arnaud Tournesac, Directeur associé, McKinsey. “La vraie question est : quelle est l’appétence au risque pour une tâche donnée ?” Moins d’un quart des entreprises ont déployé des agents IA à l’échelle, et presque toujours avec un contrôle humain strict. Elastic traduit cette prudence en contraintes opérationnelles. “Un agent rentable est un agent dont on maîtrise le coût, la traçabilité et la véracité des réponses”, explique Yannick Fhima, directeur Data et IA, Elastic France. “À partir de 89 à 90 % de réponses correctes, certains clients commencent à accepter le risque”, ajoute-t-il. La confiance reste donc conditionnelle, et le ROI fragile.

Là où les gains existent et où ils s’arrêtent

Les gains observés sont réels, mais circonscrits. McKinsey identifie des réductions de coûts de l’ordre de 20 % sur des processus bien délimités, notamment en support IT, en cybersécurité ou en développement logiciel. “Sur le support IT, jusqu’à 80 % des tickets passent par un agent en premier niveau, mais l’escalade humaine reste indispensable”, précise Arnaud Tournesac, directeur associé, McKinsey. Elastic cite des délais de traitement d’alertes divisés par cinq, mais rappelle les limites. “Ce sont des chaînes très encadrées, pas des agents livrés à eux-mêmes”, souligne Yannick Fhima, directeur Data et IA, Elastic France. Ces résultats n’annoncent pas une substitution massive, mais une recomposition du travail, plus lente et plus coûteuse qu’anticipé. Les agents IA ne manquent pas de potentiel. Ce qui manque encore, c’est l’alignement entre promesse technologique, maturité organisationnelle et création de valeur réelle. Le grand public a déjà encaissé le choc. Le monde professionnel, lui, découvre que l’onde arrive, moins brutale, mais plus difficile à absorber.