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Campus Cyber : l’heure du collectif face au mur de la massification

Réunis au FIC ce 1er avril, les Campus Cyber dévoilent une feuille de route commune pour structurer l’offre, cibler PME et collectivités et soutenir la souveraineté européenne. 

Publié et mis à jour le 1 avril 2026
3 min.
Campus Cyber : l’heure du collectif face au mur de la massification
Fiona Slous / Alliancy

Le réseau des Campus Cyber sort de son éclatement originel. Ce 1er avril, au Forum InCyber de Lille, ses membres officialisent une stratégie commune inédite. Un virage tardif mais assumé. Derrière l’affichage d’unité, une réalité s’impose : la cybersécurité française peine encore à changer d’échelle. La promesse est claire, le défi l’est davantage. Huit campus territoriaux et un campus national entendent désormais parler d’une seule voix, pour simplifier un paysage jugé illisible par les acteurs les plus fragiles. PME, TPE, collectivités locales, autant de publics régulièrement cités, rarement adressés efficacement. Cette feuille de route vise à structurer l’offre, mutualiser les ressources et incarner, sur le terrain, la stratégie nationale dévoilée en janvier. Reste à savoir si la logique de réseau suffira à corriger des années de dispersion. 

Un réseau qui tente de corriger sa fragmentation 

L’ambition affichée repose sur un constat simple.  La multiplication des initiatives locales a produit un écosystème dense mais morcelé. L’ensemble reste difficile à lire pour les organisations en quête d’accompagnement. En promettant “simplicité” et “lisibilité”, les Campus Cyber reconnaissent aussi, en creux, leurs propres limites. Le choix du collectif répond à une attente opérationnelle, notamment dans les territoires où les ressources cyber restent inégalement réparties. Mais cette coordination pose une question de gouvernance. Qui pilote réellement ce réseau ? Comment éviter les redondances entre dispositifs nationaux, régionaux et sectoriels ? L’enjeu dépasse l'organisation. Il est aussi économique. Derrière l’harmonisation des offres se joue la capacité à orienter les investissements publics et privés vers des solutions efficaces. À ce stade, la feuille de route reste davantage une intention structurante qu’un mécanisme éprouvé. 

Farida Poulain, DG Campus Cyber, Guy Flamant, directeur du campus cyber Nouvelle Aquitaine et Joffrey Célestin-Urbain, président du Campus Cyber au Forum InCyber 2026 (de gauche à droite)

Farida Poulain, DG Campus Cyber, Guy Flamant, directeur du campus cyber Nouvelle Aquitaine et Joffrey Célestin-Urbain, président du Campus Cyber au Forum InCyber 2026 (de gauche à droite)

Fiona Slous / Alliancy

PME et collectivités, angle mort sous pression réglementaire 

Le premier chantier annoncé vise une plateforme de services dédiée aux acteurs les moins matures. Une réponse attendue, alors que la directive NIS2 élargit considérablement le périmètre des entités concernées. La cartographie des organisations exposées constitue une première étape logique. Elle souligne aussi l’ampleur du chantier. Car massifier la cyber-résilience suppose bien plus qu’un portail ou un catalogue de solutions. Il faudra former, financer, accompagner dans la durée. Or, les dispositifs existants peinent déjà à absorber la demande. Le risque est connu : produire une couche supplémentaire sans résoudre le déficit de compétences ni la contrainte budgétaire des petites structures. La volonté de “dernier kilomètre” traduit une prise de conscience, mais elle intervient dans un contexte où les attaques se démocratisent plus vite que les capacités de défense. 

Souveraineté : structurer sans dupliquer 

Deuxième pilier, la création d’une “forge” nationale pour les entreprises cyber. L’objectif consiste à relier les dispositifs existants plutôt qu’à en créer de nouveaux. Une intention pragmatique dans un paysage déjà saturé d’incubateurs et d’accélérateurs. Mais la promesse de faire émerger des champions européens reste incertaine. La fragmentation du marché, la concurrence internationale et les difficultés de passage à l’échelle freinent encore les acteurs français. Structurer l’offre ne suffira pas à compenser ces déséquilibres. Il faudra aussi adresser les questions d’accès au financement, de commande publique et de consolidation industrielle. En filigrane, c’est toute la stratégie de souveraineté numérique européenne qui se joue. Entre coordination nationale et ambition continentale, les Campus Cyber avancent sur une ligne étroite. La feuille de route pose des jalons. Elle ne garantit pas encore l’exécution. Entre affichage collectif et réalité opérationnelle, le réseau des Campus Cyber joue plus qu’une image d’unité. Il joue sa crédibilité. 

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