Centres de données : une forte hausse des consommations électriques à anticiper en France
L’ADEME publie une étude prospective sur l’évolution de la consommation électrique des centres de données en France à l’horizon 2060, dans un contexte de croissance rapide des usages numériques et de l’intelligence artificielle.
Publié le 7 janv. | Mis à jour le 13 janv. Lecture 3 min.
Portée par l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle, la multiplication des centres de données s’accompagne d’enjeux énergétiques croissants. À l’échelle mondiale, ces infrastructures ont consommé 415 TWh d’électricité en 2024, un volume appelé à augmenter. En France, l’ADEME a modélisé plusieurs trajectoires possibles afin d’anticiper l’impact des usages numériques sur la consommation électrique et les émissions associées. Dans un scénario tendanciel, la consommation d’électricité induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035, dont près des deux tiers seraient réalisés à l’étranger, dans des pays au mix électrique plus carboné.
Cinq scénarios contrastés pour projeter les usages numériques
L’étude repose sur cinq scénarios prospectifs, inspirés de l’exercice Transition(s) 2050, qui explorent différentes trajectoires de développement du numérique. Le scénario tendanciel prolonge les dynamiques actuelles, marquées par une adoption massive de nouveaux services liés à l’IA, à la blockchain et à l’essor de centres de données de très grande taille. À l’opposé, le scénario « Génération Frugale » envisage une réduction de certains usages numériques, une écoconception renforcée et un développement plus modéré de l’intelligence artificielle, permettant de limiter la croissance des consommations électriques et la dépendance aux traitements réalisés hors du territoire national. Entre ces deux extrêmes, les scénarios « Coopérations Territoriales », « Technologies Vertes » et « Pari Réparateur » proposent des trajectoires intermédiaires, intégrant des politiques publiques plus ou moins incitatives, un encadrement de l’implantation des centres de données et des hypothèses variables sur le rôle de l’innovation technologique. Selon les scénarios, la consommation électrique des centres de données en France à l’horizon 2060 pourrait aller d’une division par deux à une multiplication par sept par rapport aux niveaux actuels.
Récupération de chaleur et trajectoire climatique en question
L’ADEME souligne également le potentiel théorique de récupération de la chaleur fatale produite par les centres de données, notamment grâce à des technologies comme le refroidissement liquide. Si ce potentiel pourrait atteindre entre 4 et 13 TWh en 2035 selon les scénarios, il reste aujourd’hui peu exploité en France et dépend fortement des contraintes économiques et territoriales. Enfin, l’étude met en évidence que, sans inflexion des usages, la trajectoire tendancielle serait incompatible avec les objectifs climatiques, en raison notamment des émissions liées aux traitements numériques réalisés à l’étranger. À l’inverse, les scénarios fondés sur des politiques de sobriété numérique montrent qu’une réduction durable de l’empreinte environnementale reste possible, à condition d’une mobilisation coordonnée des acteurs publics, économiques et des usagers.

