Déterminé à agir : Jean-Baptiste Courouble, un DSI fédérateur qui allie souveraineté et jeu collectif
Face à l'explosion des coûts de licences et aux dépendances technologiques, l'ambition de souveraineté exige de passer de la théorie à l'action. Sur ce chemin complexe, Sylvain Fievet part à la rencontre des "déterminés" : ces dirigeants qui refusent de subir et reprennent le contrôle avec une froide lucidité stratégique. Jean-Baptiste Courouble, DSI de l'Urssaf, est incontestablement l'un d'entre eux.
Publié le 6 mars | Mis à jour le 8 mars Lecture 4 min.
La vérité des modèles économiques au service de l'intérêt général
Lors de notre dernière session du Do Tank, j'ai eu face à moi un dirigeant avec qui je partage une conviction profonde : le numérique n'est pas qu'une affaire de technique, c'est un arbitrage stratégique, d'autant plus crucial lorsqu'il est au service de l'intérêt général. L'Urssaf est un organisme régalien dont la mission première est de financer la protection sociale.
Membre du Comex, Jean-Baptiste Courouble pose un diagnostic sans appel. L'argent public absorbé par les éditeurs captifs, avec des tarifs subissant des hausses régulières, représente autant de ressources à enveloppe finie confisquées à l'innovation et à la qualité du service rendu aux usagers. Pour ce SI critique qui collecte près de 600 milliards d'euros par an, l'enjeu n'est pas idéologique : il s'agit de retrouver une totale liberté d'action pour ne plus laisser des fournisseurs dicter la feuille de route du service public.
Le temps long et l'indispensable alignement de la Direction Générale
Mais une telle transformation ne se décrète pas en un claquement de doigts. Jean-Baptiste Courouble l'affirme sans détour : l'indépendance numérique est une stratégie qui s'inscrit dans le temps long. Il n'y a pas de baguette magique pour débrancher du jour au lendemain un éditeur omnipotent. Pour réussir, cette trajectoire doit être formellement gravée dans la feuille de route stratégique, savamment équilibrée entre le maintien en conditions opérationnelles, l'innovation métier et les investissements de sortie.
Surtout, une DSI isolée est vouée à l'échec. La clé réside dans la conscientisation et l'implication de toutes les parties prenantes, depuis les métiers jusqu'à la Direction Générale. Preuve de cet engagement politique indispensable : le DSI n'hésite pas à embarquer son propre Directeur Général lors d'échanges avec des experts de la souveraineté. L'objectif ? Que ce discours stratégique soit porté au plus haut niveau de l'organisation et ne soit plus perçu comme la simple "marotte" technique d'un patron de l'IT.
L'exécution sous contrainte : retrouver l'agilité par des chantiers radicaux
Je n'attends d'un DSI ni jargon ni visions théoriques, mais des preuves opérationnelles. Chez lui, les actes suivent, avec pour boussole la maîtrise des coûts, la sécurité et l'efficacité :
La rentabilité de l'indépendance : Sortir du giron d'Oracle pour migrer vers PostgreSQL a exigé deux ans d'efforts. Un investissement assumé d'un peu plus de 4 millions d'euros, pour un résultat implacable : 3 millions d'euros d'économies générés chaque année sur les souscriptions.
La reprise en main du patrimoine : Refusant de voir le code de l'organisme accaparé par l'éditeur via Microsoft PowerApps, la DSI a basculé vers la solution française Convertigo afin de garantir sa pleine propriété intellectuelle.
La sanctuarisation de la donnée : Face à SAS qui imposait un passage sur son cloud public, la réponse fut un refus catégorique pour protéger de bout en bout les données de revenus de la population française. Les processus métiers sont désormais réécrits en Python et R.
Le défi de l'infrastructure : Une trajectoire est actée pour décommissionner 25 000 machines virtuelles VMware au profit d'OpenStack, avec un cap fixé à horizon 2029. Une démarche qui permet, au-delà de l'économie, de gagner en agilité technologique.
Un DSI fédérateur : la souveraineté comme levier d'attractivité
Sortir d'acteurs dominants bouscule profondément les habitudes d'équipes parfois certifiées et expertes depuis des années sur ces technologies. Jean-Baptiste Courouble se révèle ici comme un leader particulièrement à l'écoute de son terrain. Loin d'imposer une rupture technologique par la seule contrainte hiérarchique, il intègre ses collaborateurs au projet pour susciter leur adhésion intime à cette quête de souveraineté. Il transforme même cette exigence en un puissant moteur d'attractivité et de fierté interne pour recruter les meilleurs talents.
L'exigence du jeu collectif et des partenariats public-privé
Jean-Baptiste Courouble sait pertinemment qu'un donneur d'ordres, même de la taille de l'Urssaf, ne transformera pas le marché mondial seul. En ouvrant le capot de ses projets avec une immense transparence, il adresse un message d'une grande clarté aux grandes ESN et aux intégrateurs : emparez-vous du sujet! Alliez-vous avec nos pépites européennes pour packager des offres capables de passer à l'échelle, d'assurer le support et l'exploitation. L'alternative industrielle ne réussira que par une coopération écosystémique franche et assumée.
Cet entretien illustre parfaitement notre volonté de confronter la réflexion à la réalité du terrain, aux côtés d'un dirigeant qui affronte la complexité de la transformation de face, sans faux-semblants et avec un grand sens du collectif. Le Cycle 1 du Do Tank a posé les fondations. Le Cycle 2 est désormais lancé pour identifier ces alternatives techniques et structurer cette indispensable action collective.
Dirigeants de l'IT, directions générales, dirigeants d'ESN et d'éditeurs : si vous êtes résolus à agir, rejoignez-nous sur le terrain de l'exécution.

