Entre équilibres économiques et enjeux de souveraineté : la grande réinvention des ESN et éditeurs
Les acteurs de la tech européenne, des solutions aux services, sont bousculés sur leurs marchés, par la montée des préoccupations en matière de dépendances numériques. Jusqu'où peut aller la remise en question ?
Publié le 13 févr. Lecture 4 min.
L’impact des dépendances technologiques, notamment celles aux champions américains, questionne les directeurs des systèmes d’information… mais pas seulement. Les patrons de la tech eux-mêmes se retrouvent bousculés par les remises en question qui ont lieu sur le marché. Les éditeurs de logiciels doivent construire la confiance autour de leurs solutions, se présenter comme des alternatives crédibles, tout en ménageant leurs partenaires technologiques ou en réinventant leurs socles technologiques. Les entreprises de services numériques, elles, se retrouvent face à la difficulté d’un « en même temps » qui questionne leur modèle économique, leurs compétences et leurs rapports aux clients et à leurs nouvelles attentes. C’est cette complexité qui était au cœur des débats, le 9 février dernier, lors de la soirée Alliancy Elevate, dédiée aux acteurs du marché : éditeurs, ESN, cabinets de conseil… Avec une question phare : quelles sont les stratégies qui vont payer dans les mois et années à venir ? Et jusqu’où se réinventer ? Un exercice de projection auquel se sont notamment prêtés les patrons de SCC, Docaposte et Cloud Temple, chacun au travers du prisme de leur parcours personnel, des spécificités de leur organisation et de leurs convictions sur les enjeux de souveraineté numérique.
Fierté entrepreneuriale
Sylvain Fievet, CEO d’Alliancy, qui a animé les échanges, n’a pas manqué de le rappeler : les postures des Comex changent sur les enjeux de dépendances, longtemps laissés de côté… et plus que jamais, ils ont besoin d’être accompagnés, fléchés vers les bons chemins, dans un monde dont il devient de plus en plus ardu de bien lire la complexité et l’incertitude. Et si les synergies entre éditeurs, ESN et acteurs du conseil deviennent plus que jamais importantes pour permettre de sortir des dépendances, il en va plus largement en France d’un autre sujet : « Le sujet, c’est aussi celui de notre fierté entrepreneuriale, de la capacité collective à montrer qu’il y a de l’ambition et des réponses efficaces, portées par les dirigeants français de la tech ». Ses invités le temps de cette soirée dans les locaux d’Alliancy étaient des visages bien connus de l’écosystème : Gaël Menu, directeur général de SCC France, Olivier Vallet, PDG de Docaposte, et Christophe Lesur, co-CEO de Cloud Temple.
Comparer les roadmaps et les structures capitalistiques
Tous ont reconnu que la donne avait bien changé en quelques années. Olivier Vallet a rappelé à quel point les sujets liés à la lutte contre les dépendances technologiques et à la souveraineté technologique étaient encore majoritairement vus comme « has been » en 2017, alors que Gaël Menu souligne que les tensions entre éditeurs et leurs clients, notamment autour des augmentations de prix de ces dernières années, ne peuvent qu’interroger très fortement les ESN. Entre témoignages sur leurs propres expériences avec les grands leaders américains et leurs stratégies pour les temps à venir, chacun des dirigeants est aussi revenu sur les initiatives qui permettent de faire plus que seulement « parler de souveraineté numérique » : construction d’alliances sectorielles pour proposer des couvertures fonctionnelles et des accompagnements plus pertinents, développement d’outils à base de moteurs d’IA pour comparer les éditeurs « alternatifs » du marché, leur roadmap et leurs structures capitalistiques, ou encore développement de certifications nationales… Les patrons ont fait passer un message d’optimisme à la cinquantaine de représentants du marché réunis pour les écouter. Autant d’exemples concrets qu’Alliancy va explorer et rendre visibles en 2026.
Des pionniers très attendus
Mais plus encore, les dirigeants des ESN et éditeurs qui ont participé à la discussion ont tous clairement conscience que les modèles traditionnels ne survivront sans doute pas aux années à venir. À cause des déséquilibres géopolitiques sans doute, mais aussi de la technologie elle-même. Demain, ce sont les agents IA qui consommeront directement les produits des éditeurs, transformant complètement la logique d’usages des logiciels. Quant aux ESN, dont les modèles commerciaux sont entrés en zone de forte turbulence depuis plusieurs années, c’est l’esprit même des services qu’elles opèrent ou mettent à disposition qu’elles doivent repenser. Pour être capables d’être des tiers de confiance beaucoup plus crédibles ? Pour réimaginer des partenariats qui leur évitent de se faire « tordre le bras » par les acteurs dominants ? « On sent que ça bouge », estimait un dirigeant, le 9 février. C’est effectivement le moment. Et il y a fort à parier que l’exemplarité des pionniers de ces réinventions sera mise en avant dans quelques années.

