Entreprises tech en France : ouvrir les portes en grand
Ne peut-on pas réussir à mettre en avant plus d'entreprises de la tech basées dans nos territoires à l'occasion de Choose France ?
Publié à 4h49 Lecture 4 min.
Emmanuel Macron lors du sommet Choose France 2025
―GONZALO FUENTES - POOL - AFPCette fin mai marque le retour de l’emblématique sommet Choose France. Devenu un marqueur des quinquennats d’Emmanuel Macron, cette rencontre tient sa 9e édition, avec toujours le même objectif : valoriser l’activité économique française et attirer des investissements étrangers. Chaque année, la période est donc l’occasion de mesurer — pour ne pas dire vanter — l’attractivité de l’Hexagone sur certains critères économiques. Un cheval de bataille de longue date pour l’exécutif, qui en a fait l’indicateur de la réussite de ses choix en matière de politiques publiques et fiscales notamment.
Et comme le rappelle Business France, les « Journées Choose France » des 29, 30 et 31 mai sont l’occasion de mettre en avant des entreprises ayant choisi d’investir en France, quelle que soit leur taille et leur pays d’origine. Avec également une ambition « grand public » : à l’image des Journées du Patrimoine, organiser des portes ouvertes économiques afin de familiariser les citoyens aux activités exercées par leurs pairs. La promesse de l’Élysée est écrite noir sur blanc : « Aérospatial, pharmaceutique, intelligence artificielle, brasseries artisanales... Venez voir ce qui se fabrique près de chez vous ! ». Mais quelle est la place exacte prise par le tissu numérique français dans cette grand-messe économique ?
Un acteur du datacenter souverain en exergue
Sur les 100 sites mis en avant par Business France dans toutes les régions françaises, il faut rapidement se rendre à l’évidence : les pépites de la tech se font rares. On note particulièrement Thésée Datacenter, spécialiste des infrastructures souveraines (et le seul datacenter de la carte apparaissant dans la sous-catégorie « souverain »), et ETHIQAIS, plateforme de gouvernance et de conformité des systèmes d’IA basée à Strasbourg. Telehouse, dont le siège social est à Londres, se targue pour sa part d’avoir ouvert le premier datacenter français en 1996 et d’avoir depuis largement investi en Île-de-France et à Marseille. De même, le site de démonstration dédié aux technologies d’intelligence artificielle et d’informatique quantique de Bois-Colombes est celui d’IBM France. On peut sans doute également ajouter à cette (courte) liste NETRI. La « TechBio », comme elle se définit, basée à Lyon, développe des technologies « d'organes sur puce qui, couplées à l'intelligence artificielle, permettent de prédire l'effet clinique d'un candidat médicament ».
Au total, les entreprises de la tech qui « ouvrent leurs portes » sont donc nettement moins nombreuses que leurs alter ego de la logistique et du transport, de l’agroalimentaire ou encore — et de loin — de l’industrie manufacturière (une mention pour le spécialiste de l’emballage Smurfit Westrock, qui permet de visiter pas moins de 17 de ses sites dans les régions françaises : c’est celui du Morbihan que la ministre du Numérique Anne Le Hénanff visite le 29 mai).
Lier valorisation des investissements et autonomie stratégique
Alors certes, Choose France veut mettre en avant le tissu économique français dans sa diversité. Certes, la présence de cadors internationaux, comme Amazon ou IBM, s’explique naturellement à partir du moment où l’ambition est de montrer des investissements notables réalisés en France. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a aussi une sorte d’occasion manquée en termes de narratif. Ne pourrait-on pas s’appuyer sur le concept, ou mieux le décliner, au profit du développement d’un écosystème numérique qui a besoin de passer un cap, alors qu’Emmanuel Macron a fait de l’autonomie stratégique son autre cheval de bataille ?
À quand les journées portes ouvertes de Mistral, qui fêtait cette semaine son troisième anniversaire et vient d'annoncer des partenariats structurants avec Airbus et BMW ? Ou bien celles d’AMI, la start-up IA d’un Yann Le Cun rapatrié à Paris, à la levée de fonds astronomique en mars ? Et celles de ces nombreux éditeurs innovants qui investissent également sur le territoire, en étant présents à Toulouse, Nantes, Bordeaux ou Lyon ?
Pour convaincre que la France est capable de porter des alternatives concrètes aux solutions dominantes du marché, il faut également donner à voir le dynamisme et l’attractivité de ces acteurs. Que leurs investissements en France paient. Cela permettra alors peut-être aussi de convaincre que tout le monde peut « Choose France » dans ses choix numériques, avec un impact direct sur le tissu économique hexagonal.

