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Forum InCyber : bilan de l'édition 2026 dédiée à la maîtrise des dépendances technologiques

Édition spéciale aujourd’hui, enregistrée avec Guillaume Tissier depuis le Forum InCyber à Lille.

Publié et mis à jour le 2 avr.

Lecture 4 min.

  • La cybersécurité, clé de la souveraineté numérique. À la veille du Forum InCyber à Lille, Vincent Strubel, directeur de l’Anssi, à alerté : renforcer la sécurité des systèmes est prioritaire face aux cyberattaques croissantes. Le marché du cloud reste dominé par les géants américains et les vulnérabilités se multiplient. Pour l’Anssi, personne n’est à l’abri. 

  • Cybersécurité et IA : la ligne ferme d’Anne Le Hénanff. À Lille, la secrétaire d’État plaide pour une majorité numérique protégeant les mineurs et une cybersécurité renforcée. Préférence européenne et réduction des dépendances technologiques sont au cœur de sa stratégie, avec authentification renforcée et tests d’intrusion obligatoires. 

  • Dépendances numériques : un risque stratégique pour les entreprises. Le Cesin et Forum InCyber publient un livre blanc pour aider les organisations à cartographier et gérer leurs dépendances aux technologies étrangères. L’IA amplifie les vulnérabilités, mais peut aussi aider à reprendre le contrôle des architectures critiques. 

  • Les Campus Cyber se coordonnent : huit campus territoriaux et un national veulent massifier la cybersécurité pour PME et collectivités, mais relever le défi reste un vrai casse-tête. 

  • Hexatrust défie les idées reçues : son livre blanc de 56 pages déconstruit 7 mythes sur les plateformes collaboratives souveraines, présenté au Forum InCyber de Lille.

Entretien avec Guillaume Tissier, directeur général du Forum Incyber :

Quel bilan tirez-vous de cette édition 2026 du Forum InCyber ?

Guillaume Tissier : Une édition assez riche, avec beaucoup de contenus, y compris sur des sujets relativement nouveaux. On a beaucoup parlé de dépendance, qui était le thème de l’année, avec des enjeux très opérationnels et concrets. L’intelligence artificielle a également été au cœur des échanges, notamment sur la question de la sécurité des systèmes d’IA. Nous avons aussi abordé les grandes tendances du marché de la cybersécurité, avec une évolution vers des systèmes de plus en plus automatiques et autonomes, y compris dans ce domaine. Cela pose des questions importantes en matière d’emploi et de compétences pour les années à venir. Au total, près de 18 000 participants étaient présents, avec une proportion croissante de profils très qualifiés et d’acteurs internationaux. Cette année, nous avons accueilli sept pavillons internationaux, dont deux nouveaux, la Pologne et l’Italie. Cela reflète une Europe qui se mobilise, avec un écosystème déjà structuré, mais qui cherche désormais à se consolider et à se développer davantage.

Quels sont, selon vous, les principaux messages à retenir de cette édition ?

Guillaume Tissier : Le premier message, c’est que l’Europe ne doit pas avoir peur d’elle-même. Elle doit accélérer la consolidation de son écosystème numérique et de cybersécurité, notamment à travers une meilleure intégration des marchés. Le deuxième point, c’est la transformation des marchés. Il est essentiel d’anticiper ces évolutions, en particulier avec l’arrivée de l’IA agentique, qui va profondément transformer les métiers. Cela suppose de se préparer, notamment sur le volet de la formation. Enfin, il n’y a pas de fatalité face à la montée des cyberattaques. Elles sont de plus en plus sophistiquées, utilisent l’intelligence artificielle et ciblent davantage les organisations. Les fuites de données progressent fortement : on compte 8 600 notifications à la CNIL sur un an, en hausse de 45 %, soit environ une fuite par heure. Face à cela, il existe des réponses, à la fois technologiques — comme le MFA — mais aussi organisationnelles. C’est également un sujet de responsabilité individuelle, avec un besoin croissant d’hygiène numérique.

Pouvez-vous nous dévoiler le thème de la prochaine édition ?

Guillaume Tissier : Le thème de l’année prochaine sera celui du “dilemme de l’autonomie”. Il s’agit de cette transformation de nos systèmes numériques vers des systèmes toujours plus autonomes, notamment avec l’essor de l’IA agentique. Cette évolution apporte des opportunités, mais aussi des enjeux importants en matière de sécurité. Elle pose également la question de la place de l’humain dans la boucle : jusqu’où aller dans l’autonomie ? Peut-on imaginer des systèmes autonomes interagissant entre eux ? Et quelles en sont les limites ? Ces limites ne sont pas uniquement techniques. Elles sont aussi juridiques, notamment en matière de responsabilité, et bien sûr éthiques. Ce sont ces questions, à la fois très concrètes et potentiellement vertigineuses, que nous mettrons au cœur de la prochaine édition.