IA au travail : le sentiment d'utilité ébranlé
Le Baromètre IA et Santé Mentale de Teale, publié en janvier 2026 avec Tomorrow Theory et la chercheuse Justine Massu, montre que l’IA n’altère pas le bien-être mais fragilise la reconnaissance et le sentiment d’utilité au travail.
Publié le 27 avr. Lecture 3 min.
Travailler plus vite, livrer mieux… et douter de sa propre valeur. Le Baromètre IA et Santé Mentale publié en janvier 2026 par Teale, éditeur spécialiste de la prévention en santé mentale, le studio d'innovation RH Tomorrow Theory et la chercheuse Justine Massu met en lumière un déséquilibre structurant. L’IA s’impose comme un levier d’efficacité sans provoquer de dégradation visible du bien-être. Mais en parallèle, près d’un quart des actifs déclarent une baisse de leur sentiment d’utilité ou d’estime de soi. En 2026, alors que la santé mentale est érigée en Grande cause nationale, les signaux organisationnels se dégradent. D’après le baromètre, la productivité perçue reste stable, mais la reconnaissance, elle, recule de 3,4 points pour s’établir à 62 %. Dans ce contexte, l’IA agit comme un accélérateur. Elle cible en priorité des tâches visibles et valorisées. Rédaction, synthèse, structuration. Le résultat reste. L’effort s’efface. Et avec lui, la preuve du travail.
Productivité ressentie, fragilité accrue chez les moins acculturés
Ce déplacement est renforcé par la montée de la productivité perçue. L’IA est largement associée à un gain d’efficacité, notamment sur les usages les plus répandus. Les utilisateurs déclarent produire plus vite, avec moins d’effort. Mais ce gain reste inégal selon les tâches et souvent subjectif. Surtout, il devient rapidement une norme implicite. Le temps économisé est absorbé. Les attentes augmentent. Le travail se densifie. La reconnaissance, elle, ne suit pas. Ce décalage frappe d’abord les moins acculturés. Les utilisateurs occasionnels sont les plus nombreux à déclarer une baisse de leur sentiment de compétence ou d’estime de soi. À l’inverse, les 38,1 % d’utilisateurs réguliers développent une capacité de pilotage. Ils diversifient leurs usages et gardent la main sur le résultat. Sans maîtrise, l’outil devient une référence. Avec maîtrise, il devient un levier. Cette fracture recoupe une autre réalité. L’accès à l’IA reste inégal, concentré chez les profils les plus qualifiés et les environnements les mieux équipés.
Un équilibre fragile entre bien-être, désengagement et perte de maîtrise
Ce qui rend le phénomène difficile à saisir tient à sa discrétion. Les indicateurs globaux de santé mentale restent stables, entre 60 et 67 sur 100. Aucun effondrement. Mais les écarts apparaissent dès que le sentiment de compétence ou de sens est touché. Les collaborateurs percevant un impact négatif de l’IA affichent des scores de bien-être autour de 60, contre plus de 67 pour les autres. Dans le même temps, les signaux de désengagement progressent. 35 % des salariés envisagent de quitter leur entreprise. La reconnaissance devient un point de rupture. L’IA ne crée pas cette dynamique. Elle l’accentue. Elle renforce les déséquilibres existants. À plus long terme, un autre mécanisme s’installe. L’automatisation réduit les occasions de pratiquer certaines compétences. Près d’un quart des actifs évoquent déjà une perte de maîtrise. Moins de pratique. Moins d’apprentissage. À court terme, le confort domine. À moyen terme, le doute s’installe. Si c'est l’outil qui produit, que reste-t-il à démontrer ?

