Internet et supply chain sous la menace des cygnes noirs
Selon le Baromètre des risques d’Allianz Commercial, 51 % des entreprises craignent une paralysie logistique mondiale et 47 % une panne globale d’Internet d’ici cinq ans.
Publié et mis à jour le 5 mars Lecture 3 min.
Dans sa 15ᵉ édition du Baromètre des risques, Allianz Commercial met en lumière les scénarios de “cygnes noirs” jugés les plus plausibles par 3 338 experts du risque interrogés dans 97 pays. Pour 51 % des répondants, la menace la plus probable dans les cinq prochaines années est une paralysie de la chaîne d’approvisionnement mondiale liée à un conflit géopolitique impliquant plusieurs grandes économies. En deuxième position (47 %), figure la crainte d’une panne mondiale d’Internet causée par une cyberattaque majeure ou une défaillance des réseaux. Ces scénarios à faible probabilité mais à fort impact rappellent que l’interconnexion des chaînes physiques et numériques accroît la vitesse et l’ampleur des perturbations.
La géopolitique comme catalyseur de risques systémiques
Dans un contexte marqué par les tensions commerciales, les conflits régionaux et le protectionnisme, la géopolitique apparaît comme un facteur clé de déstabilisation. Selon Allianz Research, une perturbation de la chaîne logistique mondiale d’ampleur comparable à celle de la guerre en Ukraine pourrait entraîner jusqu’à 1 500 milliards de dollars de pertes cumulées de PIB sur deux ans. Les troubles sociaux et l’instabilité politique arrivent au quatrième rang mondial (29 %), mais occupent une place plus élevée dans certaines régions. En France, ils se classent même en deuxième position (42 %). Autre scénario redouté : la faillite soudaine d’une grande institution financière ou une crise de la dette souveraine, citée par 30 % des répondants.
Des perceptions différenciées selon la taille des entreprises
L’étude révèle des écarts significatifs entre multinationales et PME. Les grandes entreprises (plus de 500 millions de dollars de chiffre d’affaires) et les entreprises de taille intermédiaire placent la paralysie de la chaîne d’approvisionnement en tête de leurs préoccupations (respectivement 55 % et 52 %). À l’inverse, les petites structures (moins de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires) redoutent davantage une panne mondiale d’Internet (45 %), reflet d’une dépendance critique aux infrastructures numériques et d’une capacité plus limitée à absorber un choc prolongé. Les grandes entreprises, disposant de portefeuilles plus diversifiés et de budgets plus importants, se considèrent globalement mieux armées pour atténuer certains risques, notamment cyber.
Climat, santé et technologies : des risques relégués au second plan
Le “bruit” géopolitique tend à masquer d’autres menaces systémiques, comme les catastrophes climatiques, les défaillances électriques massives, les crises sanitaires mondiales ou encore les ruptures technologiques (informatique quantique rendant obsolètes les systèmes de chiffrement actuels). Pour les experts d’Allianz Commercial, les entreprises ne peuvent pas se prémunir totalement contre un évènement extrême. En revanche, elles peuvent renforcer leur résilience via l’agilité organisationnelle, une culture du risque plus intégrée et des plans de continuité adaptables à différents scénarios. Dans un environnement marqué par l’interdépendance croissante des risques, la gestion intégrée et la diversification des fournisseurs critiques apparaissent comme des leviers clés pour limiter l’effet domino d’un futur cygne noir.

