passage à l'échelle

La deeptech à l’épreuve de l’industrialisation  

Réuni à Bercy, l’écosystème deeptech affiche sa vitalité mais bute encore sur l’industrialisation, frein majeur pour transformer des startups prometteuses en champions français. 

Publié le 19 mars

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Aude Brès / Alliancy

Entrepreneurs, étudiants, incubateurs, investisseurs… Tout l’écosystème de la deeptech s’est réuni au ministère de l’Économie ce 18 mars à l’occasion du Deeptech Forum. Organisée par l’École des Mines et Dynergie, cette quatrième édition arrive « à un moment de bascule », a expliqué Thomas Courbe, directeur général de la direction générale des entreprises (DGE). 4,1 milliards de fonds levés en 2025, 400 nouvelles startups, le milieu se porte bien mais doit passer à l’échelle. Pour cela, plusieurs défis doivent être résolus. Le plus flagrant : l’industrialisation.  

Le chaînon manquant du financement 

Les startups deeptech françaises peinent à devenir des scale-up. « La phase de démarrage d’une start-up est bien structurée en France grâce à une multitude de programmes », a témoigné Romain Roullois, directeur de France Deeptech. « L’enjeu se trouve sur le late-stage capital [NDLR : financement en phase avancée] », a-t-il ensuite ajouté, comparant cette partie du financement à une vallée de la mort. Et pour cause, leurs technologies poussées nécessitent d’importantes dépenses. Et une prise de risque.  

Pour passer du prototype du laboratoire à une solution à taille réelle, il est essentiel que des investissements privés se joignent aux aides publiques. D’après un récent rapport de la DGE, le secteur deeptech nécessite environ 30 milliards d’euros. Pour autant, attirer des fonds privés n’est pas chose aisée. Les investisseurs cherchent en effet en priorité une stratégie de sortie ?, via la vente de leur part pour concrétiser la valeur créée. « Mais la boucle n’est pas encore bien faite à ce niveau », a commenté Paul-François Fournier, directeur de l’Innovation chez Bpifrance. 

L’industrie appelée à jouer collectif 

Les intervenants de l’évènement prônent donc un changement de mentalité, qui se traduirait par un engagement « tôt » des grandes entreprises envers les startups. « Accompagner les jeunes pousses dans la construction de leur produit avant son lancement permet de créer des champions », a assuré Julie Huguet, directrice de la French Tech. Une logique bénéfique des deux côtés. « Les startups représentent 20% de la R&D en France mais peinent à industrialiser, affirme Pierre-François Fournier. Les grands groupes, d’autre part, possèdent une puissance d’industrialisation mais ne parviennent pas à développer de technologie disruptives ».  

La collaboration à grande échelle entre les startups et les grands groupes pourrait ainsi sécuriser des financements et créer des voies de sorties visibles pour les investisseurs. « Le vrai devoir des industriels français, c’est de racheter des startups », a avancé Régis Saleur, directeur général de Supernova Invest. Ce nouveau processus d’innovation, s’il était amené à être généralisé, renforcerait sans aucun doute la compétitivité française. « Coupler l’innovation deeptech avec l’industrie, c’est permettre le passage à l’échelle », a conclu Romain Roullois.