La fiction redéfinit la manière de raconter l’IA et les cybermenaces
Lors du Predictive Cyber Day, une table ronde réunissant réalisateurs et scénaristes a exploré la manière dont la fiction peut devenir un outil de sensibilisation face aux enjeux de cybersécurité et d’intelligence artificielle.
Publié le 5 mai Lecture 3 min.
Yann Gozlan, réalisateur et Thomas Bidegain, scénariste et réalisateur
―Tiago Gil / AlliancyLe 16 avril, le Predictive Cyber Day a réuni chercheurs, industriels et experts de la cybersécurité autour des transformations induites par l’intelligence artificielle et la montée des cybermenaces. Dans ce cadre, une table ronde consacrée aux récits audiovisuels a interrogé la place de la fiction dans la compréhension de ces risques. Les échanges ont notamment réuni Yann Gozlan, réalisateur et Thomas Bidegain, scénariste et réalisateur, aux côtés d’acteurs impliqués dans des dispositifs de formation en cybersécurité. L’enjeu posé était clair : comment des sujets techniques et complexes peuvent-ils être rendus accessibles sans être simplifiés à l’excès, et surtout, comment déclencher une prise de conscience durable chez les publics exposés à ces risques au quotidien.
Donner corps à des menaces invisibles
Pour Yann Gozlan, la force de la fiction repose avant tout sur sa capacité à transformer des concepts abstraits en situations vécues. « la fiction […] permet de rendre simple des choses qui peuvent paraître extrêmement complexes », explique-t-il. En intégrant des enjeux comme la cybersécurité ou l’IA dans des récits incarnés, elle permet de faire passer le spectateur d’une compréhension intellectuelle à une expérience émotionnelle. Cette dimension est centrale dans l’efficacité du récit. « Quand le film ou la série est réussie, […] on vit une expérience immersive très forte », poursuit le réalisateur. L’identification aux personnages devient alors un vecteur d’apprentissage implicite : face à des situations de crise, le spectateur intériorise des réflexes et des comportements.
De la fiction de cinéma aux outils de formation
Cette logique ne se limite plus au champ du divertissement. Elle s’incarne désormais dans des dispositifs hybrides, à l’image de la mini serie “L’Attaque”, développée dans le cadre du Predictive CyberLab avec le soutien de groupes comme Airbus, Safran ou Crédit Agricole. La série met en scène une cyberattaque majeure déclenchée par une succession de décisions humaines en apparence anodines. L’objectif est de montrer que la vulnérabilité des systèmes numériques repose largement sur des comportements individuels. « Les hackers […] utilisent beaucoup l’humain », rappelle Thomas Bidegain, qui établit un parallèle direct : « les hackers, c’est des bons scénaristes ». Le dispositif articule fiction et analyse, chaque épisode étant suivi d’un décryptage psychologique et technique. Cette hybridation permet de transformer le récit en outil pédagogique, en rendant lisibles les mécanismes à l’œuvre derrière une attaque.
L’IA interroge la place de l’émotion dans le récit
L’arrivée de l’intelligence artificielle dans les processus créatifs soulève enfin une question centrale : celle de la capacité du récit à générer de l’émotion. « Est-ce qu’on va être touché par une histoire écrite par robot numéro 8 et jouée par robot numéro 3 ? […] On peut être épaté. Mais est-ce qu’on va être ému ? », interroge Thomas Bidegain. Pour Yann Gozlan, cette interrogation renvoie directement à la notion d’incarnation. L’identification aux personnages reste aujourd’hui un pilier de l’expérience fictionnelle. L’évolution des usages, notamment chez les générations les plus exposées aux contenus générés par IA, pourrait toutefois redéfinir ce rapport. Dans ce contexte, la fiction conserve une fonction d’exploration des zones de tension technologiques. Les réalisateurs revendiquent un intérêt pour les dérives et les effets secondaires des innovations, là où les discours techniques tendent à privilégier la description des systèmes. Le récit devient ainsi un espace de mise en visibilité des risques, mais aussi des impacts humains associés à leur diffusion.

