Autonomie stratégique

La France accélère sa souveraineté dans le quantique et les semi-conducteurs

La France engage 1,55 milliard d’euros supplémentaires pour renforcer ses filières quantiques et semi-conducteurs dans le cadre de France 2030. 

Publié à 11h31

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Le gouvernement français annonce un renforcement majeur de sa stratégie sur les technologies critiques avec, d’un côté, un milliard d’euros supplémentaire consacré à la stratégie nationale quantique et, de l’autre, 550 millions d’euros pour les semi-conducteurs avancés. Ces investissements s’inscrivent dans le cadre du plan France 2030 et portent l’ambition globale à plus de 3 milliards d’euros d’engagement public-privé sur la filière quantique seule à horizon 2030. Cette montée en puissance traduit une inflexion nette : il ne s’agit plus uniquement de soutenir des projets de recherche ou des démonstrateurs technologiques, mais de structurer une véritable politique industrielle du calcul, intégrant les briques matérielles, logicielles et infrastructurelles. L’État endosse ainsi un rôle d’architecte de marché, en s’appuyant notamment sur la commande publique et des programmes structurants comme PROQCIMA pour le quantique ou le PIIEC AST pour les semi-conducteurs. 

Le quantique entre dans une logique d’industrialisation pilotée par l’État 

Au cœur de la stratégie quantique, le programme PROQCIMA est fortement renforcé. Il vise désormais le développement d’ordinateurs quantiques tolérants aux fautes capables d’atteindre 1 024 qubits logiques à l’horizon 2032, contre un objectif initial de 128. Cinq entreprises françaises issues de l’écosystème deeptech (dont Pasqal, Quandela ou Alice & Bob) sont au cœur de cette dynamique de sélection progressive. Le dispositif repose sur un levier central : la commande publique, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité, afin de créer un marché domestique capable d’accélérer l’industrialisation. L’État agit également sur l’ensemble de la chaîne de valeur, en soutenant les briques critiques du calcul quantique (cryogénie, électronique de contrôle, lasers, matériaux) et en structurant un écosystème complet allant de la recherche fondamentale aux premières applications industrielles. 

Une stratégie européenne intégrée autour des semi-conducteurs et du Chips Act 

Parallèlement, la France engage 550 millions d’euros dans les technologies avancées de semi-conducteurs, dans le cadre d’un projet important d’intérêt européen commun (PIIEC AST). Ce dispositif s’inscrit dans la continuité du Chips Act européen et d’une coopération renforcée avec l’Allemagne et les Pays-Bas. L’objectif est double : sécuriser les chaînes d’approvisionnement dans un contexte de tensions géopolitiques et d’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle, mais aussi renforcer la compétitivité industrielle européenne sur les puces avancées. Une nouvelle stratégie nationale “Semi-conducteurs 2035” est en préparation afin de structurer cette ambition sur le long terme et d’intégrer davantage la commande publique comme levier de demande. 

Vers une politique industrielle du “compute stack” européen 

Au-delà des investissements sectoriels, l’ensemble de ces annonces dessine une stratégie plus large : la construction d’une souveraineté européenne du calcul. Semi-conducteurs, quantique, calcul haute performance et infrastructures cloud sont progressivement intégrés dans une même logique industrielle, visant à réduire les dépendances externes et à positionner l’Europe comme un acteur autonome face aux États-Unis et à la Chine. Dans ce cadre, l’État devient un acteur central de structuration du marché, combinant financement public, sélection de champions industriels et création de débouchés via la commande publique. Une approche qui marque une évolution nette vers une politique industrielle intégrée des technologies de calcul critiques, à horizon 2030-2035.