Deeptech

La France face au défi du transfert technologique 

Pour beaucoup, entreprendre revient à prendre le risque de voir une vision centrée sur la connaissance reléguée au second plan par des logiques industrielles.

Publié le 26 mars

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Au cœur du ministère de l’Économie, le Deeptech Forum du 18 mars a mis en lumière un paradoxe bien connu de l’écosystème français : une recherche de très haut niveau, mais un passage à l’échelle encore laborieux. « L’atout de notre pays est la qualité de sa science », a rappellé Romain Roullois, directeur général de France Deeptech, évoquant Grenoble comme « capitale européenne de l’innovation en 2026 ». Mais, derrière cette excellence, un défi persiste : celui du transfert technologique. Et tout l’enjeu est là. Transformer une découverte scientifique en produit viable, puis en entreprise capable de croître. Un processus jugé « encore trop long et trop complexe » par Thomas Courbe, directeur général de la Direction générale des entreprises (DGE), qui pointe un problème de méthode.  

Tous les signaux sont pourtant au vert. « La publication de papiers technologiques est en forte croissance, avec un facteur d’accélération incroyable qui va continuer avec l’IA », souligne Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation pour Bpifrance. Surtout, un basculement s’opère : « Les petites structures sont devenues le processus le plus efficace pour créer de la technologie », affirme-t-il avant d’ajouter « Nous sommes arrivés à un moment clé : la capacité à transformer l’essai. » Autrement dit, produire de la science ne suffit plus. Il faut désormais l’industrialiser. 

Le risque de la dilution  

Le discours paraît cependant simpliste. Tous les chercheurs n’ont pas vocation à devenir PDG. Pour beaucoup, entreprendre revient à prendre le risque de voir une vision centrée sur la connaissance reléguée au second plan par des logiques industrielles. Car le nerf de la guerre se trouve dans le financement. Le capital-risque joue un rôle structurant en intervenant dès les premières phases, là où le risque technologique est maximal. Mais il s’accompagne souvent d’exigences fortes : gouvernance, droit de regard, voire contrôle stratégique. Des contraintes qui peuvent freiner certains fondateurs craignant une « dilution ». « J’aurais aimé que des chercheurs expliquent à cœur ouvert ces problématiques », a commenté Laura Morin, ingénieure-transfert au CNRS, qui regrette un narratif limité à rassurer les industriels.   

Promouvoir la culture du risque  

Le blocage est donc culturel. Face à ce constat, Romain Roullois recommande « la promotion d’une culture du risque plus forte au sein du monde académique, à l’image des États-Unis ». Celle-ci se doublerait d’une formation à l’entreprenariat et, surtout, d’une plus grande proximité avec le monde industriel. Ainsi, les acteurs privés pourraient faire connaître leurs besoins actuels aux chercheurs, naturellement orientés vers la prospective. Cette collaboration donnerait aussi lieu à une accélération nécessaire. « Entre l’identification d’un besoin et la mise en place d’une réponse, il peut se passer six mois à un an », déplore Michaël Tatoulian, vice-président délégué innovation de l’Université PSL.  

S’organiser, ensemble   

« Il faut simplifier et soutenir les dispositifs qui rapprochent laboratoires, investisseurs et créateurs d’entreprises », avance Thomas Courbe. Sur le terrain, cela se traduit par le développement de pôles universitaires d’innovation. Leur ambition : créer des espaces hybrides, où chercheurs, startups et industriels collaborent dès les premières phases. Avec une idée centrale : placer la startup comme un point de jonction, capable de faire le lien entre production scientifique et application économique. Reste à savoir comment structurer ce rapprochement. Car, si tous les acteurs s’accordent sur la nécessité de collaborer, la responsabilité de l’initiative demeure floue.