choose france 2026

La France s’impose dans la bataille européenne des infrastructures d’IA

Data centers, cloud souverain et plateformes d’IA ont dominé les annonces technologiques de Choose France 2026. Entre nouveaux projets et confirmations d’investissements déjà engagés, la France renforce sa place dans la course européenne à l’intelligence artificielle. 

Publié à 9h27

Lecture 5 min.

Adobe Stock

L’intelligence artificielle a largement dominé la séquence technologique de Choose France 2026. Sur les 93 milliards d’euros d’investissements revendiqués cette année par l’exécutif, plusieurs dizaines de milliards concernent directement les infrastructures numériques, le cloud, les capacités de calcul ou les plateformes d’IA. Mais, derrière l’accumulation des montants, toutes les annonces n’ont pas la même portée. Certaines dévoilent de nouveaux investissements, d’autres actent surtout l’entrée en phase opérationnelle de projets déjà présentés lors du Sommet pour l’action sur l’IA ou de précédentes éditions de Choose France. Une évolution qui raconte néanmoins la même histoire. Après avoir longtemps cherché à attirer startups et centres de R&D, la France tente désormais de se positionner comme l’un des principaux territoires européens d’accueil de l’économie de l’IA, depuis les data centers jusqu’aux usages métier. 

Les infrastructures deviennent l’actif stratégique 

Les annonces les plus marquantes concernent les infrastructures de calcul. Brookfield a réaffirmé son ambition de faire des Hauts-de-France l’un des principaux hubs européens de l’intelligence artificielle à travers des projets dont le montant pourrait désormais atteindre jusqu’à 30 milliards d’euros selon les chiffres avancés lors du sommet. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité du projet lancé autour du site E-Valley de Cambrai, déjà présenté comme l’un des plus importants campus de data centers d’Europe. Dans le même temps, le projet de campus IA porté par le fonds émirati MGX, aux côtés notamment de Bpifrance, Mistral AI et Nvidia, a de nouveau été mis en avant. Dévoilé lors du Sommet pour l’action sur l’IA, ce programme implanté en Île-de-France représente entre 7,5 et 8,5 milliards d’euros pour sa première phase et vise à associer calcul, recherche, formation et développement d’applications IA. Dans la compétition mondiale, la valeur se déplace désormais vers la maîtrise des infrastructures capables d’entraîner et d’opérer les modèles. 

Béthune, nouveau symbole de la reconversion par l’IA 

Autre projet emblématique, Nebius prévoit plus de 8 milliards d’euros pour transformer l’ancienne usine Bridgestone de Béthune en centre européen de calcul spécialisé dans l’intelligence artificielle. Le projet dépasse largement le seul cadre technologique. Il illustre la manière dont les infrastructures IA deviennent un nouvel outil d’aménagement industriel des territoires. Les Hauts-de-France concentrent désormais plusieurs des plus importants projets européens de data centers, portés par la disponibilité foncière, l’accès à l’électricité et la proximité avec les grands marchés du continent. À mesure que les besoins en puissance de calcul explosent sous l’effet de l’IA générative, la géographie industrielle du numérique se redessine.  

SAP avance ses pions dans le cloud souverain 

Le sommet a également confirmé l’accélération des stratégies de souveraineté numérique. SAP prévoit jusqu’à 300 millions d’euros d’investissements en France afin de développer ses activités de cloud souverain et de Business AI. Le groupe allemand ambitionne notamment d’ouvrir dès 2027 une nouvelle région cloud qualifiée SecNumCloud autour de trois sites de data centers en région parisienne et de créer une centaine d’emplois spécialisés. Au-delà du montant, l’annonce est surtout significative parce que SAP pourrait devenir le premier fournisseur cloud non français à obtenir une qualification SecNumCloud pour sa propre infrastructure. Une évolution qui illustre la transformation du débat européen sur la souveraineté numérique. L’enjeu ne consiste plus uniquement à opposer acteurs américains et européens mais à garantir des niveaux de contrôle, de conformité et de sécurité compatibles avec les exigences réglementaires des administrations et des secteurs sensibles. 

Databricks cible le retard d’adoption des entreprises 

L’annonce de Databricks se distingue nettement du reste de la séquence Choose France. Là où la plupart des investissements concernent des infrastructures, l’entreprise américaine mise sur les usages. Le groupe prévoit plus de 300 millions de dollars d’investissements en France sur trois ans, l’extension de ses effectifs à plus de 400 collaborateurs ainsi que la formation de 40 000 personnes aux métiers de la data et de l’intelligence artificielle d’ici 2028. Déjà présent chez plus de 90 % des entreprises du CAC 40 selon ses chiffres, Databricks entend également renforcer son partenariat avec Station F et soutenir davantage l’écosystème startup. Cette annonce met en lumière une faiblesse régulièrement soulignée par les acteurs du secteur. Si la France bénéficie d’un écosystème IA particulièrement dynamique, les entreprises peinent encore à généraliser les usages et à passer du pilote à l’industrialisation. 

L’heure des chantiers plutôt que des promesses 

Choose France sert aussi de vitrine à l’exécution des engagements passés. Digital Realty n’a ainsi pas dévoilé de nouvelle enveloppe financière mais est venu détailler l’avancement de son programme de 5,2 milliards d’euros annoncé en 2025. Le groupe affirme avoir engagé l’ensemble des projets prévus avec la livraison du Paris Digital Park à La Courneuve, la poursuite du développement des Ulis, le démarrage des travaux à Dugny ainsi que de nouvelles extensions à Paris et Marseille. Une séquence moins spectaculaire mais révélatrice. Alors que les annonces autour de l’IA se multiplient à travers l’Europe, la crédibilité des stratégies nationales se jouera désormais sur leur capacité à transformer les milliards promis en infrastructures réellement disponibles.