écosystème

La “saison 2” de Gaia-X sous la pression de la massification 

Malgré les critiques, Gaia-X amorce une nouvelle phase centrée sur l’adoption. Reste à lever les freins pour convaincre à grande échelle.

Publié le 9 avr. | Mis à jour le 10 avr.

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Ulrich Ahre, PDG de Gaia-X, a lancé la “saison 2” de l’association, en compagnie de deux membres du board.  

Ulrich Ahre, PDG de Gaia-X, a lancé la “saison 2” de l’association, en compagnie de deux membres du board.  

Aude Brès / Alliancy

« Il n’y aura pas de transformation par l’IA sans données fiables, harmonisées et sécurisées », a affirmé Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’IA, ce 9 avril 2026. Sur ce dernier point, elle a salué « les avancées substantielles » des travaux de Gaia-X, résumés à l’occasion de la 8ème session plénière du Hub France de l’association. Ces cinq dernières années, des standards de confiance, appliqués aux fournisseurs de cloud, ont été définis pour adresser les besoins en stockage des industriels européens. Un objectif similaire à celui du schéma européen de certification cloud EUCS, à la différence que ce dernier est resté au point mort, tandis que Gaia-X amorce, doucement, sa « saison 2 ».  

Rendre les data spaces accessibles aux PME 

« Gaia-X a régulièrement été discrédité », a admis Henri d’Agrain, délégué général du Cigref. De quoi déclencher « une fatigue » au sein de l’écosystème, moins nombreux d’années en années aux séances plénières. Les différents intervenants ont donc appelé à une nouvelle mobilisation. Celle-ci sera plus que nécessaire pour leur nouvelle phase, à savoir le renforcement de l’adoption, notamment des PME. « Nous devons adapter cette technologie aux petites entreprises et la rendre plus accessible », a admis Ulrich Ahle, PDG de Gaia-X. Toujours à la recherche d’un business model pour les data spaces, il a pour objectif de dépasser le millier d’organisations opérationnelles utilisant l’un de leur label. 

"Créer un data space c’est une chose, l’opérer de manière durable en est une autre."
Ulrich Ahle, PDG de Gaia-X

En novembre dernier, l’association a dévoilé un premier catalogue de fournisseurs atteignant le niveau 3 du label de confiance Gaia-X. Thésée Datacenter, OVHCloud et Cloud Temple, trois acteurs français, y sont inscrits et respectent les critères les plus exigeants. Il s’agira non seulement de traiter et partager les données uniquement dans l’espace économique européen, mais aussi d’y loger leur siège social pour lutter contre les lois d’extra-territorialité des données. Des critères impossibles à remplir pour les hyperscalers, les privant de 10% du marché environ, d’après le PDG de Gaia-X. « Ils ont tenté d’empêcher notre création », a reconnu Ulrich Ahle Ce qui n’a pas empêché l’association d’inviter les grands acteurs américains au sein des discussions, sans toutefois les intégrer au comité décisionnel. Le document de mise en conformité au niveau 3 reste en discussion à travers des groupes de travail, donnant un aspect incertain à la certification.

Alban Schutz (à gauche), de Cloud Data Engine, a accompagné OVH Cloud, Thésée Datacenter et Cloud Temple à obtenir le label niveau 3 de Gaia-X.  

Alban Schutz (à gauche), de Cloud Data Engine, a accompagné OVH Cloud, Thésée Datacenter et Cloud Temple à obtenir le label niveau 3 de Gaia-X.  

Aude Brès / Alliancy

Les travaux continuent  

Le document est également retravaillé en s’appuyant sur les initiatives en marche. Dans le nucléaire (Data4Nuclear-X), l’aéronautique (DECADE-X) ou encore les transports et le tourisme (Eona-X), de grands acteurs sont mobilisés et tentent d’étendre l’adoption de ces labels à toute leur filière, PME comprises. De ces cas concrets émergent de nouveaux besoins : « L’échange de documents dans des sensibilités de défense va concerner beaucoup d’industries », affirme Phillipe Grobois, directeur général de DECADE-X pour AIRBUS, qui réclame un standard d’identité digitale sur lequel se baser.  

D’autres défis ont également été abordés, comme celui de faciliter l’onboarding. « Il y a un frein psychologique, l’idée même d’un data space paraît compliqué », a confié Frédéric Novello, CTO d’Eona-X. Une véritable menace au business model envisagé : « Le moteur économique, c’est le volume, il nous faut plus de participants », continue-t-il. D’autant que la valeur ne réside pas dans la donnée elle-même, mais dans les cas d’usage qu’elle permet de déployer collectivement. Face à ces défis d’adoption, Gaia-X semble embarquée dans une course contre la montre, celle de transformer l’essai avant que la fatigue de l’écosystème ne prenne définitivement le dessus. Les différents secteurs ont tout intérêt à s’y atteler s’ils espèrent bénéficier d’agents d’IA spécialisés. Selon Hubert Tardieu, administrateur indépendant de Gaia-X : “Il faut que le monde des espaces de données soit en ordre pour que le monde de l’IA verticale commence.”