« La Semaine de l’IA pour Tous est un catalyseur d’initiatives d’inclusion numérique »
Mélusine Blondel (Mednum) et Hubert Guillaud (Café IA) présentent la Semaine de l’IA pour Tous qui s’annonce riche en événements dans la France entière.
Publié le 30 avr. | Mis à jour le 1er mai Lecture 6 min.
Alors que le gouvernement français appelle à sensibiliser deux millions de Français d’ici 2027, la Semaine de l’IA pour Tous (18 au 24 mai) est pensée comme une mobilisation citoyenne pour y parvenir, en s'appuyant notamment sur l'expérience de spécialistes de la médiation et de l'inclusion numérique. L'occasion pour tout type d'organisations privées comme publiques d'apporter leur pierre à l'édifice. Objectif visé par ces plus de 500 évènements : 50 000 personnes touchées en quelques jours seulement.
Pourquoi vos organisations sont-elles engagées à créer cette Semaine de l’IA pour Tous ?
Mélusine Blondel : La raison d'être de la Mednum, c’est l’inclusion numérique. Notre constat, c’est qu’il y a un très fort mouvement autour des formations sur l’intelligence artificielle, mais les compétences de base pour le plus grand nombre manquent encore. On s’est demandé concrètement ce que l’on pouvait faire pour aider à les diffuser, alors que beaucoup d’initiatives existent déjà. Dans un contexte où il y a presque trop de formations qui s’adressent à un public cible de CSP+, rares sont celles qui s’appuient sur des organisations et des spécialistes de la gestion des enjeux psychosociaux plus larges. De plus, les politiques publiques ont tendance à être de plus en plus en retrait sur les questions de médiation numérique, et peu d’entreprises s’engagent sur ces aspects « grand public » du sujet. Créer la Semaine de l’IA pour tous, dans la lignée de ce qui se faisait déjà avec les Cafés IA, vise à associer des acteurs différents et à donner de la visibilité aux initiatives existantes, ou à donner l’envie d’en lancer. Nous ne sommes pas là pour faire de l’évangélisation en poussant absolument à l’usage de l’IA par tous. En revanche, nous estimons que, puisque l’on retrouve de plus en plus l’IA partout, il faut donner accès aux bons outils de compréhension.
Hubert Guillaud : Les révolutions numériques posent toujours des questions à la société. Celle de l’IA pose question à toutes les strates de la société. On voit des appétences très vives, mais aussi des craintes fondamentales qui s’expriment. Il faut donc en faire un moment de discussion : comprendre les enjeux, les orientations qu’il est possible de prendre ou non. Café IA a pour mission de donner des outils pour se questionner sur les impacts, collectifs et individuels. À partir de là, la Semaine de l’IA pour Tous essaie de créer un moment de cristallisation, d’interroger la reconfiguration des méthodes de travail et l’impact sur nos vies. Ce n’est pas un objectif de formation au sens strict : le but est plutôt d’animer des échanges stimulants.
Des tendances à retenir parmi tous les événements organisés durant la semaine du 18 mai ?
M.B. : C’est très varié. Il y a évidemment beaucoup de Cafés IA, mais il y a aussi des masterclass, des expositions, des visites guidées, des pièces de théâtre. Et aussi des « procès de l’IA », des débats mouvants… Nous voulons varier les formats pour toucher un maximum de personnes et couvrir beaucoup de sujets. Derrière, c’est une très grande variété d’acteurs que l’on retrouve : des professionnels, à l’image de la Fédération française du bâtiment, par exemple, ou bien des organisations beaucoup plus généralistes. Un point à souligner : nous avons été très attachés au fait de ne pas organiser un grand événement de lancement à Paris qui concentrerait toute l’attention. Tout l’enjeu est de s’appuyer plutôt sur un riche ancrage territorial, le tout en privilégiant presque exclusivement le présentiel.
H.G. : Une grande diversité d’approches veut dire une grande diversité de publics. Bien sûr, il y aura beaucoup de conférences d’experts, mais il existe beaucoup d’autres outils de compréhension, y compris des formats ludiques accessibles à tous. Bref, tout ce qui peut permettre de rentrer dans le « comment ça fonctionne » vaut le coup. Les médiateurs du numérique, en particulier, ont beaucoup d’intérêt pour des formats originaux. Nous voulons pouvoir être présents dans les Ehpad, autant qu’auprès des tout-petits ou des salariés en entreprise.
M.B. : Et au-delà de l’expérience des médiateurs du numérique, nous nous appuyons sur l’envie de nombreuses personnes d’expérimenter sur le fond comme sur la forme. La Semaine de l’IA pour Tous est un catalyseur d’initiatives d’inclusion numérique au sens large : celles qui existent déjà ou les nouvelles.
Le sujet de la sensibilisation aux enjeux de l’IA n’est pas nouveau : quel regard portez-vous sur la difficulté d’accompagner le plus grand nombre dans un apprentissage « à l’échelle » ?
H.G. : Objectivement, il est très difficile de recenser tous les événements qui font de la sensibilisation. Tout simplement parce qu’il y en a beaucoup qui ne sont pas publics, par exemple ceux organisés par les entreprises elles-mêmes en interne. Beaucoup d’organisations se prennent en main, avec le besoin de discuter avec tous les échelons de leurs salariés… Les outils se déclinent de différentes façons. Donc le comptage exact de la sensibilisation est difficile, mais nous sommes convaincus qu’à partir d’initiatives comme la nôtre, il y a ensuite un essaimage important et que nos idées, formats et méthodologies sont repris.
M.B. : C’est un rappel permanent qu’il faut s’associer entre acteurs privés, associations, institutionnels, branches professionnelles… Pour atteindre des objectifs de sensibilisation, on ne peut évidemment pas se limiter à une semaine d’événements, aussi nombreux et variés soient-ils. Nous aurons un temps de « bilan de l’événement » lors de VivaTech, en juin, afin de voir avec les entreprises et les politiques comment il est possible d’aller plus loin. On envisage par exemple un colloque sur ce thème à l’Assemblée nationale.
Quels sont les sujets de sensibilisation à l’IA les plus complexes à aborder ?
H.G. : La question de l’organisation du travail se pose très fortement, avec une redéfinition et un remodelage pour tous les types d’organisations. Comment intégrer les outils, jusqu’où les accepter, comment s’y former ? Cela reprend de vieilles questions de fond sur le numérique. Ensuite, je pense qu’il y a la question éducative au sens large : qu’est-ce que l’IA transforme dans ce champ, pour les professeurs et les élèves ?
M.B. : On note aussi la thématique de l’impact environnemental, qui revient beaucoup dans les événements. C’est l’une des premières critiques sur le développement de l’IA, et ce n’est pas un sujet facile à traiter ou sur lequel sensibiliser.
L’actuel bruit médiatique autour de l’IA vous facilite-t-il le travail ?
M.B. : Il est bénéfique de profiter de l’engouement pour le sujet pour pouvoir embarquer des partenaires et les pousser à rejoindre la dynamique. En revanche, beaucoup de discours actuels sont très partiels, très tranchés… Il y a peu de nuances. Beaucoup de personnes partent donc avec des idées fausses ou même des réticences sur ce « thème imposé » par l’actualité, ce qui complexifie la sensibilisation au sens large.
H.G. : Effectivement, la multiplication des discours rend le sujet abscons pour beaucoup de gens. Il faut déplier, essayer d’expliquer, d’amener plus de nuances, de recul. C’est un sujet complexe techniquement, économiquement, socialement, écologiquement… Le grand battage montre que c’est un thème d’intérêt, mais il est encore difficile de voir ce que les gens en retiennent vraiment aujourd’hui à partir de ce qu’ils entendent dans les médias.

