La souveraineté numérique bute encore
Dans les locaux de l’Inria, les résultats d’études ont été dévoilés succinctement au cours de la matinale "Résilience et autonomie numériques”, alternant entre bref soulagement et réalité.
Publié à 4h40 Lecture 4 min.
Imène Kabouya discutant avec Clément Beaune dans les locaux de l'Inria. En fond, Bruno Sportisse, le PDG de l'institut.
―Aude Brès - Alliancy7ème sur 25, c’est la place que la France occupe sur l’index de résilience en intelligence artificielle par pays, divulgué ce 13 mai 2026 au centre parisien de l’Inria. Elle obtient le score de 28 sur 40 et égalise avec Taiwan et la Suisse. « Les États-Unis et la Chine sont en tête, avec 36 points, à égalité », note Arno Pons, délégué général de la fondation Digital New Deal, expliquant que l’étude se basait sur l’Indice de Résilience Numérique (IRN). Cet outil, né après l’onde de choc administrée par le rapport du Cigref sur la dépendance technologique française, se fonde sur 8 piliers de résilience : stratégique, supply-chain, technologique, sécurité, data & IA, opérationnelle, économique & juridique et environnementale.
“Le tiers monde du numérique”
Si le constat semblait rassurant, ce n'était pas le cas des intervenants de la matinale "Résilience et autonomie numériques”, organisée par Wavestone, le MEDEF, l’Inria et le Digital New Deal. « Après nous avoir enfermés dans leurs écosystèmes lors des années 2010, les GAFAM remettent ça. Les hyperscalers servent souvent de porte d’entrée, et l’IA vient désormais consolider l’ensemble de leurs offres. C’est, en quelque sorte, le dernier clou dans le cercueil. », résume crument Arno Pons. « Nous sommes le tiers-monde de l’infrastructure numérique », image de son côté Yann Lechelle, PDG de Probabl.
Leur pessimisme se comprend à la lecture de l’enquête menée par Wavestone, dévoilée à l’occasion. « L’enseignement principal de cette étude, c’est la division », affirme Imène Kabouya, partenaire IA et résilience numérique de Wavestone. Sur les 500 dirigeants d’entreprises françaises interrogés, moins de la moitié (48%) ont déclaré avoir engagé des premières actions pour renforcer leur résilience numérique. Et les chiffres baissent lorsqu’on s’approche du concret. Une entreprise sur sept seulement dispose aujourd’hui d’une véritable stratégie formalisée de résilience numérique.
Penser long terme
Il faut arrêter de traiter le numérique comme un effet de mode. Il faut l’envisager comme une trajectoire, un réseau de neurones où tous les risques seraient reliés.
Les motifs donnés pour justifier la posture attentiste des dirigeants sont loin d’être surprenants : 29% des entreprises considèrent l’identification de solutions européennes matures et compétitives comme principale difficulté et 15% s’inquiètent d’une possible perte de performance associée à ces solutions. Le coût de la transition, qu’il soit technique, organisationnel ou contractuel, constitue également l’un des principaux freins (24 %). Un obstacle inévitable selon Yann Lechelle : « Il faut absolument faire un effort. Investir, c’est pérenniser son activité ».
Cet investissement essentiel doit s’inscrire dans une stratégie long terme, selon les acteurs présents sur place. David Djaïz, PDG de Ascend Partners, retrace l’historique des priorités technologiques ces dernières années, de la protection des données, à la souveraineté en passant par la cybersécurité, et conclut : « il faut arrêter de traiter le numérique comme un effet de mode. Il faut l’envisager comme une trajectoire, un réseau de neurones où tous les risques seraient reliés. » Il ajoute espérer que l’IRN s’impose comme un outil européen, ce qui permettrait d’objectiver les dépendances et les comparaisons pour améliorer la politique d’achat.
Une cartographie à impact inconnu
Dans ce sillage, Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, a profité de l’évènement pour acter le lancement de l’observatoire du numérique, déjà annoncé en 2025. Ce nouvel organe aura pour but de créer une cartographie des dépendances, grâce aux réponses recueillies par questionnaire. Mais les enseignements attendus pour la rentrée 2026 pourraient rester partiels, le dispositif reposant sur des contributions volontaires et l’observatoire n’ayant aucun pouvoir contraignant.
D’autant que ce genre d’initiative, aussi innovante soit-elle, tend à déplacer le problème vers l’offre. Comme le souligne Yann Lechelle, « ce n’est pas la responsabilité des entreprises de créer les conditions de la souveraineté » Il met ici en cause la commande publique, qu’il juge trop favorable aux acteurs américains, au détriment des solutions européennes, reléguées à des positions marginales et peinant à se développer. « En France, le sujet de la souveraineté est très bien traité en intellectuel mais pas dans l’implémentation », conclut le dirigeant.

