Majorité numérique et cybersécurité : la ligne ferme d’Anne Le Hénanff
Protection des mineurs en ligne, souveraineté en IA et cybersécurité : de passage sur le forum lillois, Anne Le Hénanff a défendu une approche volontariste, entre préférence européenne et durcissement des règles pour l’État.
Publié et mis à jour le 1er avr. Lecture 4 min.
Dans un contexte de tensions croissantes autour de la souveraineté numérique et de la protection des publics vulnérables, Anne Le Hénanff assume une ligne claire : accélérer la régulation, renforcer les exigences et réduire les dépendances technologiques. À la croisée des enjeux d’intelligence artificielle, de régulation des plateformes et de cybersécurité, ses positions traduisent une volonté d’action rapide, quitte à bousculer certains équilibres. Sur le terrain de l’intelligence artificielle, la stratégie défendue repose sur un double mouvement. D’un côté, une analyse fine des dépendances sectorielles, afin d’identifier les produits et services critiques. De l’autre, une volonté assumée de privilégier les solutions locales lorsqu’elles existent.
Préférence européenne et réduction des dépendances
« Là où nous avons des produits français, de l’IA française, nous devons afficher une préférence européenne et nationale », insiste-t-elle. Cette orientation s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté technologique, visant à limiter l’exposition aux acteurs extra-européens.
Cette approche n’est pas uniquement défensive. Elle traduit aussi une ambition industrielle : structurer un écosystème capable de rivaliser à l’échelle internationale, tout en garantissant une certaine autonomie stratégique. Dans un contexte où plusieurs pays européens observent de près les initiatives françaises, la doctrine pourrait faire école.
Majorité numérique : un débat encore ouvert
Autre chantier majeur : la mise en place d’une majorité numérique. Le texte, soutenu par le gouvernement et porté notamment par Laure Miller, a été récemment débattu au Sénat, sous l’impulsion de Catherine Morin-Desailly. L’objectif initial est clair : interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, sans exception. Une position ferme, justifiée par la nécessité de protéger les mineurs face aux risques numériques. Mais le débat parlementaire a révélé des divergences importantes.
Deux points cristallisent les tensions. D’une part, l’introduction d’une autorisation parentale, défendue par certains sénateurs. D’autre part, la répartition des responsabilités entre familles et plateformes. Le gouvernement, lui, souhaite faire peser l’essentiel de la charge sur les réseaux sociaux, en cohérence avec les principes du Digital Services Act.
Malgré ces désaccords, un consensus de fond émerge : la nécessité d’instaurer une majorité numérique. Reste à en définir les modalités opérationnelles. Le texte doit désormais être notifié à la Commission européenne, une étape décisive pour juger de sa conformité. Le risque est réel : en cas de non-conformité, le processus législatif pourrait repartir de zéro, retardant d’autant l’entrée en vigueur des mesures. « Pendant ce temps-là, nos mineurs ne sont pas protégés », souligne Anne Le Hénanff, qui appelle à des compromis rapides pour éviter une perte de temps critique.
Cybersécurité : fin de la tolérance pour les écarts
En parallèle, la multiplication des fuites de données dans le secteur public alimente les critiques. Accusé de laxisme, l’État est sommé de renforcer ses défenses. La réponse apportée se veut pragmatique : reconnaître les failles tout en accélérant la mise à niveau. Les cyberattaques, rappelle-t-elle, touchent aussi bien le public que le privé. Mais certains incidents récents ont mis en lumière des manquements basiques, notamment en matière d’hygiène numérique.
Pour y remédier, le gouvernement mise sur une montée en exigence généralisée, pilotée notamment par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information. Sous l’impulsion du Premier ministre Sébastien Lecornu (mentionné ici comme pilote politique du sujet), des consignes ont été données à l’ensemble des ministères. Parmi les mesures prioritaires : la généralisation de l’authentification multifacteur, la mise en place d’exercices de gestion de crise et le recours accru aux tests d’intrusion (pentests). Une logique de « sécurité par défaut » qui marque un tournant.
Vers une culture de la contrainte assumée
Le principal obstacle identifié n’est pas technologique, mais culturel. « La cybersécurité est souvent perçue comme une contrainte », reconnaît Anne Le Hénanff. Une perception qui a freiné l’adoption de pratiques pourtant éprouvées dans le secteur privé. Désormais, le cap est fixé : la sécurité prime sur le confort. La double authentification, en particulier, devient non négociable dans les administrations centrales, notamment à Bercy.
Ce changement de paradigme traduit une prise de conscience plus large. Face à la sophistication des attaques, la tolérance aux écarts disparaît. L’enjeu n’est plus seulement de réagir, mais d’anticiper et de tester en continu la robustesse des სისტემes d’information. En filigrane, c’est une transformation profonde de la culture numérique de l’État qui se dessine : plus exigeante, plus proactive, et résolument tournée vers la réduction des risques.

