IA française
OVHcloud annonce son LLM maison
OVHcloud publie ses résultats un an après le retour de son fondateur. Une croissance modeste face aux hyperscalers, mais un cap fixé : un LLM maison en open source dès fin novembre.

Un an après son retour aux commandes, Octave Klaba veut marquer les esprits. Le fondateur de d’OVHcloud a clarifié les ambitions IA du champion français du cloud à l'occasion de la communication des résultats de l'entreprise. Ce mardi 20 octobre, la publication du groupe roubaisien livrent un premier verdict : l’activité a gagné 7,2 % en un an. Le dirigeant avait promis un grand chambardement interne et une forte croissance, face à des résultats qui « sous-performaient le marché ». Dans un récent entretien exclusif accordé à nos confrères de La Tribune, il affirme que, douze mois plus tard, tous les objectifs annoncés sont atteints et se dit « prêt à accélérer ». La dynamique reste toutefois sans commune mesure avec celle des hyperscalers américains : 37 % de croissance sur un an au dernier trimestre pour Amazon Web Services, 42 % pour Microsoft Azure et 82 % pour Google Cloud.
Cinq couches, une seule ambition
Pour accélérer, OVHcloud s’appuie sur son plan « Step ahead 2026-2030 », bâti sur une vision de l’IA centrée sur les interfaces conversationnelles. « Demain, nous communiquerons avec l’informatique à travers des prompts. Derrière, les logiciels, les emails, les drives, seront des services avec lesquels nous interagirons par l’intermédiaire de l’IA », décrit le chef d’entreprise. De là découle, pour OVHcloud, une trajectoire transversale : être présent sur toute la chaîne de valeur. Octave Klaba assure que l’entreprise « en a les moyens ». Elle dispose notamment de 250 mégawatts de puissance électrique dans des data centers dont elle est propriétaire, une ressource dont la valeur grimpe ces derniers temps. « Nous souhaitons jouer un rôle actif sur cinq couches : les GPU dans nos data centers ; leur orchestration pour l’entraînement et l’inférence ; les « tokens as a service », avec la question de leur prix et de leur qualité ; les outils permettant d’héberger des applications développées avec l’IA ; enfin, les usages, notamment avec notre OVHai workspace. L’enjeu est de transformer la productivité quotidienne des entreprises », ajoute-t-il.
Un LLM maison, publié en open source
L’annonce principale du fondateur d’OVH reste le lancement d’un LLM propre à OVHcloud, dont l’entraînement de la première version vient de s’achever. Le groupe compte le publier en open source fin novembre et promet un modèle différent des autres : « Il sera très en avance sur son temps sur le plan de l’architecture ». Une promesse audacieuse, d’autant qu’il avance seul sur le projet : selon lui, aucun acteur existant ne partage sa vision d’ensemble. Il vise en particulier Mistral, qui se serait « déclaré concurrent d’OVHcloud ». Le fondateur conteste pourtant toute similitude de modèle économique. Le positionnement est d’abord différent : Mistral se présente davantage comme un intégrateur d’IA, tandis qu’OVHcloud est un fournisseur de cloud et de technologies auquel il veut ajouter l’intelligence artificielle. Surtout, l’écart se joue sur la nature des revenus : « Aujourd’hui, OVHcloud réalise 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec 1,6 million de clients. Je ne sais pas si l’on peut comparer cela avec quelques dizaines ou centaines de contrats signés avec de grandes entreprises, pour des produits qui restent à développer», lance-t-il.
Son analyse est que les fournisseurs dIA, américains comme européens, peinent à trouver un modèle économique viable et que cela se sait de plus en plus. Octave Klaba revendique l’inverse : du chiffre d’affaires, de la marge, et un flux de trésorerie disponible. «Je veux investir l’argent que nous gagnons. C’est ainsi que j’ai construit l’entreprise pendant les seize années précédant 2016 [date de sa première levée de fonds, de 250 millions d’euros], et c’est ainsi que je compte continuer à la diriger», avance-t-il. Là où Mistral s’appuie sur des commandes et des engagements de capacités de calcul futures, il entend donc miser sur du concret : prouver d’abord qu’OVHcloud sait entraîner un modèle innovant, avant de lancer de grands investissements.
Un cap commercial redéfini
Ce modèle suivra trois directions : la cybersécurité, offensive et défensive, le code et l’IA agentique. «Nous développons des logiciels et voulons un modèle qui développe aussi bien que nous, puis puisse aller plus loin», explique-t-il. Comme un miroir entre les compétences d’OVHcloud et les capacités du modèle, l’IA agentique, ne visera que certains métiers, ceux que le groupe maîtrise : la finance, les ressources humaines, le juridique et la chaîne logistique. Ces usages seront conçus à partir des besoins et des données internes de l’entreprise. Si l’expérience est concluante, ils pourront être publiés en open source et proposés aux clients confrontés à des problématiques proches.
Le dirigeant vise une clientèle mondiale et rompt avec la ligne de ses immédiats prédécesseurs, à qui il avait laissé les manettes. Ces dernières années, OVHcloud s’est beaucoup concentré sur les grandes entreprises, dont les décisions et l’exécution sont longues et la croissance relativement faible. Octave Klaba leur oppose un vaste marché d’entreprises du numérique très techniques : « certaines comptent dix, cinquante ou cent personnes, mais peuvent dépenser cinq à dix millions d’euros par an chez OVHcloud. » Il insiste une nouvelle fois sur l’intérêt de s’en tenir aux métiers que le groupe connaît : c’est la condition pour que le modèle réponde aux besoins de ces clients. Mais l’enjeu dépasse la pertinence. À ses yeux, dépendre de fournisseurs américains constitue un risque bien plus grave.
« Nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer »
Il juge que la valorisation des géants américains ne repose pas seulement sur leur technologie ou leur chiffre d’affaires, mais sur leur capacité potentielle à remplacer n’importe quelle entreprise. « Avec les données et les capacités qu’elles accumulent, qu’est-ce qui les empêche de créer une suite collaborative, un CRM ou un ERP concurrent de SAP ? Rien », interroge-t-il. Il les pense encore en phase d’attente, le temps de nourrir leurs modèles. Une fois à l’aise, ils lanceront des services conçus autour de l’IA et transformeront les métiers à leur profit. D’où son raisonnement : sans LLM maîtrisé, OVHcloud s’expose à voir un fournisseur devenir un jour un concurrent direct. « Nous aurons donné nos données, ils feront notre métier, et nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer », redoute-t-il. Cette vision du futur, comme celle qu’il porte pour l’Europe, il envisage de l’exposer, mais pas tout de suite. Les actes pèsent plus que les mots : Octave Klaba veut laisser son modèle parler pour lui. Rendez-vous dans quelques semaines pour juger sur pièce.





