Innovation publique

Programme JUNN : naissance d’un jumeau numérique de l’Hexagone 

Avec JUNN, l’État déploie des jumeaux numériques pour mieux piloter les territoires, via la création d’une plateforme mutualisée. 

Publié le 14 avr.

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Aude Brès / Alliancy

Une France 2.0. a émergé ce 13 avril 2026. « Nous écrivons une nouvelle page de l’histoire numérique de notre pays, a déclaré Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’IA et du Numérique. Une page où la technologie sert l’intérêt général. » Elle mentionne ici le programme, financé à hauteur de 39 millions d’euros, des Jumeaux numériques pour nos territoires (JUNN). Les répliques virtuelles créées permettront de visualiser les politiques d’urbanisation en amont, ainsi que de répondre aux défis climatiques.

« Nous sommes en train d’inventer la notion de territoire augmenté »
Bruno Bonnell, secrétaire général pour l'investissement chargé du plan France 2030.

Les communes seront donc dotées d’une capacité de projection, basée sur une réunion de données partagées par 200 acteurs, dont les services de l’État, les collectivités et les entreprises. L’occasion pour les collectivités locales de prendre des décisions à long terme avisées et indépendantes de la conjoncture immédiate qui dicte souvent les investissements. Ces informations seront mobilisables via un socle technologique commun.    

La plateforme mutualise les briques logicielles préexistantes, et déjà souveraines, de 14 acteurs publics et privés. Parmi eux, l’Institut national de recherches en sciences et technologies du numérique (Inria) développe des outils de simulation. Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), de son côté, structure les cas d’usages. 

L’enjeu des données et du modèle économique

En ce qui concerne les données, leur hébergement est moins facilement identifiable. « Il y aura plusieurs lieux, plusieurs serveurs », a informé Sébastien Soriano, directeur général de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), ajoutant que le projet s’appuyait grandement sur des données déjà disponibles, notamment au sein de Géoplateforme, l’infrastructure publique de données géographiques construite sur OVHCloud. Les collectivités pourraient aussi choisir de les conserver dans l’espace de stockage de leur choix. « La donnée géographique n’est pas une donnée personnelle, il n’existe aucun cadre réglementaire contraignant à un hébergement en France », a-t-il expliqué. 

Constance Nebbula a raconté comment le jumeau numérique mis en place à Angers a contribué à la lutte contre les crues. Entourée de (de gauche à droite), Valérie Nouvel, Territoires Connectés et Durables, Laurent Champaney, Arts et Métiers, Carole Vachet, Crédit Agricole et Philippe Mazenc, Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Constance Nebbula a raconté comment le jumeau numérique mis en place à Angers a contribué à la lutte contre les crues. Entourée de (de gauche à droite), Valérie Nouvel, Territoires Connectés et Durables, Laurent Champaney, Arts et Métiers, Carole Vachet, Crédit Agricole et Philippe Mazenc, Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Aude Brès / Alliancy

La responsabilité partagée ne s’arrête pas là. La charge de la mise à jour des données, essentielle à une capacité de projection long terme, revient aux acteurs la fournissant. « Nous faisons le pari d’un système distribué, mis à jour par les utilisateurs », a reconnu Pascal Berteaud, directeur général du Cerema. Encore à l’état d’ébauche, malgré presque trois années de travail, le projet n’a pas encore de modèle économique. De nombreux cas concrets ont été identifiés, comme la gestion des ressources en eau, l’adaptation des forêts au changement climatique ou la lutte contre les épidémies. 

Un écosystème salutaire

Certaines villes ont déjà mis en place de telles initiatives, à l’image d’Angers. « Nous avons subi de très puissantes crues cette année et le jumeau numérique nous a permis tous les jours de simuler les prédictions d’inondations et de donner des consignes à la population », a raconté Constance Nebbula, vice-présidente de la métropole d’Angers et de la région des Pays de la Loire. Si d’autres villes, comme Bordeaux, font également état de projets de jumeaux numériques, Constance Nebbula s’est réjouie de la création d’un collectif : “Nous avons besoin de nous inscrire dans une gouvernance structurée, au sein d’une véritable filière.” 

Problème résolu. L’initiative JUNN répond au besoin d’une gouvernance large et intègre de nombreux acteurs n’ayant pas les moyens de développer cette technologie, comme les collectivités locales ou les startups. « Les barrières à l’entrée seront réduites pour les jeunes entreprises technologiques, ce qui consiste en un véritable catalyseur d’innovation et un levier économique », a noté Issam Tannous, directeur de 1spatial France et chef de file du projet du côté des industriels. « JUNN créera un marché unifié, ouvrant la voie à une économie d’échelle », a-t-il ajouté, enthousiaste. Un premier ensemble opérationnel d’applications devrait voir le jour fin 2026, après une première phase de développement des briques logicielles, de préparation des premiers jeux de données, puis de tests de solutions cocréés avec des entreprises.