Réglementation environnementale du numérique : ce que l’Europe peut (encore) décider

Au Green Tech Forum, Paul Collignon, représentant de l’AFNUM, analyse les liens entre réglementation environnementale du numérique, infrastructures européennes, intelligence artificielle et data centers. Un échange structuré autour de quatre questions clés.

Publié le 6 janv. | Mis à jour le 13 janv.

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Peut-on réguler le numérique sans infrastructures en Europe ?

La réglementation environnementale du numérique existe depuis plus de vingt ans et concerne l’ensemble du secteur. Mais lorsqu’il s’agit d’intelligence artificielle, la question des infrastructures devient centrale. Sans développement d’infrastructures numériques en Europe, et en particulier en France, il n’est pas possible de réguler efficacement ni les modèles d’IA ni les infrastructures qui les supportent. La localisation des centres de données conditionne directement la capacité des États à faire appliquer leurs règles. Si le stockage des données et les requêtes sont réalisés hors d’Europe, la réglementation devient inopérante.

La réglementation de l’IA suit-elle encore le rythme de l’innovation ?

La phase de réglementation a déjà commencé, notamment avec l’AI Act, conçu pour encadrer les IA dites « à risque » et adopté entre 2022 et 2023. Or, l’IA de 2025 n’est plus celle de 2022. Le décalage entre le rythme de l’innovation et celui de la réglementation pose une question centrale. L’enjeu est désormais de savoir comment adapter le cadre réglementaire à une technologie qui évolue très rapidement, sans créer un frein structurel à l’innovation.

Que change l’économie circulaire pour le numérique ?

Le Circular Economy Act constitue un bloc réglementaire majeur pour le secteur. Il intègre notamment la révision de la directive DEEE, qui organise la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques. Sont directement concernés les smartphones, les ordinateurs, les serveurs et plus largement les infrastructures numériques. Ce texte aura un impact significatif sur le secteur, tout en traitant également d’enjeux qui dépassent le seul périmètre du numérique.

Pourquoi la chaleur des data centers est-elle difficile à valoriser ?

La récupération de la chaleur fatale des data centers se heurte d’abord à un enjeu de faisabilité. Les réseaux de récupération de chaleur n’existent pas nécessairement dans les villes où ces infrastructures sont implantées. S’ajoute un enjeu d’acceptabilité territoriale. L’implantation d’un data center nécessite un travail sur l’intégration locale et la responsabilité territoriale. Enfin, au-delà de la récupération de chaleur, un levier majeur réside dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des équipements. Depuis 2008, les serveurs et les puces ont connu près de 99 % de gains en efficacité énergétique, réduisant directement la chaleur produite.