Chronique

Souveraineté : Et si le bon sens de nos territoires devenait la nouvelle boussole ?

Sylvain Fievet revient sur sa participation au 7ème Congrès des élus au numérique à Agen. Entre animation de tables rondes et ateliers stratégiques, il a mesuré la force d’un numérique de conviction porté par ceux qui l’exécutent avec courage. Un éclairage sur le bon sens territorial : là où des pionniers transforment la souveraineté en liberté d’action. Un modèle de pragmatisme et de résilience qui s'impose désormais comme une boussole stratégique pour tout dirigeant.

Publié et mis à jour le 2 févr.

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Sylvain Fievet / Alliancy

À Agen, j’ai vu le numérique du faire.

Le 7ème Congrès des élus au numérique n’était pas pour moi une simple visite. En co-animant les débats et en poussant les décideurs dans leurs retranchements, j’ai touché du doigt une réalité que le secteur privé ferait bien de regarder de près : celle du pragmatisme sans compromis.

On me rétorque souvent que sortir des écosystèmes propriétaires n'est pas possible, ou que les enjeux ne sont pas comparables entre un très grand compte et une petite structure. C’est un mythe. Sujet par sujet, brique par brique, il y a énormément de choses à faire. Là où beaucoup d'entreprises s’empêtrent encore dans des visions théoriques, j'ai vu des élus et des techniciens traiter la technologie pour ce qu'elle est : un outil de liberté d’action et un levier de gestion rigoureuse.

Boé : 3 personnes pour briser le dogme du no-alternative

L'exemple de Boé est une source d'inspiration profonde pour quiconque doute de la faisabilité d'une transition souveraine. Visualisez la structure : une commune de 6 000 habitants, 120 agents et une équipe DSI de seulement 3 personnes. Ici, on n'est pas pro-open source par idéologie, mais par pur bon sens.

À Boé, ils ne se sont pas contentés de changer une messagerie. Ils ont repris la main sur leurs outils métiers et leurs API pour s'assurer que leurs données ne soient plus captives d'un seul éditeur. Ils ont même poussé la pédagogie jusqu'à concevoir une bande dessinée pour expliquer ces nouveaux usages et les enjeux de l'indépendance aux agents. Si une équipe de trois personnes du secteur public peut briser les monopoles techniques et reprendre le contrôle de ses briques logicielles, quelle excuse reste-t-il aux entreprises privées ?

Lyon : L'urbanisation profonde comme stratégie de rupture

Cette ténacité, je l'ai retrouvée avec la Métropole de Lyon dotée d'une profondeur d'analyse remarquable quant à l'urbanisation du Système d'Information. Lors de l'atelier du 29 janvier, le témoignage a été clair : la sortie de Microsoft n'est pas un coup d'éclat, c'est le résultat d'une trajectoire de 10 ans.

L'enjeu lyonnais est celui d'une restructuration de fond pour reprendre la maîtrise des infrastructures critiques et garantir l'interopérabilité réelle des systèmes. En refusant la boîte noire technologique, Lyon prouve que la souveraineté est une affaire d'architecture et de vision à long terme. Cette réussite tient à une règle d'or : lier l'urbanisation technique à un sponsorship politique indéfectible.

À Martigues, on cherche l'impact réel et l'efficience budgétaire plutôt que le confort apparent de la vassalité technologique.

Martigues : L'usage comme filtre anti-dépendance

Lors de nos échanges, le témoignage de Martigues a agi comme un révélateur sur le sujet des suites bureautiques. Face à l'hégémonie de solutions comme Office 365, ils ont posé la question que beaucoup de décideurs n'osent plus formuler : utilise-t-on réellement la débauche de fonctionnalités que l'on paie au prix fort ?

À Martigues, on revient à l'essentiel : le bon outil pour le bon usage. Ce courage de remettre en question l'outil par défaut est le même qui leur permet de diviser par deux leur facture d'eau grâce à un pilotage intelligent. Ils cherchent l'impact réel et l'efficience budgétaire plutôt que le confort apparent de la vassalité technologique.

Michel Paulin : La souveraineté par l'engagement et l'offre

Cet élan territorial rejoint l'éclairage de Michel Paulin (Président CSF Numérique de Confiance) lors de nos débats : la souveraineté n'est pas un concept défensif, c'est une dynamique d'offre et d'action. L'offre de confiance existe. L'utiliser n'est pas qu'un choix technique, c'est un acte de résilience économique. En fléchant nos achats vers nos pépites locales, nous construisons l'écosystème qui garantira notre liberté d'action demain.

Michel Paulin, Président du Conseil Stratégique de la filière Numérique de Confiance

Michel Paulin, Président du Conseil Stratégique de la filière Numérique de Confiance

Sylvain Fievet / Alliancy