Interview

Yannick Puget (iMSA) : « Nous sommes entrés dans une phase où la performance des processus devient centrale » 

Le DSI adjoint de l’iMSA, le GIE informatique de la Mutualité Sociale Agricole, pilote une DSI passée à l’agilité à l’échelle sur l’ensemble de ses activités. Avec le schéma directeur 2026-2030, l’organisation engage une nouvelle phase centrée sur la performance des processus. En parallèle, l’iMSA déploie des cas d’usage IA ciblés, renforce ses choix de souveraineté technologique et structure sa démarche de numérique responsable.

Publié le 29 janv.

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Vous êtes actuellement DSI adjoint. Pouvez-vous revenir sur votre périmètre et vos responsabilités actuelles ? 
 
Mon périmètre se structure autour de deux grands ensembles. Le premier regroupe des fonctions de communication et de marketing, avec notamment la stratégie d’influence et le studio UX. Le second concerne la relation de service, les portails web et mobiles, le CRM, les plateformes téléphoniques, ainsi que des référentiels structurants, en particulier ceux de nos cinq millions d’adhérents. 

Ce périmètre couvre aussi des activités très opérationnelles liées à la protection sociale, comme le contrôle médical, le contrôle dentaire, la santé au travail ou encore la gestion des remboursements de frais de santé et des indemnités journalières. Il inclut également un projet structurant, organisé tous les cinq ans, autour des élections professionnelles, mené récemment en collaboration avec Docaposte. 

Votre organisation est souvent citée comme avancée en matière d’agilité à l’échelle. Comment cette transformation s’est-elle structurée ? 
 
L’ensemble des équipes fonctionnent aujourd’hui en SAFe, y compris les fonctions support. Le choix du GIE a été de généraliser l’agilité à l’échelle à 100 %, ce qui reste assez rare dans l’écosystème numérique. Beaucoup d’organisations déploient SAFe sur certaines chaînes de valeur, mais rarement sur l’intégralité, y compris la comptabilité, les ressources humaines ou la production informatique. 

Cette transformation s’est construite entre 2019 et 2025. Le précédent schéma directeur, qui a couvert la période 2021-2025, était très orienté sur la mise en place de ces nouvelles pratiques, avec un fort enjeu culturel. Il s’agissait de faire évoluer les équipes vers des modes de fonctionnement plus horizontaux, plus autonomes et plus proches des utilisateurs finaux. Cette phase a un coût, notamment parce que nous ne cherchons pas immédiatement à mesurer la performance. 

Qu’est-ce qui change avec le nouveau schéma directeur 2026-2030 ? 
 
Nous entrons clairement dans une deuxième phase. L’agilité est désormais en place, et nous allons y appliquer un prisme beaucoup plus orienté performance. Notre stratégie est aujourd’hui très axée sur les processus, qu’il s’agisse des workflows métiers ou des processus de fabrication logicielle. 

Nous voulons mesurer notre time-to-market, notre capacité à traiter les incidents, à répondre aux sollicitations des caisses de la MSA, et plus largement l’efficacité de l’ensemble des processus du GIE. Ce nouveau schéma directeur nous servira de cadre pour suivre l’évolution de ces indicateurs jusqu’en 2030. 

Quels sont vos premiers cas d’usage concrets de l’IA ? 
 
Nous avons fait le choix d’une approche très pragmatique. Un exemple emblématique concerne la location de matériel médical, comme des béquilles ou des équipements liés à un handicap. La tarification de ces locations est dégressive dans le temps, mais cette règle n’est pas toujours correctement appliquée. 

Nous utilisons de l’IA supervisée, basée sur des réseaux de neurones, pour détecter des anomalies de facturation par rapport aux règles en vigueur. Cela permet d’identifier des écarts et de corriger des situations qui pénaliseraient soit l’adhérent, soit la Sécurité Sociale. Les gains sont significatifs. 

Ces expérimentations dépassent-elles les seuls usages métier ? 
 
Oui. Nous réalisons aussi des expérimentations sur des fonctions transverses, notamment sur l’analyse de texte pour des besoins juridiques. Côté infrastructure, nous travaillons sur la détection d’incidents. Nous développons également un moteur d’inférence pour le calcul des droits et des remboursements, utilisé bien au-delà de la MSA, notamment dans le cadre de l’Assurance maladie. 

Nous réfléchissons à y intégrer de l’IA pour détecter plus en amont certains comportements atypiques, par exemple des achats excessifs de produits pharmaceutiques répartis sur plusieurs points de vente. L’objectif est d’agir de manière préventive plutôt que corrective. 

Quelle place accordez-vous à l’IA générative dans vos équipes de développement ? 
 
Nous restons très prudents. Pour l’instant, nous en sommes au début. Notre priorité est de former les développeurs et d’encadrer les usages, afin d’éviter des pratiques individuelles non maîtrisées. Nous avons mis en place une charte qui encadre l’utilisation de l’IA générative et qui privilégie des usages souverains. 

Nous croyons à une IA qui assiste le développeur, notamment pour de la pré-construction de code, mais pas à une génération automatique de workflows métier. La connaissance métier reste centrale et ne peut pas être remplacée. Nous sommes davantage convaincus par des approches d’IA agentique, fondées sur des agents dotés d’une connaissance métier, développés par nos équipes en lien avec les experts fonctionnels.