Emploi

Les recrutements des jeunes décrochent dans les métiers exposés

En France, les embauches en CDI des 21-29 ans reculent de 28 % depuis fin 2022 dans les métiers les plus exposés à l'IA, selon une étude de la Banque de France publiée le 8 octobre. 

Publié et mis à jour le 15 octobre 2026
3 min.
Les recrutements des jeunes décrochent dans les métiers exposés
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L'IA générative commence-t-elle à fermer la porte aux débutants ? Dans une étude publiée le 8 octobre 2026, la Banque de France révèle une baisse de 28 % des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés à cette technologie, entre novembre 2022 et mars 2026. Le recul atteint seulement 8 % dans les professions les moins exposées. Et les jeunes actifs sont les premiers concernés. Chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, les écarts s'amenuisent. Ils deviennent presque inexistants après 50 ans. Mais les économistes ne concluent pas à une destruction d'emplois provoquée par l'IA. Leurs travaux montrent plutôt un ralentissement du renouvellement des effectifs. Une évolution moins spectaculaire que les licenciements, mais potentiellement lourde de conséquences pour l'insertion professionnelle. 

Les entreprises recrutent moins, sans licencier davantage 

Les fins de CDI diminuent elles aussi. Chez les 21-29 ans, leur nombre recule de 23 % dans les métiers les plus exposés, contre 6 % dans les autres professions les moins exposées. Les entreprises semblent privilégier la réduction des recrutements à celle des effectifs. Cette tendance se retrouve parmi les utilisateurs intensifs d'IA.  

Comptables, secrétaires, agents administratifs ou employés de banque figurent parmi les professions présentant une forte exposition à l'IA. 

Sur quelque 6 000 entreprises étudiées, près de 600 déclarent un usage intensif début 2026. Leurs embauches de jeunes ont évolué moins favorablement depuis fin 2022, sans baisse statistiquement significative de leur emploi total par rapport aux autres entreprises. En France, l'encadrement des ruptures de CDI peut favoriser cet ajustement progressif. Une entreprise peut ainsi limiter les nouvelles arrivées ou renoncer à remplacer certains départs. Le phénomène échappe alors largement aux statistiques centrées sur les effectifs en poste. 

Les métiers de bureau particulièrement exposés 

Comptables, secrétaires, agents administratifs ou employés de banque figurent parmi les professions présentant une forte exposition à l'IA. Pour établir cette cartographie, les chercheurs ont analysé les savoir-faire de plus de 1 500 métiers référencés par France Travail. Ils ont évalué leur potentiel d'automatisation à l'aide d'un modèle de langage, en intégrant les limites liées aux interactions humaines et à l'expertise professionnelle. Une distinction importante s'impose toutefois. Être exposé à l'IA ne signifie pas être remplacé par elle. L'indicateur mesure la capacité technique des outils à réaliser ou assister certaines tâches, pas leur déploiement réel dans chaque entreprise. Les économistes constatent néanmoins une forte corrélation avec les données d'utilisation de Google Atlas, publiées en avril 2026. L'exposition théorique correspond donc en partie aux usages observés. 

L'effet ChatGPT reste à démontrer 

L'IA n'est pas la seule suspecte. Depuis 2022, la hausse des taux d'intérêt, la correction post-Covid du secteur technologique et l'essor du télétravail ont également freiné les embauches. Les chercheurs reconnaissent une limite majeure. L'intensité d'utilisation de l'IA n'a été mesurée qu'au début de 2026, alors que les écarts de recrutement sont apparus bien avant. Impossible, à ce stade, d'établir un lien de causalité. Les résultats étrangers divergent aussi. Aux États-Unis, des chercheurs observent un recul relatif de l'emploi des jeunes dans les métiers exposés. Au Danemark, les travaux mettent surtout en évidence une réorganisation des tâches, sans baisse moyenne détectable des revenus ou des heures travaillées. Les données françaises apportent donc un signal préoccupant, mais pas la preuve d'un remplacement des jeunes salariés par des algorithmes. 

Des débutants sans expérience, des experts sans relève ? 

Le ralentissement des recrutements pourrait néanmoins avoir un coût durable. Les tâches confiées aux débutants constituent souvent les premières étapes de leur apprentissage professionnel. Leur automatisation risque de réduire les occasions d'acquérir des compétences par la pratique. Plusieurs travaux théoriques cités par la Banque de France évoquent ainsi une possible érosion du capital humain à long terme. Aucun résultat ne permet encore de confirmer ce scénario en France. Mais pour les entreprises, l'équation mérite attention. Réduire les recrutements juniors peut alléger les besoins immédiats en personnel, tout en fragilisant la constitution des viviers de compétences. Les directions RH pourraient alors se retrouver face à une difficulté paradoxale. Comment recruter demain des professionnels senior sans avoir permis aux débutants d'acquérir cette expérience ? 


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