CONSEIL LECTURE
Dix romans pour raconter la cybersécurité autrement
Le Prix CESIN du Roman Cyber 2026 dévoile sa première sélection. Dix ouvrages explorent l'IA, la cybersécurité et le numérique sous des angles littéraires, politiques ou technologiques.

Un polar pour la plage, un thriller pour le train... et pourquoi pas un roman cyber ? La première sélection du Prix CESIN du Roman Cyber 2026 réunit dix ouvrages où intelligence artificielle, guerre informationnelle, données génétiques, souveraineté numérique ou mémoire digitale deviennent le moteur de l'intrigue ou le ressort romanesque. De quoi renouveler sa pile à lire estivales.
Créé en 2021 par l'Agora 41, le concours ouvre un nouveau chapitre sous l'égide du CESIN, le Club des experts de la sécurité de l'information et du numérique, et le marrainage d’Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique. Il distingue chaque année une œuvre francophone consacrée à la cybersécurité, à l'intelligence artificielle, à la cyberculture ou aux grandes mutations du numérique. Les dix titres retenus pour cette première sélection concourront pour une récompense de 3 000 euros. Les finalistes seront dévoilés le 7 septembre avant une remise du prix le 5 novembre au Campus Cyber.
Cette cuvée 2026 marque un virage, les attaques informatiques ne monopolisent plus le récit. Les auteurs s'intéressent désormais aux conséquences humaines, politiques, économiques ou philosophiques des technologies numériques. L'intelligence artificielle domine largement cette édition, sans occulter les questions de surveillance, de souveraineté, de manipulation ou de mémoire numérique. Dix romans, dix façons d'explorer les dessous du monde cyber, loin des manuels et des rapports.
Dix visions d'un monde sous influence numérique
Le ciel a disparu – Alain Blottière (Gallimard)
Un écrivain vieillissant projette d’assassiner Elon Musk pour dénoncer la privatisation du ciel et la prolifération des satellites en orbite basse. Son récit, retrouvé vingt-quatre ans plus tard par son petit-fils adoptif, confronte engagement politique, violence et impuissance démocratique face à des acteurs privés capables de remodeler un bien commun. Alain Blottière interroge la souveraineté technologique, le pouvoir des milliardaires de la tech et la fragilité d’un espace devenu stratégique.
Orages d'octets – Bertrand Boyer et Anthony Namor (École de guerre)
Neuf nouvelles plongent dans les conflits informationnels contemporains, où le brouillage, le cyberespionnage et la manipulation des perceptions pèsent autant que les armes conventionnelles. Nourri par l’expérience militaire des auteurs, le recueil démontre comment une attaque vise autant les systèmes que la capacité d’un adversaire à comprendre et décider. Une lecture consacrée à la guerre hybride, aux vulnérabilités cognitives et à la résilience des chaînes de commandement.
Memory Palace – Léa Cuenin (Payot-Rivages)
À l'approche de l'effondrement de la civilisation, quatre femmes se réfugient dans une ancienne base spatiale pour sauvegarder la mémoire de l'humanité grâce à une intelligence artificielle. Avant d’envoyer l’archive numérique vers les étoiles, l’IA dévoile des intentions ambiguës. Et une jeune hackeuse vient bouleverser cette ultime mission. Avec ce premier roman aux accents cyberpunk, Léa Cuenin interroge la place de l'IA dans la transmission du savoir et la mémoire numérique comme ultime patrimoine commun.
Ni le jour ni l'heure – Sylvain Forge (Fayard)
Habitué du roman cyber, Sylvain Forge signe un thriller d’anticipation où technologies numériques, enquête criminelle et tension psychologique progressent de concert. En 2037, une intelligence artificielle révèle à chacun l'année de sa mort, bouleversant l'ordre social. Un policier enquête dans une France où cette prédiction nourrit violences, dérives et fractures. Expert reconnu de la cybersécurité, l'ancien lauréat du Prix du Roman Cyber privilégie la crédibilité technique sans sacrifier le rythme. Une porte d'entrée pour questionner la collecte des données personnelles, l'IA prédictive et leurs conséquences sur le libre arbitre.
Mourir deux fois – Maxime Girardeau (Robert Laffont)
À Paris, Un tueur en série piège ses victimes jusque dans la mort en enfermant leurs souvenirs dans un smartphone. Une seule question permet d'accéder à ces souvenirs. Toute autre tentative les efface pour toujours. Le lecteur y suit une adolescente prête à tout pour sauver les derniers souvenirs de son père. Entre enquête criminelle et course contre la montre, Maxime Girardeau imagine un thriller où l'identité survit dans la donnée. Une réflexion sur la mémoire numérique, l'intelligence artificielle et les dilemmes éthiques liés à la conservation des consciences.
Totem – François-Régis de Guenyveau (Pauvert)
Vingt ans après la disparition de son ami d'enfance dans les Landes, Pierre, recruteur chargé de dénicher les futurs dirigeants de l'intelligence artificielle et de la défense européenne voit son passé ressurgir. Entre récit initiatique et thriller politique, Totem explore la fabrique des élites technologiques, les enjeux de souveraineté européenne et le poids des choix individuels face aux mutations du numérique.
Bureau 26 – Élie Maucourant (Métailié)
Une vague d'attentats frappe l'Europe et vise jusqu'au pape. Chargé de relier ces attaques, Gabriel d'Amore, enquêteur d'Interpol, découvre une IA capable d'anticiper les modes opératoires criminels. Entre Beyrouth, Berlin et Paris, ce thriller géopolitique plonge dans les coulisses des services secrets. Élie Maucourant explore la promesse d'une police prédictive, ainsi que la place de l'IA dans la lutte contre le terrorisme et les risques d'une surveillance toujours plus intrusive.
La mort sous la peau – Stéphane Marchand (Fleuve Noir)
Journaliste spécialiste des nouvelles technologies, Stéphane Marchand construit un thriller où le corps humain devient lui-même un terrain d'attaque... Dans ce roman, une fillette afghane devient malgré elle la cible de grandes puissances après avoir participé à un essai clinique clandestin. Son organisme pourrait renfermer l'arme biologique d'un nouveau genre. Tandis que la DGSE lance une mission de sauvetage à haut risque, les biotechnologies, les données médicales et les rivalités géopolitiques redessinent les contours de la cybersécurité.
IA Q, Les cinq vies de Martin Kessler – Roland Portiche (Jacques-Marie Laffont Éditions)
Martin Kessler, chercheur en informatique, succombe au moment d'achever une intelligence artificielle quantique. Son invention le ramène pourtant dans le corps de ses 18 ans, avec tous ses souvenirs et une IA devenue compagnon de route. À travers cinq existences successives, le roman mêle voyage temporel, informatique quantique et quête d'immortalité. Passioné de sciences, Roland Portiche interroge les promesses, mais aussi les vertiges, d'une intelligence artificielle capable de défier la mort.
L'ADN du chaos – Elena Sender (Albin Michel)
Un test ADN bouleverse la vie d'Hannah, enquêtrice privée, puis l'entraîne vers une affaire où données génétiques, manipulation de l'opinion et mouvements extrémistes s'entremêlent. Elena Sender, médecin et journaliste scientifique, construit un thriller ancré dans des technologies déjà accessibles. Le récit éclaire la valeur stratégique des données de santé et montre comment l'intime peut devenir un levier d'influence, de désinformation et de déstabilisation politique.





