Baromètre

Sustainable IT : l'écoresponsabilité recule, le "green hushing" progresse

Dévoilée au GreenTech Forum, la 4e édition du Baromètre Sustainable IT d'AdVaes dépeint un numérique plus discret sur ses engagements verts, mais vite rattrapé par ses contraintes opérationnelles.

Publié et mis à jour le 6 novembre 2026
4 min.
Sustainable IT : l'écoresponsabilité recule, le "green hushing" progresse
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Que reste-t-il des engagements environnementaux des acteurs du numérique ? C'est la question à laquelle le cabinet d'études et de conseil AdVaes a tenté de répondre le 6 novembre, lors d'une keynote au GreenTech Forum, en présentant la quatrième édition de son Baromètre des Acteurs du Numérique Écoresponsables. Le constat est nuancé : l'intérêt affiché pour l'écoresponsabilité s'érode, mais les réalités du terrain, des appels d'offres aux risques climatiques sur les data centers, ramènent les sujets ESG à l'agenda.

Lancé en 2023, le baromètre repose cette année sur l'analyse de 100 acteurs du numérique, compilée dans un document de plus de 50 pages. Il croise les réponses à une enquête, auxquelles ont notamment contribué la RATP, la MAIF, Thales, la Caisse des Dépôts, Eau de Paris, la Région Occitanie ou encore S3NS, avec les données de la plateforme ESG x Tech Data d'AdVaes sur les grands fournisseurs IT, de Microsoft à OVHcloud en passant par Capgemini ou Orange. Nouveauté de cette édition, l'étude ne se limite plus aux prestataires et s'ouvre aux fonctions IT internes des organisations (DSI, CTO, CDO...). Grâce à un socle de grands acteurs de la tech suivi d'une édition à l'autre, AdVaes revendique un référentiel unique sur le marché français pour mesurer l'évolution des pratiques entre 2023 et 2026, tout en appelant à la prudence sur les comparaisons, les échantillons variant d'une année sur l'autre.

Un déplacement des priorités

Premier enseignement, et non des moindres : l'intérêt pour l'écoresponsabilité recule nettement. Les engagements se dispersent et le "green hushing", cette tendance à taire ses actions environnementales plutôt qu'à les mettre en avant, progresse. Les priorités se sont déplacées vers d'autres chantiers, l'IA, la cybersécurité, la résilience et la confiance en tête.

Ce désintérêt s'est ressenti jusque dans la conduite de l'étude elle-même. Les éditions 2025 et 2026 ont été marquées par une difficulté à mobiliser l'écosystème et à obtenir des réponses à l'enquête. AdVaes y voit l'effet du "backlash" qui frappe les sujets ESG depuis deux à trois ans, mais aussi celui du paquet Omnibus, qui allège la directive européenne CSRD sur le reporting de durabilité. Ce texte a provoqué attentisme et report de projets, sans pour autant remettre profondément en cause les fondamentaux, selon le cabinet. Comme lors des précédentes éditions, l'analyse s'est par ailleurs heurtée au manque de données précises et objectivées sur les indicateurs étudiés.

Le carbone d'abord, l'eau et les déchets en angle mort

Le tableau n'est pas uniformément sombre. Les sujets RSE et ESG font leur retour, même s'ils peinent encore à trouver une représentation forte au sein des instances dirigeantes, avec de grandes disparités selon les profils. Les actions restent toutefois très centrées sur le carbone : elles ont nettement augmenté entre 2025 et 2026, signe des fortes attentes des parties prenantes en matière de décarbonation. Avec l'essor de l'IA et de ses besoins énergétiques, le recours aux énergies bas carbone devient central.

D'autres ressources restent en revanche dans l'angle mort. L'eau et les déchets ne montrent aucun progrès significatif. À l'inverse, le baromètre relève des avancées sur l'allongement de la durée de vie des équipements et une progression régulière des pratiques d'économie circulaire depuis quatre ans. Le recours aux certifications et aux labels RSE et ESG, ou portant sur les enjeux énergétiques et environnementaux, est également en nette hausse.

La réalité opérationnelle reprend la main

Pour les acteurs de l'IT, absorbés par les impératifs de rentabilité et la course à l'IA, la mise en sommeil des sujets ESG ne tient pas longtemps. Les enjeux systémiques les rattrapent : résilience des chaînes d'approvisionnement, dépendances technologiques, conséquences de la crise climatique sur les data centers, hausse du coût des ressources. Ils doivent aussi répondre, chiffres à l'appui, au volet RSE des référencements et des appels d'offres, ainsi qu'aux exigences de clients et de parties prenantes qui ont inscrit l'ESG dans leur stratégie de décarbonation et de résilience. Les questions d'adaptation au changement climatique commencent, elles aussi, à émerger.

Les freins au partage d'informations restent cependant bien identifiés : sensibilité des données demandées, complexité de la mesure d'impact et de la collecte d'informations tout au long de la chaîne de valeur. Pour AdVaes, l'exemple donné par les acteurs les plus matures sera déterminant pour entraîner le reste de l'écosystème, tout comme la pression des clients, des salariés, des investisseurs et des assureurs face aux risques climatiques et aux enjeux de souveraineté.

Le baromètre se projette d'ailleurs à l'horizon 2030, en explorant le poids croissant de la RSE comme levier de performance et critère dans les appels d'offres, la prise en compte des impacts de l'IA, la "cyber sustainability", la souveraineté numérique ou encore la conformité réglementaire. Dans un contexte chahuté par les bouleversements géopolitiques et économiques, le cabinet estime que les acteurs de la tech pourraient être de plus en plus nombreux à actionner le levier ESG pour répondre à l'instabilité.

Alliancy, partenaire média du GreenTech Forum, figure parmi les soutiens de cette 4e édition du baromètre, aux côtés de Capgemini, Kyndryl et Sopra Steria. Le rapport complet est en libre accès pour la presse sur le site d'AdVaes.

Le baromètre est téléchargeable derrière ce lien.


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