souveraineté quantique

Aliquante, le pari logiciel de la Défense pour ne pas subir le quantique 

Jeudi 24 septembre, le ministère des Armées lance Aliquante, un programme de cinq ans confié à Thales, Bull et au CEA pour bâtir une plateforme souveraine de programmation quantique. 

Publié et mis à jour le 28 septembre 2026
2 min.
Aliquante, le pari logiciel de la Défense pour ne pas subir le quantique

Le ministre siège à l’hôtel de Brienne, au 14 de la rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris

Wikimedia

Le quantique français ne se gagnera pas seulement à coups de qubits. Avec Aliquante, annoncé ce 24 septembre, le ministère des Armées ouvre le chantier logiciel destiné aux futurs calculateurs de PROQCIMA. Piloté par l’Agence de l’innovation de défense avec l’appui de la Direction Générale des Armées (DGA), le projet doit aboutir en cinq ans à une plateforme souveraine de programmation des processeurs quantiques. Thales Research & Technology, Bull et le CEA composent le consortium retenu. Leur feuille de route couvre l’émulation de calculateurs, la compilation des programmes et la répartition des traitements entre supercalculateurs HPC et processeurs quantiques. L’environnement devra aussi accueillir des données classifiées. Le sujet dépasse donc la seule performance de calcul. Il touche à la maîtrise d’une couche logicielle stratégique, indispensable pour exploiter des architectures encore mouvantes sans dépendre entièrement des outils de grands fournisseurs étrangers. Le montant consacré à Aliquante n’a toutefois pas été communiqué. 

Un logiciel sans QPU attitré 

Le choix technique traduit aussi l’incertitude persistante du marché. Aliquante doit fournir des outils communs à plusieurs technologies de qubits, alors même que la filière cherche encore les architectures capables de passer à l’échelle. Cette approche évite de lier trop tôt les futurs usages militaires à une technologie unique. Elle doit surtout préparer la rencontre entre calcul classique et quantique. Une étape décisive. Dans les architectures envisagées aujourd’hui, le QPU n’a pas vocation à remplacer le HPC mais à prendre en charge certaines briques de calcul. Le logiciel devient alors l’aiguilleur du système. Aliquante devra notamment estimer les ressources nécessaires à l’exécution des algorithmes et éprouver des cas d’usage de défense au sein du Laboratoire quantique défense. Reste une inconnue majeure. L’avantage quantique demeure un horizon technologique, pas une capacité industrielle acquise. Le programme devra donc produire des outils utiles avant même de savoir précisément quelles machines finiront par s’imposer. 

PROQCIMA change d’échelle 

Aliquante complète une stratégie française désormais plus ambitieuse sur le matériel. Lancé en 2024, PROQCIMA mettait initialement cinq entreprises françaises en compétition avec un plafond contractuel de 500 millions d’euros et une cible de 128 qubits logiques. En 2026, l’État a relevé l’objectif à 1 000 qubits logiques pour 2032 et doublé le budget annuel du programme. Alice & Bob, C12, Pasqal, Quandela et Quobly restent ainsi engagés dans une course technologique fondée sur des approches différentes. Le lancement d’Aliquante élargit donc la question de souveraineté. Posséder un processeur national ne suffira guère si les couches de programmation, de compilation et d’orchestration restent dépendantes de standards ou de plateformes extérieures. Pour la Défense comme pour la filière française, la bataille se joue aussi dans cette abstraction logicielle. Mais entre l’émulateur et le terrain, plusieurs verrous restent à lever. Aliquante devra prouver que cette souveraineté programmée sait aussi devenir opérationnelle. 


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