[Chronique] Phénomène des NFT et régime fiscal : à quand une vraie réponse ?

Notre chroniqueur Eric Barbry analyse le contexte juridique autour de l’une des récentes coqueluches médiatiques du numérique : les NFT. Et souligne qu’une question majeure reste encore sans réponse…

Publié et mis à jour le 25 octobre 20214 min de lecture
[Chronique] Phénomène des NFT et régime fiscal : à quand une vraie réponse ?

NFT

Pour ceux qui me font le plaisir de me lire régulièrement sur Alliancy vous connaissez le principe de Lex Numerica. Il s’agit de partager avec vous mes états d’âme de lawyer sur le droit du numérique en faisant part de mes coups de chapeau (mes félicitations, assez rare il est vrai J) et mes coups de gueule (mes déceptions en somme).

Généralement c’est soit l’un soit l’autre… Mais je viens de trouver un sujet « mi-mi », mi coup de gueule, mi coup de chapeau.

Quel est l’objet de mon article sur les NFT ? Faire le point. Vous pas encore entendu parler des NFT ? Ne vous inquiétez pas, ça va venir… Vous avez entendu parler des NFT et vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous, c’est normal !

NFT, kesaco ?

J’ai moi-même mis plusieurs jours entiers à lire des tonnes d’articles et livres blancs, bleus ou verts, des avis des uns ou des autres et pris quelques molécules de paracétamol pour tenter de comprendre les NFT et leur régime juridique.

Pour faire simple, un NFT n’est pas une monnaie, même si elle s’échange le plus souvent par des crypto monnaies, le NFT n’est pas de la blockchain même si elle utilise ce type de technologie. En fait, le NFT est un nouveau support pour des biens incorporels. Sa caractéristique est d’être « non fongible ». Là encore, essayons de simplifier : fongible = interchangeable versus non fongible = non interchangeable.

Ce n’est pas assez clair ? Alors prenons des exemples : un billet de banque est fongible, vous pouvez l’échanger contre un autre billet de banque qui a la même valeur même si le billet n’est pas le même. Une quantité de produit est fongible : vous pouvez échanger 10 tonnes de blé contre 10 tonnes de blé, ou un litre d’essence contre un autre litre d’essence ! Mais il existe des biens « non fongibles », car ils sont uniques et ne peuvent pas s’échanger contre le même objet : une œuvre d’art ou encore un droit de faire ceci ou cela…

Or aujourd’hui, les NFT prennent une place grandissante et s’appliquent à beaucoup de choses : œuvres d’art, tweets, GIF, cartes virtuelles de sportifs ou d’artistes, avatars, dédicaces, invitations à un évènement et nous n’en sommes, à mon avis, qu’au début. Il existe même déjà des sites web ou plateformes dédiés à la vente de NFT !

Alors pourquoi un coup de chapeau ET un coup de gueule ?

D’abord, à tout Seigneur tout honneur : mon coup de chapeau au Sénateur Jérôme Bascher. Je ne fais pas de politique, je suis avocat mais j’observe… et je constate que M. Bascher a su s’emparer d’une question très importante sur la fiscalité des NFT.

Il a ainsi posé une question écrite n° 22200 à l’attention de M. le Ministre de l'économie, des finances et de la relance sur la fiscalité applicable aux jetons non fongibles (« non-fungible tokens » ou NFT).

Après avoir rappelé la difficulté de qualifier juridiquement un NFT, il pose LA question à 1 million de bitcoins :

« Au regard de l'importance croissante de ce phénomène de NFT, et de la complexité de sa catégorisation en vue de l'application d'un régime fiscal spécifique, il lui demande de bien vouloir lui préciser la position du Gouvernement sur ce sujet. »

Mon coup de gueule est quant à lui adressé au ministère de l’Économie et des finances…

Je lis en effet sur le site du Sénat que cette question a été publiée dans le JO Sénat du 15/04/2021 (page 2459 pour être précis)… vous avez bien noté « avril 2021 ».

Or, que lit-on sur le site du Sénat à date ? « En attente de réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la relance. »

Je sais bien qu’il y a beaucoup à faire sur la loi de finances pour 2022, mais prendre quelques minutes (allez disons quelques heures) pour répondre à cette question serait bienvenu.

D’autant que la réponse peut être assez simple : si l’on considère que le NFT est un support, il devrait normalement suivre le régime juridique de l’objet immatériel qu’il supporte… Mais je laisse au ministre le soin de répondre !

Autres articles

Auzeville, VMware, Broadcom : vingt ans de choix qui ont verrouillé l’Éducation nationale

Chronique

Auzeville, VMware, Broadcom : vingt ans de choix qui ont verrouillé l’Éducation nationale

Fin 2023, Broadcom rachète VMware. En 2024, la restructuration unilatérale des licences frappe de plein fouet les grands comptes publics. Jacky Galicher revient sur son expérience au sein de l'Éducation nationale.

Numérique responsable : les livres clés pour s’inspirer et agir

Conseil lecture

Numérique responsable : les livres clés pour s’inspirer et agir

Pour l’été, nous vous proposons de lire (ou relire) une sélection d'essais, romans de science-fiction, ressources opérationnelles et réflexions philosophiques, consacrées aux défis du numérique responsable.

La féminisation de la tech est devenue un enjeu de souveraineté numérique

mixi'tech

La féminisation de la tech est devenue un enjeu de souveraineté numérique

Pour répondre aux pénuries de compétences et renforcer l'autonomie technologique du pays, les acteurs publics et privés appellent à accélérer la féminisation des métiers du numérique. 

Comment la bataille de l'IA se déplace vers l'infrastructure

Chronique

Comment la bataille de l'IA se déplace vers l'infrastructure

Pendant plusieurs années, la compétition en intelligence artificielle s'est jouée sur une seule variable : le modèle. Qui aurait le plus de paramètres, les meilleures performances, l'interface la plus convaincante. Le dernier RAISE Summit a acté la fin de cette lecture.

"La SNCF applique une grille d’achat dans laquelle la partie RSE représente 20 % de la notation. Nous voulons aller plus loin"

Interview

"La SNCF applique une grille d’achat dans laquelle la partie RSE représente 20 % de la notation. Nous voulons aller plus loin"

Xavier Verne est le directeur du numérique responsable du Groupe SNCF. Il détaille la large structuration de la démarche de Responsabilité Numérique de l'entreprise et les leviers qui ont le plus d'impact.


Préférences de consentement