Interview
"Cyber, IA, Cloud... Tech Show Paris permet aux décideurs de comprendre les interdépendances entre les technologies"
Les 18 et 19 novembre 2026 se tiendra Tech Show Paris, au parc des expositions de la porte de Versailles. Caroline Ballu, directrice de l'évènement détaille l'approche résolument transversale du programme.

Comment le Tech Show Paris s’est-il créé ?
Tech Show Paris est une marque parapluie développée il y a quatre ans à partir de salons existants. Le salon d’origine est anglais : il a d’abord été développé à Londres, puis à Francfort, à Singapour, en France en 2016 et ensuite à Madrid. À l’origine, les salons étaient dissociés, avec une partie consacrée aux data centers, donc à l’infrastructure, et une autre au cloud et au software. Cette dernière a ensuite été segmentée en plusieurs salons ou « zones » : la Cyber, la Data, le DevOps et l’IA.
Il y a quatre ans, la stratégie a été de réunir ces différentes expertises sous une même marque. Cette vision a d’ailleurs été confrontée à notre audience, à qui nous avons demandé si elle voyait un intérêt à retrouver ces différents salons au même endroit. La réponse a confirmé cette orientation. Notre différenciation repose justement sur cette vision transversale. Beaucoup d’événements en France sont aujourd’hui spécialisés sur une industrie ou une thématique particulière : la cybersécurité, le big data, le cloud, le DevOps… Tech Show Paris permet au contraire aux décideurs de comprendre les interdépendances entre ces différentes technologies.
Qu’apportera concrètement la rencontre à un DSI ?
Les rôles des décideurs technologiques évoluent profondément. DSI, RSSI, CTO, responsables data et IA, mais aussi directions métiers, doivent aujourd’hui travailler beaucoup plus étroitement. Le DSI joue notamment un rôle clé de coordination et de mise en cohérence entre innovation, cybersécurité, réglementation, souveraineté, performance, coûts et résilience. Notre ambition avec Tech Show Paris est justement de faire dialoguer ces différentes communautés, parce qu’aucune grande décision technologique ne peut désormais être pensée en silo. Chaque zone conserve son propre théâtre et ses propres thématiques, mais des croisements sont organisés entre les différents sujets. La cybersécurité croise ainsi le cloud, le cloud croise la souveraineté, l’IA traverse l’ensemble des thématiques. Des sujets comme la réglementation ou les ressources sont, eux, beaucoup plus globaux et peuvent être abordés dans tous les théâtres. L’objectif est de créer un lieu où les pairs peuvent s’interroger ensemble et chercher à résoudre les décisions auxquelles ils sont confrontés au quotidien.
Quels sont les contenus ou tendances marquantes de cette édition 2026 ?
Cette édition traduit surtout un changement de maturité du marché dans son ensemble. Pendant plusieurs années, les discussions portaient principalement sur les possibilités offertes par les nouvelles technologies. Aujourd’hui, les décideurs se demandent davantage comment prendre la bonne décision. Quatre grandes tendances vont structurer les contenus : l’IA, la souveraineté, la réglementation et les ressources.
Sur l’IA, le sujet n’est plus uniquement celui des modèles ou des cas d’usage prometteurs. Les entreprises cherchent désormais à industrialiser leurs projets, à mesurer leur retour sur investissement, à renforcer la gouvernance des données et à assumer la responsabilité liée au déploiement de l’IA. Le ROI était d’ailleurs l’un des premiers critères ressortis de notre comité de pilotage en janvier.
Sur la souveraineté, les préoccupations sont devenues plus opérationnelles. Les entreprises s’interrogent sur leurs dépendances technologiques, la réversibilité de leurs architectures, la localisation de leurs données et leur capacité à conserver des marges de manœuvre dans un contexte géopolitique incertain.
La réglementation devient également un véritable levier de conception. L’AI Act, NIS 2, DORA ou encore la cyber-résilience ne sont plus seulement perçus comme des obligations réglementaires : ils font partie du système qui doit être conçu, développé et sécurisé.
Enfin, les ressources deviennent un facteur stratégique. Les coûts de l’énergie, les budgets et la résilience des infrastructures sont désormais des critères aussi déterminants que la performance technologique.
Le fil rouge est donc un passage d’une logique de promesse technologique à une logique de décision et de stratégie. La question que l’on pose, ce n’est pas juste de savoir ce que la technologie permet de faire, mais ce qui est raisonnable, fiable et responsable pour pouvoir réellement la mettre en production de façon pérenne.
Le « bruit marketing » très fort autour de l’IA est-il aujourd’hui un atout ou un problème pour organiser des échanges sur les sujets technologiques stratégiques ?
Honnêtement, c’est un peu des deux. C’est évidemment un atout : l’IA a remis la technologie au cœur des discussions stratégiques. Aujourd’hui, il est difficile d’avoir un sujet en entreprise qui ne fasse pas intervenir la technologie. Les équipes techniques sont également beaucoup plus mises en avant auprès des directions générales, notamment dans les grands groupes, mais aussi dans les entreprises plus petites.
En revanche, le bruit marketing pose de vraies questions. Les décideurs considèrent l’IA comme une révolution, mais ils doivent maintenant comprendre comment l’intégrer concrètement dans leur organisation, comment mesurer sa valeur, sécuriser leurs données, maîtriser leurs coûts, obtenir un ROI et répondre aux exigences réglementaires.
La responsabilité de Tech Show Paris est donc de transformer cet intérêt très fort pour l’IA en conversations réellement utiles pendant le salon. Il faut dépasser l’effet d’annonce et le marketing pour favoriser des échanges entre pairs fondés sur des retours d’expérience, des décisions concrètes et des enseignements applicables.
Quel regard portez-vous sur le recul des préoccupations liées aux priorités « numérique responsable », qui a pu être constaté au sein des organisations depuis deux ans maintenant ?
Le numérique responsable n’a pas disparu. Il est peut-être moins visible dans les priorités affichées de certaines organisations, mais je pense surtout qu’il est davantage intégré aux décisions. Et cela dépend également des secteurs : sur la partie data center, par exemple, c’est toujours une question très présente. Je pense que le sujet est davantage intégré aux décisions, au même titre que le coût ou la souveraineté. Lorsqu’une entreprise réfléchit à l’endroit où exécuter ses workloads d’IA, à sa consommation énergétique, à la durée de vie de ses infrastructures ou au choix entre cloud privé, cloud public et edge, elle traite également des enjeux de numérique responsable, même si ceux-ci ne sont pas nécessairement présentés sous cette étiquette.
Sur les infrastructures, la question énergétique, la consommation et les choix d’architecture sont devenus des arbitrages économiques autant qu’environnementaux. Le numérique responsable n’est donc peut-être plus dans le top des priorités affichées d’un DSI, mais il fait partie intégrante de ses décisions, notamment parce qu’il aura in fine un impact sur les coûts. C’est moins un sujet isolé qu’un critère de décision parmi d’autres, au même titre que la sécurité, la performance, la souveraineté et les coûts.
Et comment améliorez-vous la qualité des échanges entre les DSI et les acteurs de l’offre sur la rencontre ?
Le rôle de la DSI a profondément évolué. Les décisions technologiques impliquent aujourd’hui de nombreuses parties prenantes et doivent concilier innovation, cybersécurité, réglementation, souveraineté, performance, coûts, énergie et de nombreux autres critères. Les producteurs de solutions doivent donc eux aussi faire évoluer leur approche et chercher à comprendre davantage la problématique de leurs clients. C’est ce que nous essayons de favoriser sur le salon.
Nous avons par exemple développé des « rencontres exclusives », dans lesquelles l’objectif n’est pas de faire une présentation de solution. L’exposant choisit une thématique et une audience qu’il souhaite cibler. Nous travaillons ensuite avec lui pour comprendre ce qu’il cherche à adresser et ce qu’attend cette audience. L’objectif est de créer une véritable interaction entre les clients et les fournisseurs.
Cette démarche est également nourrie par les enquêtes menées auprès de notre audience et par nos comités de pilotage, qui réunissent des décideurs issus de différents secteurs. Nous leur demandons ce qui leur manque et ce que nous pouvons développer pour améliorer les échanges. Le salon reste ainsi un lieu d’échange entre pairs, mais aussi entre ceux qui développent les solutions et ceux qui doivent les utiliser. Les évolutions du rôle de la DSI et des technologies imposent de faire évoluer cette relation.





