Enseignement – Informatique à l'école : interview de Didier Jouault, inspecteur général de l’Éducation Nationale

Coauteur d’une étude* sur le plan Un collégien, un ordinateur portable, menée depuis 2001 dans les Landes, cet inspecteur de l’Éducation nationale revient sur les écueils et succès de ce département pionnier en matière d’informatique à l’école.

Publié et mis à jour le 21 novembre 20133 min de lecture
Enseignement – Informatique à l'école : interview de Didier Jouault, inspecteur général de l’Éducation Nationale

Didier Jouault

[caption id="attachment_6447" align="alignleft" width="178"]

Coauteur d’une étude* sur le plan Un collégien, un ordinateur portable, menée depuis 2001 dans les Landes, cet inspecteur de l’Éducation nationale revient sur les écueils et succès de ce département pionnier en matière d’informatique à l’école.

Coauteur d’une étude* sur le plan Un collégien, un ordinateur portable, menée depuis 2001 dans les Landes, cet inspecteur de l’Éducation nationale revient sur les écueils et succès de ce département pionnier en matière d’informatique à l’école.

Didier Jouault, Inspecteur général de l’Éducation nationale[/caption]

Interview de Didier Jouault
Inspecteur général de l’Éducation nationale
Propos recueillis par Guillaume Mollaret

Coauteur d’une étude* sur le plan Un collégien, un ordinateur portable, menée depuis 2001 dans les Landes, cet inspecteur de l’Éducation nationale revient sur les écueils et succès de ce département pionnier en matière d’informatique à l’école.

Alliancy, le mag. Quel principal enseignement tirez-vous de l’enquête menée dans le premier département ayant mis en place un tel déploiement informatique ?
Didier Jouault.
Avec ce plan destiné aux élèves de 4e et de 3e dès 2001, le conseil général des Landes avait notamment l’objectif de réduire la fracture numérique dans un département très rural. De ce point de vue, c’est une réussite à 100 %. Toutes les familles, quelles que soient leurs origines sociales, ont vu entrer un ordinateur portable à la maison.

Une chose a compliqué l’organisation des classes dans certains établissements : le choix de l’installation filaire. Mais, depuis un an, tous les établissements sont dotés du Wi-Fi.

Dans certaines régions ou départements les ordinateurs sont donnés aux élèves. Quel choix a été fait dans les Landes ?
L’ordinateur est prêté par le collège pour responsabiliser les élèves qui doivent le rendre à la fin de l’année. Ils le ramènent chez eux et peuvent l’utiliser à des fins personnelles. C’est un outil personnel et pédagogique qui a trouvé sa place dans les deux cadres. Nous sommes quatre à avoir rédigé ce rapport. Nous avons visité l’ensemble des collèges, échangé avec les professeurs, les élèves et leurs parents… Nous avons vu des classes heureuses.

D’un point de vue pédagogique, qu’est ce qui a vraiment changé ?
Cet ordinateur sert à l’ensemble du travail scolaire. Chaque collège a son site, et, depuis leur PC, les élèves accèdent à des travaux en ligne. Par exemple, en langues vivantes, l’élève peut écouter l’exercice, le remettre en ligne de manière orale et être corrigé à distance par l’enseignant. Cet attrait est confirmé en mathématiques. C’est plus difficile en revanche en histoire ou en français. Les enseignants sont, dans ces matières, davantage réticents à utiliser l’ordinateur.

Avez-vous constaté des aspects négatifs ?
D’une manière générale, les choses s’améliorent avec le temps. Mais, au départ, le conseil général avait prêté les ordinateurs avant que les enseignants ne soient formés. C’est seulement depuis deux ans qu’une convention a été signée avec le rectorat. Auparavant, à la faveur des mutations, certains profs n’étaient pas à niveau, ce qui encourageait aussi les enseignants réticents à ne pas utiliser le PC.

Comment doivent être choisis les logiciels d’enseignement ?
Au départ, tous étaient choisis par le conseil général. C’est aussi la raison pour laquelle certains profs n’utilisaient pas l’ordinateur. Aujourd’hui, les enseignants sont associés au choix. Un choix décidé par le conseil pédagogique de chaque collège me semble être le bon échelon.

Quels sont les travaux auxquels doivent s’atteler davantage les éditeurs de logiciels ?
L’État vient de décider pour la rentrée d’un fonds d’intervention de 10 millions d’euros pour inciter les éditeurs à créer des ressources. Si en mathématiques le choix de logiciels ne manque pas, on ne peut pas en dire autant du français. Dans les Landes, l’utilisation généralisée de l’informatique permet de faire un travail personnalisé avec chaque élève. A partir du même cours, un enseignant doit pouvoir proposer cinq ou six batteries d’exercices différents en fonction du niveau de l’élève. Là-dessus, les éditeurs ont à mon sens peu travaillé, malgré d’extraordinaires avancées.

* Rapport Igen : Le plan « Un collégien, un ordinateur portable » dans le département des Landes, Jean-Louis Durpaire, Didier Jouault, Annie Lherete, Michel Perez - décembre 2012.

Plus d'infos :
www.landesinteractives.net/un-collegien-un-ordinateur-portable
www.education.gouv.fr/le-planun-collegienun-ordinateurportable-dans-ledepartement-deslandes

Cet article est extrait du n°5 d’Alliancy le mag – Découvrir l’intégralité du magazine

Photo : D.R.

Alliancy, le mag. Quel principal enseignement tirez-vous de l’enquête menée dans le premier département ayant mis en place un tel déploiement informatique ?

Alliancy, le mag. Quel principal enseignement tirez-vous de l’enquête menée dans le premier département ayant mis en place un tel déploiement informatique ?

Autres articles

La tech veut un autre leadership... sans renoncer à ses vieux réflexes

Bug de genre

La tech veut un autre leadership... sans renoncer à ses vieux réflexes 

L'essor de l'IA pousse les entreprises à revoir leurs attentes envers les managers techniques. Les compétences relationnelles, la diversité des équipes et l'autorité deviennent des leviers de performance autant que d'inclusion. Oui, mais...

Après les cryptoactifs, Ledger veut sécuriser l’action numérique à l’ère des agents IA

Chronique

Après les cryptoactifs, Ledger veut sécuriser l’action numérique à l’ère des agents IA

Au moment où l’intelligence artificielle réduit le coût des cyberattaques et multiplie les systèmes capables d’agir seuls, Ledger fait un pari : ne pas chercher à rendre l’agent infaillible, mais sécuriser son mandat, ses limites et le moment précis où une intention numérique devient un acte.

Cyberattaque contre Hugging Face : comment OpenAI maîtrise son récit

décryptage

Cyberattaque contre Hugging Face : comment OpenAI maîtrise son récit

L'intrusion menée par des agents IA d'OpenAI contre Hugging Face marque un tournant. Elle ne valide pourtant ni le récit d'une IA hors de contrôle, ni celui d'une cybersécurité devenue obsolète, tout en révélant un nouveau rapport de force autour des modèles de frontière. 

La France candidate pour accueillir une AI Gigafactory soutenue par l'Union européenne

IA souveraine

La France candidate pour accueillir une AI Gigafactory soutenue par l'Union européenne 

L'État se positionne pour accueillir une infrastructure de calcul dédiée à l'intelligence artificielle et s'engage à acheter 100 millions d'euros de capacités de calcul si un projet français est retenu. 

Orange et Morrison veulent créer une coentreprise de data centers pour renforcer le cloud souverain européen

Souveraineté des centre de données

Orange et Morrison veulent créer une coentreprise de data centers pour renforcer le cloud souverain européen

Les partenaires prévoient d’investir 3 milliards d’euros afin d’accompagner la croissance des besoins en cloud et en intelligence artificielle. 


Préférences de consentement