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Genci veut prémunir la recherche contre la vassalisation cognitive

Nouveau PDG de Genci, Michaël Krajecki a alerté au Forum Teratec, sur la dépendance de la recherche aux IA étrangères, en misant sur Alice Recoque et l’AI Factory France.

Publié et mis à jour le 27 octobre 2026
3 min.
Genci veut prémunir la recherche contre la vassalisation cognitive

C’est un discours aux accents géopolitiques que Michaël Krajecki a tenu, mardi 20 octobre, au Forum Teratec réuni au Palais des Congrès de Paris. Le nouveau président-directeur général de Genci, passé par l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad), y a exhorté les chercheurs à préserver leur autonomie face aux modèles d’intelligence artificielle (IA) américains et chinois. Il a présenté pour cela les supercalculateurs, les données et les programmes européens que l’opérateur public met à leur disposition.

“On est peut-être les idiots utiles des Américains en ce moment”, a rapporté l’informaticien en citant un collègue, pour décrire ces laboratoires qui paient des licences ChatGPT ou Anthropic en laissant filer leur savoir. Il a également convoqué un article récent du Grand Continent sur la “vassalisation cognitive”, dont il a retenu qu’en abandonnant l’IA aux géants américains, “nous sommes en train de perdre le contrôle de notre cerveau.”

Des modèles ouverts qui finissent par se refermer

L’orateur, qui s’est pourtant dit “d’un naturel optimiste”, a observé que les Américains avaient d’abord proposé de grands modèles ouverts avant de les refermer peu à peu. Les Chinois, après avoir joué la même carte de l’ouverture, ont à leur tour évoqué des restrictions à l’exportation de leurs propres modèles, signe selon lui que tous prennent la même direction. Fort de son passage au ministère des Armées, il a rappelé que l’OTAN réfléchissait activement à la guerre cognitive, sans encore en faire un champ de conflictualité au même titre que la terre, la mer, l’air ou le cyber. “Il y a un enjeu très fort à garder cette capacité à réfléchir par nous-mêmes”, a-t-il insisté.

C’est toutefois sur la science elle-même que son inquiétude s’est faite la plus vive, entre la reproductibilité des résultats et l’érosion d’une autonomie que les laboratoires risquent de céder à des acteurs étrangers “sans aucune contrepartie”.

Alice Recoque attendue

Genci attend donc avec impatience Alice Recoque, deuxième supercalculateur exaflopique européen, que Bull doit installer au TGCC au cours de l’été 2027 avec l’objectif de figurer au Top500 de novembre 2027. Refroidie par liquide direct, cette machine d’une centaine de baies consommera entre 12 et 15 MW et associera dans chaque nœud un processeur de 256 cœurs à quatre GPU. Elle servira ainsi aussi bien le calcul intensif en double précision que l’entraînement et l’inférence de modèles d’IA à grande échelle. Une seconde partition purement scalaire, probablement bâtie sur les processeurs de SiPearl, offrira par ailleurs plus de 100 000 cœurs à une communauté qui, selon Genci, continuera longtemps de recourir au calcul CPU.

Côté quantique, que le dirigeant a décrit comme encore en phase d’exploration, Genci et le CEA hébergent en environnement de production des systèmes aux technologies volontairement variées. Le Ruby de Pasqal, à atomes froids, y côtoie une machine photonique de Quandela, en attendant l’arrivée l’an prochain des qubits de chat d’Alice & Bob. L’objectif affiché est de permettre aux chercheurs d’identifier la technologie la plus adaptée à leurs cas d’usage et aux start-up de profiter de retours d’expérience, dans une logique de co-construction.

L’Europe ne se contente pas de réguler

Michaël Krajecki a jugé que l’échelon européen restait le bon niveau de réponse, à travers un plan en cinq piliers consacrés aux infrastructures, à la donnée, aux talents, au logiciel et à l’accompagnement réglementaire. “On dit toujours que l’Europe régule d’abord, mais elle vous propose un ensemble d’outils”, a-t-il plaidé. Parmi eux figurent les 19 AI Factories annoncées l’an dernier, dont l’AI Factory France que Genci porte avec Inria, aux côtés du CNRS, du CEA, de France Universités et des clusters IA.

Lancé à l’automne 2025 pour trois ans, ce programme mobilise 30 millions d’euros et une vingtaine de partenaires financés autour de douze verticales métiers. “Parler d’intelligence artificielle, moi j’adore ça, je suis informaticien, mais il faut que ça serve à quelque chose”, a résumé le dirigeant. Il voit dans cet effort de recherche et développement la rampe de lancement des futures Gigafactories européennes, dont il espère raisonnablement qu’une s’installera en France.


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