Transformation du travail
Six experts lancent l’Institut Xenia pour débloquer les usages de l’IA en entreprise
Lancé mi-octobre en France, l'Institut Xenia réunit six chercheurs et entrepreneurs pour étudier les freins à l'adoption de l'IA dans les entreprises européennes, notamment les PME et ETI.

Six experts, un nouvel institut et une question de fond. Pourquoi l'intelligence artificielle peine-t-elle à s'ancrer durablement dans les entreprises ? Lancé lundi 19 octobre en France, l'Institut Xenia entend examiner les obstacles à son adoption, au-delà des expérimentations. Ce nouvel organisme de recherche indépendant réunit six chercheurs et entrepreneurs issus de l'IA, de l'économie et des sciences sociales. Ses travaux cibleront particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) européennes. L'institut prévoit des enquêtes auprès des dirigeants et des salariés, des études sur les transformations du travail et des outils méthodologiques en libre accès. Trois axes structurent sa démarche. L'enquête documentera les usages réels, l'outillage traduira les résultats en méthodes opérationnelles et la fédération favorisera le partage d'expériences entre chercheurs et entreprises. Xenia publie déjà une première étude consacrée aux arbitrages des dirigeants face à l'IA.
Les dirigeants face au dilemme
Intitulée Le dilemme du dirigeant diligent, cette première étude s'intéresse aux décisions susceptibles de freiner l'adoption de l'IA, malgré la volonté des directions générales de maîtriser leurs investissements. Elle interroge notamment la recherche préalable d'un retour sur investissement et la centralisation des décisions technologiques. Ces pratiques peuvent limiter les expérimentations et ralentir l'appropriation des outils par les équipes métiers. L'institut privilégie une approche associant un socle commun de données et d'infrastructures à une plus grande autonomie opérationnelle. La question dépasse le seul choix des modèles. Leur intégration aux processus internes, la circulation des connaissances et l'évolution des compétences conditionnent aussi les gains de productivité. Les fondateurs souhaitent notamment étudier les conséquences de l'automatisation sur les salariés débutants, dont certaines tâches constituent aujourd'hui des étapes d'apprentissage. Un enjeu organisationnel encore peu documenté.
Du laboratoire à l'entreprise
Pour examiner ces mutations, Xenia associe recherche scientifique et expérience opérationnelle. Michal Valko, chercheur à l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), a notamment participé au développement de Google DeepMind Paris et travaillé sur Llama 3 chez Meta. Son expertise des modèles d'IA côtoie celle de l'économiste Enrichetta Giurickovic, chercheuse postdoctorale au Collège de France, spécialisée dans la productivité et l'emploi. La dimension humaine occupe également une place importante avec Amric Trudel, chercheur en sciences cognitives à l'École normale supérieure, et Christelle Curcio, cofondatrice d'Alegria.group, organisme ayant formé plus de 15 000 personnes au no-code, à l'automatisation et à l'IA. Les entrepreneurs Taqiyeddine Sakmeche, fondateur de Rosettabloc, et Tristan Maurel, ancien dirigeant d'Umiami, apportent leur expérience du déploiement technologique. Le collectif prévoit de s'élargir par cooptation à d'autres chercheurs et praticiens.





