Etude

IA au travail, l'adoption s'accélère, la préparation des équipes recule 

Le People Readiness Report 2026 de Kyndryl, mené auprès de 1100 dirigeants dans huit pays, révèle que 57% des entreprises déploient largement l'IA, mais seulement 23% jugent leurs salariés prêts. 

Publié et mis à jour le 27 août 20264 min de lecture
IA au travail, l'adoption s'accélère, la préparation des équipes recule
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Les dirigeants d'entreprise se prennent-ils les pieds dans le tapis de leur propre révolution ? C'est la question qui traverse le nouveau rapport de Kyndryl, fondé sur une enquête menée par Edelman Intelligence auprès de 1100 dirigeants d'entreprise et de la technologie, répartis dans huit pays et six secteurs d'activité. Plus de la moitié des organisations, 57%, affirment avoir déployé l'intelligence artificielle à grande échelle ou l'avoir intégrée dans leurs processus métier centraux. Dans le même temps, seuls 23% des dirigeants jugent leurs équipes réellement prêtes à l'accompagner, un chiffre en recul de six points par rapport à l'an dernier. Autrement dit, l'IA avance plus vite que les organisations censées la piloter. Ce grand écart entre l'ambition affichée et la réalité du terrain irrigue l'ensemble de l'étude, entre promesses de transformation et aveux de fragilité. 

Les chiffres qui grincent 

Sur le papier, la stratégie ne fait pourtant pas défaut. Trois dirigeants sur quatre déclarent que leur direction a défini et communiqué clairement sa feuille de route en matière d'IA, et 58% considèrent la technologie comme un levier central de compétitivité. Mais l'écart se creuse dès qu'on interroge les résultats concrets. Seulement 32% des organisations disent avoir obtenu l'un de leurs deux objectifs prioritaires, et 11% à peine affichent les deux. L'amélioration de l'efficacité opérationnelle reste le seul terrain où les promesses se vérifient un peu, avec 38% de retours positifs. L'innovation produit et la croissance du chiffre d'affaires, pourtant citées parmi les priorités, ne concernent que 11% et 14% des répondants. Le déploiement massif de l'IA ne garantit donc rien en matière de résultats tangibles. Kyndryl le formule d'ailleurs sans détour, les plus grands freins ne sont plus technologiques, ils sont organisationnels. 

La confiance en trompe-l'œil 

La gouvernance illustre à elle seule ce paradoxe. Deux tiers des entreprises reconnaissent ne disposer d'aucune politique claire sur les décisions interdites à l'intelligence artificielle, et seulement 41% se disent pleinement confiants dans les garde-fous qu'elles ont mis en place. Un chiffre qui devient presque vertigineux à la lecture d'une autre donnée du rapport. 66% des organisations ont déjà autorisé leurs agents IA à lire et écrire de façon totalement autonome dans leurs systèmes critiques, sans validation humaine. Les entreprises accordent donc à des machines un pouvoir d'action que leurs propres dirigeants jugent insuffisamment encadré. La confiance dans les systèmes qui opèrent sans supervision humaine plafonne à 25%, et tombe à 24% dès qu'un agent interagit directement avec un client. Ce grand écart entre l'autonomie accordée et la confiance réellement éprouvée dessine un risque que peu d'organisations semblent avoir mesuré à sa juste échelle. 

Le fossé humain, invisible aux étages supérieurs 

Le malaise ne se limite pas aux systèmes, il traverse aussi les équipes. La proportion de dirigeants estimant que leurs salariés adhèrent avec enthousiasme à l'IA a chuté de cinq points en un an, passant de 37% à 32%. La perception se fragmente en outre selon l'échelon hiérarchique. La moitié des cadres dirigeants se disent enthousiastes face à l'IA, mais ce chiffre tombe à 31% chez les contributeurs individuels, et à seulement 30% chez les employés débutants. Ce décalage n'est pas anodin. Ce sont précisément ces catégories qui vivent l'automatisation au quotidien. Les répondants situés plus près du terrain que de la stratégie citent d'ailleurs davantage les manques de compétences et la refonte des rôles comme des obstacles majeurs, 55% contre 43% côté C-suite. Ce fossé perceptif interroge la solidité même des transformations annoncées en conseil d'administration. L'enthousiasme affiché dans les étages supérieurs ne suffit visiblement pas à entraîner l'adhésion de l'ensemble de l'organisation. 

Les bons élèves, une minorité 

Face à ce tableau contrasté, Kyndryl met en avant une catégorie qu'elle baptise les Pacesetters, ces organisations qui cumulent refonte des rôles, gestion du changement formalisée et une préparation jugée complète de leurs équipes. Elles ne représentent que 9% de l'échantillon, mais affichent des résultats nettement supérieurs, avec 1,6 fois plus de chances d'avoir déjà concrétisé une innovation produit grâce à l'IA. Elles témoignent aussi d'une confiance presque double dans la fiabilité des résultats générés par leurs systèmes autonomes. Il convient toutefois de replacer cette success story dans son contexte. L'étude a été commanditée par Kyndryl, une entreprise de services numériques dont l'activité consiste précisément à accompagner ce type de transformation organisationnelle. Les chiffres restent par ailleurs déclaratifs, recueillis auprès de dirigeants interrogés sur la performance de leur propre organisation, ce qui invite à la prudence méthodologique. Reste une certitude, aucune organisation ne peut se targuer d'avoir refermé le grand écart.  


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