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Les DSI dépassés par les déploiements d'agents IA qu'ils ne maîtrisent plus
Selon une étude Dataiku publiée le 29 octobre, 81 % des DSI ne contrôlent pas les agents IA déployés hors des circuits approuvés. Leur gouvernance et leur rentabilité restent incertaines.

Les agents IA gagnent en autonomie. Les DSI, eux, perdent la main. Selon une étude Dataiku publiée le 29 octobre, 81 % des directeurs des systèmes d'information interrogés n'exercent aucun contrôle sur les agents créés hors des environnements approuvés ou sans déclaration préalable. Réalisée par The Harris Poll auprès de 685 DSI dans huit pays, l'enquête révèle l'ampleur du décrochage. Pour 84 % des répondants, les collaborateurs développent des agents et des applications d'intelligence artificielle plus vite que les équipes informatiques ne peuvent les encadrer. Résultat, 83 % des DSI ne disposent d'aucun cadre standardisé pour gérer leur cycle de vie. Pourtant, les déploiements s'accélèrent. Deux tiers des responsables interrogés comptent au moins 51 agents actifs en production dans leur entreprise. Près de la moitié ont même désactivé plus de vingt agents depuis le début de l'année. L'autonomie promise par l'IA se heurte désormais à une question de pilotage.
Des agents actifs, mais quelle valeur ?
Le nombre d'agents déployés ne dit rien de leur contribution aux résultats de l'entreprise. Or, seuls 28 % des DSI mesurent systématiquement leurs performances opérationnelles et leurs retombées métier. Le suivi financier accuse un retard comparable. À peine 21 % disposent d'une visibilité complète, presque en temps réel, sur les coûts par équipe ou par cas d'usage. "L'industrie a promis l'autonomie aux DSI sans mentionner la facture : les systèmes autonomes doivent être pilotés, pas simplement surveillés", déplore Florian Douetteau, cofondateur et PDG de Dataiku. La pression monte au sommet des entreprises. Près de trois quarts des répondants redoutent un gel ou une réduction de leur budget IA si les objectifs de performance ne sont pas atteints d'ici fin 2026. Et 87 % affirment que leur direction générale conditionne désormais leur maintien en poste aux résultats obtenus grâce à l'IA. Le défi n'est plus de multiplier les agents, mais de justifier leur coût.
Les métiers gagnent du terrain sur la DSI
Malgré cette perte de maîtrise, les DSI ne réclament pas un retour au contrôle exclusif de l'informatique. Au contraire, 91 % privilégient la création d'agents par les équipes métiers, sous réserve d'un cadre commun. Cette autonomie suppose toutefois de clarifier les responsabilités. Lorsqu'un agent prend une mauvaise décision, les répondants hésitent entre la DSI centrale, les équipes data, les responsables de la sécurité et les collectifs transversaux. Aucun acteur ne recueille plus d'un quart des réponses. La gouvernance peine ainsi à suivre la décentralisation des usages. "La surveillance permet de savoir si un agent tourne. Le pilotage vous indique s'il convient de continuer à tourner", résume Florian Douetteau. Pour les directions informatiques, l'enjeu consiste à reprendre la maîtrise des arbitrages sans étouffer les initiatives des métiers. Une équation délicate alors que 60 % des DSI déclarent ne disposer d'aucune couche centrale de gouvernance couvrant leurs outils et environnements.
En France, l'auditabilité devient un casse-tête
La traçabilité constitue un autre point de rupture. En France, seuls 27 % des DSI se disent absolument certains de pouvoir reconstituer intégralement une décision prise par un agent IA à la demande d'un régulateur. Pourtant, 97 % ont déjà dû défendre, au cours des douze derniers mois, une décision algorithmique sans pouvoir en expliquer pleinement les raisons. L'auditabilité devient donc un enjeu de conformité autant que de responsabilité. Les dépendances technologiques inquiètent également. Trois quarts des DSI français regrettent au moins un choix majeur d'éditeur ou de plateforme effectué ces dix-huit derniers mois. Une proportion identique envisage de recourir davantage à l'open source pour limiter les risques d'indisponibilité des modèles propriétaires. Cette défiance intervient alors que 72 % anticipent un durcissement des obligations d'audit ou d'explicabilité dans l'année. Pour ces responsables, le risque n'est plus seulement de perdre le contrôle des agents, mais de devoir répondre de décisions impossibles à retracer.





