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Souveraineté cloud : qu'attendre de l'outil d’auto-évaluation lancé par SUSE ?
L’éditeur open source SUSE propose depuis le début d’année un outil d’auto-évaluation pour estimer la conformité au cadre européen SEAL de souveraineté cloud. Sans être un moyen de « validation scientifique », il permet de mieux comprendre les besoins des entreprises, selon l’acteur européen.

Accessible en libre-service, le dispositif d’auto-évaluation en ligne proposé depuis 2026 par l’éditeur SUSE est destiné à mesurer le niveau de souveraineté cloud des organisations. Il repose sur une évaluation automatisée permettant d’obtenir, en moins de vingt minutes, un « score de souveraineté » et une analyse des écarts par rapport aux exigences européennes. L’outil s’appuie sur le référentiel Sovereignty Effective Assurance Levels - SEAL (PDF), conçu pour positionner les infrastructures numériques selon plusieurs niveaux de conformité. Les résultats de l’évaluation restent stockés localement dans le navigateur de l’utilisateur, sans transmission externe, afin de limiter les risques liés à la confidentialité des données. Cette approche standardisée, fondée sur huit objectifs définis par le cadre européen, doit permettre une classification autour d’un « Score SEAL » et fournir un langage commun entre directions informatiques, directions générales et donneurs d’ordre. L’évaluation débouche également sur une feuille de route synthétisant les axes d’amélioration identifiés, téléchargeable au format PDF.
Andreas Prins, Global Head Sovereign Solutions de SUSE est revenu pour Alliancy sur l’intérêt et les limites d’un tel outil.
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Que gagne SUSE à proposer un tel outil d’auto-évaluation autour du référentiel SEAL ?
Pour SUSE, l’objectif est de comprendre précisément ses clients, leur situation et les risques auxquels ils sont confrontés. En les accompagnant de manière concrète et ciblée, nous pouvons contribuer à atténuer certains risques et à renforcer la robustesse de leurs solutions et services. En se dotant d'un meilleur niveau d’évaluation et de compréhension, les clients pourront également structurer plus efficacement leurs échanges en comité exécutif et en conseil d’administration. La souveraineté ne relève plus uniquement des opérations IT ou d’un débat technologique abstrait : elle devient un sujet spécifique, mesurable et objectivable. Cela constitue un levier puissant pour les organisations. Enfin, SUSE bénéficie d’un positionnement fort en Europe. Disposer d’un outil structuré et substantiel renforce sa crédibilité dans ses échanges avec les décideurs publics et avec son écosystème de partenaires. Cette approche permet d’élever le niveau des discussions et d’engager des conversations plus stratégiques.
Quels profils de DSI trouveront cet outil le plus utile ?
L’expérience montre que de nombreux clients — des DSI aux responsables infrastructure — rencontrent des difficultés à formaliser ce que signifie concrètement la souveraineté dans leur stack technologique : où se situent les écarts, quels sont les points de vulnérabilité, comment renforcer la résilience. Il existe très peu d’outils d’autoévaluation réellement opérationnels sur le marché. Les cabinets d’analystes comme Gartner ou Forrester restent à un niveau d’abstraction élevé. L’outil d’autoévaluation vise précisément à combler ce manque en fournissant un cadre concret qui facilite les échanges entre pairs et avec SUSE. Les organisations les plus concernées demeurent celles évoluant dans des environnements fortement réglementés : secteur public, banque, assurance, infrastructures critiques, santé. Les DSI de ces secteurs sont plus enclins à investir sur ces sujets et à approfondir leur compréhension, notamment sous l’effet des exigences réglementaires croissantes.
Quelle est la fiabilité d’une autoévaluation déclarative par rapport à la connaissance réelle des systèmes d’information ?
L’objectif n’est pas de produire une validation scientifique exhaustive de l’état d’un système d’information ni de se substituer à une certification délivrée par un cabinet d’audit. Notre ambition ici est d’initier les bonnes conversations. Le cadre européen de souveraineté cloud apparaît déjà dans certains appels d’offres. Le fait que notre outil suive précisément ce référentiel, avec un système de notation clair et des orientations explicites, lui confère une véritable valeur opérationnelle. Il permet d’obtenir une compréhension plus fine et plus granulaire des risques associés au système d’information. Sur cette base, les entreprises peuvent organiser un atelier interne, solliciter SUSE ou s’appuyer sur un partenaire de l’écosystème pour approfondir leur diagnostic.
Quels autres outils ou référentiels peuvent aider les DSI à naviguer dans le “bruit marketing” autour de la souveraineté numérique ?
À ce stade, peu de référentiels détaillés existent encore. Lors d’échanges menés à Bruxelles avec des décideurs publics et des associations lors de l’Open Source Week, le cadre européen de souveraineté cloud a été reconnu comme l’un des plus précis pour appréhender la souveraineté de manière transversale. Selon les secteurs, d’autres cadres réglementaires structurent déjà les priorités : le AI Act pour l’intelligence artificielle, le Digital Operational Resilience Act pour le secteur financier, NIS2 ou le Cyber Resilience Act pour les environnements fortement réglementés. Selon le secteur d’activité, certaines réglementations s’imposent comme prioritaires. Toutefois, le cadre de souveraineté cloud conserve une portée large et générique, particulièrement utile pour évaluer son exposition aux risques et clarifier son positionnement.
L’annonce faite par SUSE début 2026 de son partenariat avec AWS pour le lancement d’un cloud européen “souverain” s’inscrit-elle dans la même stratégie ? Cela ne risque-t-il pas de brouiller le message ?
C’est une excellente question, et elle nous est souvent posée. Pour y répondre, il faut se placer du point de vue du client. Une partie du portefeuille SUSE exige les niveaux de souveraineté les plus élevés. Ces clients contournent fréquemment les hyperscalers et choisissent d’exploiter leurs charges de travail de manière totalement autonome afin de conserver un contrôle absolu. Dans ce cas, ils n’utiliseront évidemment pas les clouds souverains européens d’AWS. D’autres clients adoptent une approche plus nuancée : ils prennent la décision réfléchie de transférer certaines de leurs charges les plus sensibles vers des centres de données européens détenus localement, tout en maintenant d’autres workloads sur AWS.
Enfin, une part importante des clients de SUSE opère à l’échelle mondiale, avec des activités en Europe, aux États-Unis et en région APAC. Pour ces organisations distribuées, AWS ou tout autre hyperscaler constitue une solution adaptée à leur modèle opérationnel. SUSE adopte une logique d’adaptation aux réalités de ses clients. À l’échelle internationale, les besoins sont extrêmement variés. L’approche est donc complémentaire : pour certains, la souveraineté maximale est déterminante ; pour d’autres, une solution reposant sur un hyperscaler restera la plus pertinente.







