[Tribune] Pour que la diversité ne soit pas un vain mot dans les start-up

Bien que fondamentalement ancrées dans la modernité, Sébastien Garcin, cofondateur de YZR, estime que les startups sont paradoxalement loin de ressembler à la société d’aujourd’hui.

Publié et mis à jour le 6 décembre 20212 min de lecture
[Tribune] Pour que la diversité ne soit pas un vain mot dans les start-up

Sébastien Garcin, cofondateur de YZR

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Sébastien Garcin, cofondateur de YZR[/caption]

90% des fonds investis dans des start-up en France bénéficient à des entreprises fondées par des hommes. Et s’il n’existe pas de statistiques à ce sujet, il suffit de regarder les photos des équipes fondatrices qui affichent des montants records d’augmentation de capital : ce sont, quasi systématiquement, des hommes jeunes et blancs.

La réalité d'une start-up, c’est qu’elle démarre toujours d’un réseau personnel : collègues, étudiants ou partenaires. Il est donc naturel que le noyau fondateur soit homogène socialement, c’est aussi dans cet environnement qu’on va trouver des personnes qui disposent de “filets de sécurité” personnels ou familiaux.

Ensuite, c’est l’effet boule de neige : vous recrutez vos premiers associés puis vos premiers collaborateurs dans un cercle restreint et donc très homogène socialement. Dans les premières années, votre équipe va grossir et naturellement se tourner vers ses pairs et il va devenir de plus en plus difficile de recruter en dehors de ce cercle. Imaginez ce que pourrait ressentir une jeune femme data scientist à l’idée de rejoindre une équipe 100% masculine ? ou bien ce que pourrait ressentir un directeur commercial de 55 ans dans une équipe dont le plus âgé pourrait être son fils ?

Un autre biais va s’appliquer au moment des levées de fonds auprès d’investisseurs. Ceux-ci étant majoritairement composés d’hommes blancs, cette logique d’entre soi va se retrouver également dans la sélection des projets financés. C’est particulièrement criant pour les levées supérieures à 100 millions d’euros, réalisées exclusivement par des équipes 100% masculines (baromètre Sista x BCG)

Les faits sont criants mais il faut se garder d’y voir une intention d’exclusion. Personne ne souhaite exclure les femmes, les personnes issues de l’immigration ou les seniors. C’est plutôt un système qui semble inexorablement échouer à inclure.

Partant de ce constat, il m’apparaît nécessaire de transformer cette exclusion involontaire en volonté affirmée d’inclusion et ce, dès les premiers jours du projet. Et il est indispensable que cette volonté soit affichée et soutenue par des actions concrètes : parité de l’effectif mesurée et objectivée, égalité salariale stricte, compensation financière du congé paternité, discrimination positive à l’embauche, etc.

Il en va de l’efficacité de nos startups qui se privent d’un immense vivier de talents à l’heure où la guerre du recrutement fait rage.

Il en va de la justice sociale : les startups et leur hypercroissance devraient permettre à tous et à toutes de bénéficier du formidable ascenseur social qu’elles représentent.

Il en va de notre capacité à encourager la création de modèles capables d’inspirer le plus grand nombre à se lancer dans l’aventure passionnante de l’entrepreneuriat.

Nous recrutons aujourd’hui les futur.e.s capitaines des industries de demain. Et dans cette compétition au sommet, devrions-nous nous priver des talents de plus de la moitié de la population ?

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