Osez l'IA
35 000 entreprises sensibilisées, Bercy doit maintenant transformer l’essai
Un an après son lancement, Osez l’IA revendique 35 000 entreprises sensibilisées. L’État ouvre une seconde phase pour convertir cette mobilisation en usages d’ici 2030.

Le compte à rebours vers 2030 est lancé. Osez l’IA doit diffuser l’intelligence artificielle auprès de la moitié des TPE françaises d’ici quatre ans, après une première année consacrée à évangéliser le marché. Plus de 35 000 entreprises ont été sensibilisées en neuf mois par les Ambassadeurs IA, selon le bilan présenté le 3 septembre à Bercy. Une première marche encore éloignée de la cible. L’Insee recense près de 5 millions de microentreprises. La chronique publiée par nos confrères du Journal du Net estime donc à environ 2,5 millions le nombre de structures à convertir pour atteindre l’objectif. Surtout, assister à une présentation ne vaut pas adoption. Un dirigeant doit encore identifier un usage rentable, former ses équipes, revoir certains processus et consentir un investissement. Bercy acte cette difficulté en ouvrant une seconde phase consacrée au “passage à l’action”. La réussite du plan ne se mesurera plus au nombre de portes frappées, mais à celles que l’IA aura franchies.
615 ambassadeurs, mais 16 départements sans relais
Encore faut-il frapper aux bonnes portes. Le réseau dépasse largement les 300 ambassadeurs prévus lors du lancement du plan en juillet 2025. Sa couverture nationale reste beaucoup moins homogène. Le fichier open data de Bercy fait apparaître 16 départements sans aucun ambassadeur. Près de 7,5 millions de Français vivent dans ces territoires. Le phénomène ne s’arrête pas aux zones rurales. La Seine-et-Marne et le Val-d’Oise figurent parmi les déserts du dispositif, à quelques dizaines de kilomètres d’un Paris fort de 103 ambassadeurs. La spécialisation professionnelle creuse un second fossé. Seuls 152 membres du réseau portent une casquette sectorielle. La comptabilité n’en compte que deux, alors que l’expert-comptable constitue souvent l’un des premiers interlocuteurs extérieurs d’une TPE. Bercy prévoit une nouvelle vague de recrutement au second semestre et revendique des outils dédiés au transport, à la logistique ou au commerce. Sans ce rééquilibrage, le réseau risque de prêcher l’IA auprès des entreprises déjà les mieux connectées à son écosystème.
De 70 à 1 000 diagnostics Data IA
La deuxième année devra donc transformer la sensibilisation en projets. Bpifrance porte l’un des principaux leviers avec le Diagnostic Data IA, une prestation de huit jours destinée aux PME et ETI employant de 10 à 2 000 salariés. France 2030 prend en charge 40 % de son coût. Soixante-dix diagnostics ont été engagés depuis le lancement. Le gouvernement vise désormais un changement d’échelle avec 1 000 accompagnements. Les entreprises plus avancées peuvent rejoindre les Accélérateurs IA pendant dix-huit mois. Une nouvelle promotion s’ouvre en 2026 avec un parcours consacré à l’industrie. L’État cherche aussi à réduire le temps perdu entre l’identification d’un besoin et la recherche d’une solution. Le catalogue conçu par la Direction générale des Entreprises et Hub France IA référence 88 offreurs présentant un ancrage européen et des outils destinés aux PME et ETI. La plateforme “Accélérez avec l’IA” complète l’arsenal avec des cas d’usage issus de plusieurs fonctions et secteurs. Le plan commence ainsi à équiper le passage à l’acte. Reste à savoir combien de diagnostics déboucheront sur un usage pérenne.
L’adoption reste l’indicateur manquant
Bercy publie beaucoup de compteurs d’activité, aucun ne permet encore de mesurer la transformation promise. Le bilan recense les entreprises sensibilisées, les ambassadeurs mobilisés, les diagnostics engagés ou les solutions référencées. Il ne précise pas combien d’entreprises ont intégré l’IA à un processus métier grâce au plan, ni combien ont poursuivi leur projet après l’accompagnement. Ce trou statistique devient plus gênant à mesure que l’échéance approche. Le gouvernement vise toujours une adoption de l’IA par 80 % des PME et ETI à l’horizon 2030. La diffusion ne pourra donc plus être appréciée au seul prisme de la sensibilisation. Elle devra mesurer des usages, leur pérennité et leur effet sur l’activité. La publication en open data de la liste des Ambassadeurs permet déjà d’exposer les déséquilibres territoriaux du réseau. Le même niveau de transparence sur les résultats donnerait une tout autre épaisseur au bilan. Osez l’IA a passé sa première année à ouvrir les portes. Pour 2030, seules compteront les entreprises restées dans la pièce.





