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L’open source peut-il rester souverain sous la coupe de Nvidia ? 

En rachetant Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, Nvidia renforce son emprise sur l’écosystème de l’IA open source et pourrait influencer son développement.  

Publié et mis à jour le 3 septembre 20263 min de lecture
L’open source peut-il rester souverain sous la coupe de Nvidia ?

Le monde du libre est-il menacé de passer sous pavillon propriétaire ? C’est ce que laisse entrevoir le rachat de la plateforme Hugging Face par Nvidia. Le géant américain des semi-conducteurs a mis 12,9 milliards de dollars sur la table pour acquérir l’un des principaux carrefours mondiaux de l’open-source. Ce montant équivaut à environ 3 fois la valorisation de la plateforme d'open-source établie en 2023 (4,5 milliards de dollars). Si cette somme se justifie par l’importance que Hugging Face a pris en tant qu’hébergeur de modèles - 3 millions en août 2026 -, elle s’inscrit surtout dans une stratégie de diversification du mastodonte américain. Celui-ci avait par exemple acquis la start-up Groq l’année dernière pour 20 milliards de dollars.  

Une continuité de fonctionnement, à l’abri des restrictions trumpiennes 

D’après un document déposé par Nvidia auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité américaine des marchés financiers, Hugging Face restera opérationnelle et conservera son fonctionnement ouvert. “NVIDIA prévoit que cette acquisition permettra à Hugging Face de bénéficier de ressources supplémentaires et d'aider les développeurs à créer, partager et déployer des modèles et applications ouverts”, précise le document. 

La plateforme continuera ainsi de permettre aux créateurs de modèles, aux développeurs et aux utilisateurs de télécharger et téléverser les modèles et jeux de données de leur choix. Elle continuera également à prendre en charge les technologies d’autres fabricants de semi-conducteurs. 

Nvidia justifie également cette acquisition par la perspective de potentielles restrictions gouvernementales susceptibles d’affecter les activités des deux entreprises. Selon le groupe, la progression des modèles open source pourrait notamment soutenir la demande pour ses produits. Il s’inquiète par ailleurs des initiatives menées par certains acteurs auprès des autorités américaines et internationales pour encadrer davantage ces modèles. “D'autres acteurs exercent un lobbying actif auprès du gouvernement américain et d'autres parties prenantes à travers le monde afin d'obtenir l'adoption de mesures législatives ou réglementaires susceptibles de restreindre ou de désavantager les modèles libres et leurs utilisateurs”, peut-on lire dans le document. 

L’open source sous influence ? 

Cet achat représente donc une victoire en demi-teinte pour le monde de l’open source. D’un côté, Hugging Face devrait poursuivre ses activités et conserver sa place d’infrastructure centrale de l’IA open source. Une situation qui pourrait notamment lui permettre d’échapper à certaines restrictions liées à la politique de l’administration Trump. De l’autre, la question de l’influence que Nvidia exercera désormais sur la plateforme reste entière. 

Un point d’autant plus sensible que, fin 2025, Hugging Face avait refusé une proposition d’investissement de 500 millions de dollars de Nvidia, craignant qu’un investisseur aussi puissant puisse peser sur ses décisions futures. En prenant aujourd’hui le contrôle de la plateforme, le géant américain dispose nécessairement d’un levier bien plus important. Il pourrait notamment profiter de cette position pour se rapprocher des développeurs et favoriser l’adoption de ses propres technologies. 

Reste toutefois à nuancer l’idée selon laquelle ce rachat ferait « perdre » à la France un acteur français de l’IA. Créée en 2016 par trois Français, Hugging Face a transféré son siège aux États-Unis dès 2017. Basée à Brooklyn, l’entreprise est donc déjà soumise au droit américain et ne constitue pas, juridiquement, une entreprise française. 

L’enjeu de souveraineté n’en disparaît pas pour autant. Il est même particulièrement intéressant dans le cas de Hugging Face : l’open source constitue l’une des briques sur lesquelles repose une partie de la stratégie européenne de souveraineté numérique. Voir l’une de ses plateformes les plus importantes passer sous le contrôle d’un géant américain soulève donc une question essentielle : peut-on s’appuyer sur des infrastructures ouvertes pour construire une IA souveraine lorsque ces infrastructures sont elles-mêmes contrôlées par des acteurs étrangers ? 


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