Salon
À BigData & AI Paris, l’IA prend toute la place
À BigData & AI Paris, l’IA agentique domine les échanges. Mais, derrière l’engouement, les entreprises cherchent encore à sortir les projets IA du laboratoire.

Guillaume Bour, VP Europe South de Mistral AI
À l’abri d’une chaleur trahissant plus un dérèglement climatique qu’un été indien, les décideurs IT se sont réunis Porte de Versailles pour l’un des plus gros rendez-vous de la rentrée. La quinzième édition du salon BigData & AI Paris s’est déroulée ces 15 et 16 septembre 2026. Avec un ticket d’entrée visiteur payant, une première, les organisateurs espèrent pouvoir rassembler un public plus qualifié. Environ 15 000 visiteurs sont attendus sur les deux jours. La première matinée s’ouvre sur une conférence avec Mistral AI, qui avait signé plus tôt dans la journée un partenariat de trois ans, et d’une valeur de 100 millions d’euros, avec TotalÉnergies. L’occasion pour Guillaume Bour, VP Revenue Europe South de Mistral AI, d’aborder le sujet du passage à l’échelle des cas d’usages de l’IA, point névralgique des entreprises.
Des POC au passage à l’échelle
“Les montants annoncés sont relativement significatifs et vont être mis sur un sujet spécifique qui fera une énorme différence quand on arrivera à le développer puis à le passer à l’échelle”, déclare le commercial. Pour le géant des hydrocarbures, Mistral s’apprête ainsi à personnaliser un modèle d’IA à partir des 10 pétaflops de données exclusives de Total. Un type de projet qui aurait encore suscité davantage de prudence il y a quelques années. “Il y a un ou deux ans, les entreprises étaient réticentes à l’idée de personnaliser des modèles”, rappelle Guillaume Bour, dans un contexte où l’évolution rapide des modèles pouvait rapidement rendre ces investissements obsolètes. Désormais, l’enjeu consiste donc autant à personnaliser les modèles qu’à s’assurer que ces projets puissent évoluer avec eux. Guillaume Bour insiste ainsi sur l’importance de construire des projets « scalables by design », car les longs cycles de développement peinent à suivre le rythme d’innovation de l’IA. Mais, la capacité à faire évoluer une solution ne s’arrête pas à son déploiement. “Souvent, ce qu’il manque aux entreprises, c’est qu’elles ne pensent pas à la manipulation continue des solutions IA”, ajoute l’expert. Les solutions doivent ainsi pouvoir intégrer les retours des utilisateurs, mais aussi ceux des agents avec lesquels elles interagissent, afin de continuer à s’adapter au fil de leur utilisation.
Quand l’IA éclipse la data
Guillaume Bour analyse aussi les causes des échecs de passage à l’échelle de POC, 9/10 échouant en moyenne. "C’est toujours multifactoriel, il y a un volet technique, un volet de conduite du changement, un volet d’intégration dans les opérations, c’est tout ça qui se combine dans le succès d’un passage à l’échelle de l’IA", explique-t-il. Pour identifier les projets susceptibles de dépasser le stade de l’expérimentation, le commercial avance d’ailleurs un indicateur simple : "Un bon indicateur est de savoir à qui est rattachée la solution d’IA dans l’entreprise. Est-ce qu’il est rattaché au N-10 du DSI ou est-ce qu’il est rattaché au Comex ?" Une question de gouvernance qui renvoie aussi à celle de la valeur créée par ces outils, parfois difficile à mesurer au moment de leur déploiement. "Il y a 10 ans ou 15 ans, on ne connaissait pas le ROI du déploiement des boîtes mails pour l’ensemble des collaborateurs. Aujourd’hui ça paraît évident. Avec l’IA, c’est un petit peu la même chose", continue Guillaume Bour.

Émilie Pierre-Desmonde est directrice de Big Data & AI Paris depuis juin 2025.
Cette mise en avant de l’IA ne se limite d’ailleurs pas aux annonces technologiques : elle s’inscrit aussi dans le discours porté par le salon, où la question de la souveraineté occupe une place de choix. « La souveraineté est évidemment un message sous-jacent lorsqu’on a un fleuron de la tech française en ouverture", assume Emilie Pierre-Desmonde, directrice du salon. En thème principal, c’est l’IA agentique qui se démarque. “Ils auraient dû renommer le salon Agentic IA 2026 et laisser le mot data entre parenthèses”, s’amuse un visiteur anonyme, d’un rire coloré de jaune. Derrière la plaisanterie, il dit s’inquiéter de la place décroissante accordée aux autres thématiques. “L’IA c’est très bien, mais il n’y a pas que ça, il ne faut pas perdre le reste de vue”, conclut-t-il.
“Ouvrir le capot”
La directrice du salon, elle, explique à la rédaction avoir construit son programme autour de la souveraineté, déclinée en trois piliers : les infrastructures, l’architecture et le business. “Nous nous positionnons aussi comme un acteur, un baromètre pour permettre aux entreprises de se comparer à leurs pairs”, explique Emilie Pierre-Desmonde. Celle qui considère qu’e “il n’y a pas de formules magiques mais [qu’]il y a tout de même des recettes”, se félicite d’organiser un événement où les intervenants prennent le temps ” d’ouvrir le capot »". "On s’éloigne au maximum du ‘y’a qu’à, faut qu’on’”, affirme-t-elle. Un avis pas toujours unanime. “Les retours d’expérience client restent tout de même relativement marketés”, regrette un autre visiteur qui nuance immédiatement : “Je pense que les intervenants ouvrent le capot le plus possible mais il y a la contrainte du temps et de l’audience. On trouve tout type de profil ici et des entreprises plus ou moins matures. Quand on doit parler à tout le monde, on reste générique.”






