AgriTech

Au Salon de l’agriculture, l’IA prend racine pour 2026-2030 

Jeudi 26 février 2026 à Paris, INRAE et Inria ont renouvelé au Salon de l’agriculture leur accord-cadre stratégique 2026-2030 pour accélérer l’IA au service de l’agroécologie et de la souveraineté. 

Publié le 26 févr.

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L'IA occupe la Terre de l'INRAE au salon international de l'agriculture 2026

L'IA occupe la Terre de l'INRAE au salon international de l'agriculture 2026

Fiona Slous / Alliancy

Cette année, les vaches ont déserté les allées. À leur place, des jumeaux numériques et des modèles d’IA : au Salon de l’agriculture, l’élevage s’est virtualisé avant même de se réinventer. Dans ce paysage recomposé, INRAE et Inria ont officialisé, ce jeudi 26 février, le renouvellement de leur accord-cadre stratégique pour 2026-2030. Dans une édition où l’absence d’animaux a rebattu les cartes médiatiques, la tech a occupé le terrain pour les deux institut. “On est au croisement de la souveraineté alimentaire et de la souveraineté numérique”, a affirmé Bruno Sportisse, PDG d’Inria, en donnant à la signature une portée qui dépasse la recherche. Philippe Mauguin, PDG d’INRAE, a rappelé la finalité. “C’est un enjeu majeur pour l’agriculture”, a-t-il déclaré, en insistant sur la réduction des intrants, du fioul et des pesticides grâce à une meilleure exploitation des données.

Un partenariat ancré et élargi 

Ce nouvel épisode prolonge une alliance ancienne, formalisée dès 2010 et renforcée en 2022 autour du numérique responsable. Le cycle 2026-2030, lui, change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de faire dialoguer biologie numérique et intelligence artificielle. Mais d’intégrer les couches invisibles qui conditionnent le passage à l’échelle : infrastructures de calcul, interopérabilité, cybersécurité, gouvernance des données. “On continue à étendre les sujets sur lesquels on bosse ensemble”, a souligné Bruno Sportisse. Le directeur de l’INRIA a notamment rappelé le rôle déclencheur du livre blanc commun qui avait nourri le programme national sur l’agroécologie numérique. L’enjeu est industriel. Standardiser pour déployer. Mutualiser pour éviter la fragmentation. Carole Caranta, directrice déléguée Science et Innovation d’INRAE, a introduit une nuance stratégique. “Ces promesses ne se concrétiseront que si la technologie reste adaptée aux réalités économiques et socioculturelles”, a-t-elle averti. Adapter, cela signifie concevoir des outils sobres en données, interopérables avec les systèmes existants, compatibles avec la diversité des exploitations et soutenables financièrement. Autrement dit, pas question de plaquer un modèle de plateforme hors-sol sur des exploitations déjà sous tension. 

Bruno Sportisse, PDG d’Inria et Philippe Mauguin, PDG d’INRAE, signent le renouvellement de leur partenariat pour 2026-2030.

Bruno Sportisse, PDG d’Inria et Philippe Mauguin, PDG d’INRAE, signent le renouvellement de leur partenariat pour 2026-2030.

Fiona Slous / Alliancy

Des démonstrateurs, pas des vitrines 

Les cas d’usage ont servi de preuves tangibles, sans céder à l’effet catalogue. Pl@ntNet, plateforme de sciences participatives coportée par Inria et INRAE, fédère plus de 20 millions d’utilisateurs annuels. La nouvelle brique dédiée aux maladies végétales s’appuie sur une normalisation internationale des dénominations et sur l’agrégation de centaines de milliers d’images couvrant plus de 170 pathogènes. “On a amélioré les capacités du modèle en l’entraînant avec une nouvelle tête de classification”, ont expliqué les dirigeants. L’objectif n’est pas seulement l’identification, mais la construction d’un socle réutilisable, intégrable dans d’autres applications via des services automatisés. Une logique de plateforme, pensée pour être répliquée. Côté élevage, InSilicow illustre la même ambition industrielle. “C’est le couplage d’un système réel avec sa version numérique virtuelle”, a résumé Olivier Martin, chercheur à INRAE. Les données des fermes expérimentales alimentent automatiquement le simulateur. Surveillance des performances, exploration de scénarios, archivage des historiques. L’architecture modulaire permet d’ajouter progressivement climat, sanitaire ou gestion des surfaces. Le principe est connu dans l’aéronautique ou l’énergie. L’enjeu est désormais d’en faire un outil opérationnel pour un réseau de fermes, sans transformer l’éleveur en administrateur système. 

Le pavillon Agri’Tech, baromètre d’une bascule 

La signature s’inscrivait dans un contexte plus large. Le pavillon Agri’Tech, plus de 700 m² dédiés aux start-up et industriels, a confirmé que le numérique n’est plus une annexe mais une couche structurante du modèle agricole. Robotique de précision, capteurs connectés, services satellitaires, IA décisionnelle. Près de 50 exposants ont incarné cette bascule. “C’est ancré dans des filières où il y a des gens”, a rappelé Bruno Sportisse, insistant sur la nécessité de rester connecté au terrain. Reste une tension. Qui capte la valeur créée par la donnée agricole ? Les plateformes ou les producteurs ? En renouvelant leur accord au cœur du Salon, INRAE et Inria n'offrent pas forcément la réponse, mais les deux instituts ont posé une pierre supplémentaire de la ferme du futur. Une pierre faite de la capacité à maîtriser, collectivement, les architectures numériques qui irriguent dorénavant les champs.