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Certains LLM chaud ! Nos algorithmes ont la clim, pas nous

Pendant que la France tente de ne pas céder à la "panicule", les modèles d'IA tournent, eux, plutôt sereinement : data centers sous tension, réseau testé, télétravail en débat.

Publié et mis à jour le 25 juin 20263 min de lecture
Certains LLM chaud ! Nos algorithmes ont la clim, pas nous

On nous promettait un été 2026 caniculaire, le voilà : Météo-France a déclenché l'épisode dès le 17 juin, avec un pic les 21 et 22, comparé à l'été meurtrier de 2003. 72 départements placés en vigilance rouge, écoles fermées, trains suspendus... et, au milieu de cette fournaise, une question moins anecdotique qu'il n'y paraît : comment les LLM, ces modèles d'IA générative qui tournent jour et nuit dans des datacenters portés à blanc, supportent-ils, eux aussi, l'épreuve thermique ?

Premier constat, rassurant, le réseau électrique tient bon. RTE l'a confirmé le 22 juin, la production suffit, même en canicule prolongée. EDF planche même sur un refroidissement renforcé de l'eau rejetée par ses centrales, pour anticiper plutôt que subir. Tant mieux, car les usines qui font tourner ces LLM n'ont pas le luxe de l'à-peu-près. OVHcloud, Orange et consorts font tourner leurs salles serveurs à 26, parfois 29°C, contre 20 à 22°C il y a peu, preuve que l'industrie a appris à composer avec la chaleur plutôt qu'à la combattre à coups de clim. Quand le watercooling perd en efficacité, faute d'air extérieur assez frais, on sort la brumisation, les rondes renforcées et les systèmes mobiles de secours. Une discipline presque militaire pour héberger des modèles qu'on imagine, à tort, immunisés par leur nature "virtuelle".

Sauf qu'il y a un hic, et il s'appelle l'appétit des LLM. Une étude reprise récemment par Reporterre rappelle qu'un quart des futurs datacenters français sont déjà classés à haut risque climatique, les dommages matériels liés aux aléas météo étant appelés à quadrupler d'ici la fin du siècle. Or ce sont précisément ces usines à serveurs, gourmandes en mégawatts pour les modèles génératifs, que tout le monde s'arrache en Nouvelle-Aquitaine ou dans les Hauts-de-France. On construit donc, à marche forcée, l'infrastructure la plus énergivore de l'histoire du numérique, pile quand le climat rend son refroidissement plus coûteux. Il y a quelque chose de vertigineux à miser des centaines de millions d'euros sur des giga-usines à calcul en sachant qu'elles seront de plus en plus exposées à la chaleur extrême qu'elles contribuent elles-mêmes à amplifier.

Et puis il y a nous, sommés de tenir entre deux extrêmes mal réglés. Depuis juillet 2025, un décret oblige les employeurs à protéger leurs salariés dès la vigilance orange : eau fraîche, horaires aménagés, locaux ventilés. Bonne nouvelle sur le papier. Mais le télétravail reste un angle mort juridique : rien n'impose à l'employeur de le généraliser en cas de canicule, et le salarié ne peut pas non plus se l'imposer. Résultat, chacun négocie, bricole, ou invoque un droit de retrait que la jurisprudence ne tranche qu'au cas par cas. Cette canicule ressemble à un test de charge grandeur nature pour les organisations numériques : réseaux, accès distants, rituels de management, tout est mis sous tension en même temps, sans bouton pause.

Mais ! Mercredi 24 juin, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a assuré sur BFMTV que l'exécutif restait favorable à la climatisation partout où c'est nécessaire, citant les écoles en priorité. Elle l'a reconnu dans la foulée : tout le monde n'y aura pas droit de sitôt, faute de budget et de temps d'installation. Les chiffres donnent le vertige : seuls 7% des établissements scolaires sont climatisés, deux tiers des bureaux, un quart des logements. Le Fonds vert censé financer ces équipements a lui-même été rogné. Pendant ce temps, dans les salles serveurs qui font tourner nos LLM préférés, la climatisation n'a jamais eu besoin d'un vote : elle est budgétée depuis le premier jour. Pour refroidir une salle de classe, il faut un fonds spécial ; pour refroidir un cluster de GPU, c'est une ligne de business plan.

Alors, "certains LLM chaud" ? Moins un titre finalement qu'un constat amer : les modèles d'IA tournent stoïquement à 29°C dans des salles climatisées depuis toujours, tandis que les humains attendent encore qu'on débatte de leur droit à un peu de fraîcheur. Les machines ont été pensées pour résister à la chaleur ; les salles de classe, beaucoup moins. Si la chaleur devient la norme, il faudra peut-être leur accorder, un jour, la même priorité budgétaire qu'aux salles serveurs.