Opérationnel
Conseils concrets et limites hiérarchiques : les DSI et la souveraineté numérique
Ce jeudi 12 février 2026, de nombreux intervenants ont partagés comment ils traduisaient leur volonté de souveraineté en plan d’action. Retour sur l’Observatoire du Club des Responsables d'infrastructure, de technologies et de Production informatique (CRiP).

Sylvie Roche, directrice générale du CRiP
Et si Donald Trump était le commercial parfait pour l’Europe ? Sa seconde arrivée à la Maison Blanche, il y a déjà un an, a en tout cas permis de faire avancer le sujet de la souveraineté. “Ce qui se passe outre-Atlantique a inquiété le top management”, a confirmé David Chopin, deputy IT Strategy, Architecture, International à la Banque de France. À l’occasion de l’Observatoire de l’association CRiP du 12 février 2026, celui-ci s’est confié. “Nous devons, depuis un an, revoir toute notre feuille de route à l’aune de cet enjeu.” Pour un coût d’environ “15 à 20% supplémentaire”, a-t-il estimé.
Dans les locaux balnéolais (92) de la Caisse des Dépôts, les intervenants ont défilé sur scène pour expliquer, le plus concrètement possible, comment s’atteler à cette refonte de leur roadmap. Si le public n’était pas nombreux, il compensait son petit nombre par son attention. “Cette nouvelle exigence percute notre stratégie”, a continué le fonctionnaire. “ Nous avons dû faire une première analyse entre la couche infra, la couche logicielle et la couche data pour savoir laquelle était prioritaire. Puis, nous avons dû lister toutes nos dépendances.”
La difficulté de mesurer ses dépendances et classer ses données
L’audience s’est alors agitée nerveusement. Lister ses dépendances oui, mais comment les mesurer ? Après un rapide sondage à main levé, le constat est fait : aucun des participants n’a tenté l’expérience. Et pourtant, plusieurs indicateurs de dépendance technologique existent bel et bien. Celui du Cigref par exemple. En tout cas, une mobilisation si faible questionne la réalisabilité du projet futur de la DINUM, à savoir une cartographie du niveau de dépendance des entreprises au niveau national.
"Parfois, il suffit de demander explicitement à un fournisseur s’il est en mesure de s’engager quant à la non-fourniture de nos données aux autorités d’un pays étranger"
Même constat d’échec lorsque la salle a été interrogée sur la classification de ses données. Alors qu’identifier ses données critiques est essentiel à la mise en place d’une solution de cloud souverain, personne n’est parvenu à rendre la chose automatique auprès des différents métiers. Inti Rossenbach, DSSI chez Diot-Siaci, a recommandé de désigner des responsables des données à cet usage.
La souveraineté en quelques étapes
Le DSSI s’est ensuite aventuré à énumérer les étapes suivantes d’une démarche vers la souveraineté. “Il faut identifier des critères de sélection. Parfois, il suffit de demander explicitement à un fournisseur s’il est en mesure de s’engager quant à la non-fourniture de nos données aux autorités d’un pays étranger », a-t-il assuré. Il a enchaîné avec deux autres recommandations. Ne pas perdre de vue la dimension business et éviter les fuites de données. Sur ce premier aspect, Inti Rossenbach conseille de rester en contact avec les unités commerciales de l’entreprise pour qu’elle mette en valeur la démarche. Et pour le second : “Nous avons lancé un projet de Data Loss Production (DLP), qui a pour vocation d’éviter les fuites de données volontaires ou involontaires. Le but étant que les collaborateurs puissent uniquement déposer leurs fichiers sur un cloud de confiance”, a-t-il raconté
Malgré les bons conseils, l’interlocuteur a perdu quelques points de crédibilité quand il a annoncé que son fournisseur n’était autre que... Microsoft. Une stratégie d’achat qui questionne. Pourquoi ne pas se tourner vers un acteur européen ? “Si on attend de n’avoir que des composants souverains pour mettre en place une telle stratégie, on ne s’en occupera jamais”, a expliqué Inti Rossenbach. Pour autant, le CRiP a tout de même tenu à mettre en avant une alternative à Microsoft Co-Pilot lors de l’évènement. L’entreprise française Delos s’est vu remettre le prix de la startup souveraine.

Sylvie Roche, directrice générale du CRiP et Arthur Pintart, Account Manager, représentait l'organisation Delos lors de la remise de prix de la startup souveraine, organisée par le CRiP.
Changer de mentalité, un effort transversal
Pour Cyril Corre, directeur de la transformation et de la gouvernance technologique chez Sigma, modifier sa mentalité est vital. “Il y a un chemin individuel à faire pour admettre que les solutions des entreprises américaines ne sont pas nécessairement meilleures que les nôtres.” Sur ce changement d’habitude nécessaire, David Chopin a acquiescé. “Lors d’un recrutement, on demande systématiquement une certification AWS ou Azure. Résultat, lorsqu’on veut faire quelque chose d’autre, on s’aperçoit que les notions de base d’informatique ne sont pas là”. Une évolution qui doit donc être pensée sur toute la chaîne, de la stratégie d’achat jusqu’au recrutement.
Selon Sylvie Roche, directrice générale du CRiP, c’est bien là l’enjeu principal. “Il faut vraiment que ce soit une décision prise par la direction générale et qui soit descendante. Sinon, les opérationnels IT ne prennent pas des décisions souveraines. Il est donc essentiel qu’il y ait un alignement de la direction générale jusqu’aux opérationnels.” Heikel Manai, CTO de FranceTV, a confié avoir eu cette chance. Il a donc profité de ce soutien pour lancer un partenariat avec Scaleway. “Un partenariat c’est un effort à faire pour faire émerger des alternatives. Il faut être soutenu par son comex et sa direction et accepter qu’il y ait des bugs par moments. Mais le prix est intéressant”, a-t-il conclu. Alors, choisir une solution souveraine préexistante ou bien concevoir la sienne via un partenariat, le choix revient aux DSI et, bien sûr, au comité de direction, seul détenteur de l’impulsion nécessaire.






