Etude
Cybersécurité et souveraineté : le grand écart des entreprises européennes
Une enquête de Kerys Software révèle un paradoxe : si la souveraineté technologique figure parmi leurs priorités, 81 % des entreprises interrogées s’appuient sur des solutions non européennes.

En matière de sécurité, les entreprises européennes peinent à hiérarchiser leurs priorités. À moins d’un point d’écart, trois chantiers se disputent la première place dans les plans de cybersécurité des entreprises européennes pour les douze prochains mois : la micro-segmentation IT (47 %), la souveraineté technologique (46,5 %) et la sécurité du poste de travail (46 %). Ce classement provient d’une étude menée par la start-up française Kerys Software, qui a interrogé 400 décideurs au Royaume-Uni, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne sur leurs stratégies de micro-segmentation. Cette approche consiste à cloisonner un système d’information en environnements isolés, afin que les informations sensibles soient séparées du reste et hébergées dans des espaces distincts. Elle s’est imposée ces dernières années comme un pilier des stratégies de cybersécurité. Selon l’étude, 86 % des entreprises européennes l’auraient déjà adoptée, mais leurs méthodes varient fortement d’un pays à l’autre.
Des méthodes de segmentation disparates
L’Allemagne privilégie la séparation des postes de travail, ce qui consiste à fournir plusieurs ordinateurs physiques distincts à un même utilisateur, malgré des coûts matériels et une lourdeur d'administration importants. En France, 60% des sondés ont indiqués privilégier les VPN pour isoler les accès au niveau du réseau, bien qu’il s’agisse d’une protection essentiellement périphérique. “Notre étude montre un marché européen en transition vers une approche plus mature de la segmentation des systèmes d’information pour protéger les données sensibles et renforcer la résilience des entreprises”, commente Thomas Girard, PDG et fondateur de Kerys Software.
Parmi ces solutions “plus matures”, la virtualisation permet d'exécuter plusieurs environnements totalement isolés et étanches sur un seul et même poste de travail. Cependant ces architectures de micro-segmentation sont souvent fournies par de grands acteurs non européens, ce qui interroge sur le niveau de protection et d’indépendance qu’elles garantissent réellement. Le PDG de Kerys Software estime que : “Si la pertinence de la micro-segmentation est bien établie, l'adoption de solutions modernes est encore lente. Les entreprises n'ont pas encore conscience que des alternatives plus efficaces, plus faciles d'utilisation et souveraines existent pour sortir des méthodes classiques.”
La souveraineté reléguée au second plan
L’étude met surtout en lumière une contradiction entre le discours stratégique des entreprises et leurs décisions d’achat. Alors que près de la moitié d’entre elles (46,5 %) affichent la souveraineté technologique comme une priorité, 81 % s’appuient dans les faits sur des solutions non européennes. Cette dépendance n’est pas subie : plus d’une entreprise sur deux (54 % à 55 %) reconnaît un choix délibéré, contre 22 % à 23 % seulement qui invoquent un manque d’alternatives. En réalité, la provenance d’une solution importe peu aux décideurs, selon l’étude. Au moment de trancher un achat, 51 % d’entre eux admettent que l'origine européenne d'une solution n'exerce aucune influence sur leur décision. Le coût, la simplicité de déploiement, la performance et la facilité d’intégration à l’infrastructure existante priment systématiquement. La souveraineté numérique demeure ainsi un objectif théorique dans les discours, qui s’efface dans la pratique au profit de critères d’efficacité opérationnelle.





