Data-driven ou data-driver : y a-t-il (encore) un pilote au Comex ?

[Billet d'humeur] À force d’écouter les chiffres, on finit parfois par se taire soi-même. Aussi précieuse soit-elle, ce n’est pas la donnée qui est en cause, mais ce qu’on en fait.

Publié et mis à jour le 24 avril 20252 min de lecture
Data-driven ou data-driver : y a-t-il (encore) un pilote au Comex ?

Il fut un temps - pas si lointain - où l’on prenait des décisions avec un peu de bon sens, une pincée d’intuition et... beaucoup de café. Aujourd’hui, il faut un dashboard. Ou plutôt dix. En temps réel, évidemment. Si possible avec des courbes sexy, des taux de conversion à la décimale près et ce petit frisson dans le dos quand une métrique clignote en rouge.

Bienvenue dans l’ère du data-driven. Cette religion moderne où la donnée est à la fois totem, oracle et talisman. Tout s’y plie : la stratégie, le marketing, le recrutement, la conception produit… On ne décide plus, on consulte. La data a parlé, amen.

Mais, à force d’écouter les chiffres, on finit parfois par se taire soi-même. Ce n’est pas la donnée qui est en cause - elle est précieuse, bien sûr -, c’est ce qu’on en fait. Ou plutôt ce qu’on n’ose plus faire sans elle. Il y a des réunions entières où personne ne formule une intuition si elle n’est pas accompagnée d’un histogramme. Le doute ? Pas scalable. L’instinct ? Non conforme RGPD.

On nous avait promis que la donnée allait nous éclairer. Parfois, elle nous aveugle. Dans certaines entreprises, le tableau de bord est devenu l’interface principale entre l’humain et la décision. Et il arrive que l’on pilote en regardant les rétroviseurs : la donnée décrit le passé, rarement l’inédit.

La vraie question n’est donc pas de savoir si l’on est “data-driven”, mais si l’on est encore maître à bord. Quand la métrique devient mantra, quand le KPI devient cap, quand le reporting devient rituel… on frôle la dépendance. La donnée, comme le sucre ou la nicotine, donne un petit shoot de certitude dans un monde incertain.

Alors oui, continuons à mesurer. Mais rappelons-nous que les décisions importantes, les vraies, ne tiennent pas toujours dans un tableur.

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