Commande publique

Doctrine d’achat numérique : l’État promet l’ouverture, l’écosystème voit encore la porte entrouverte 

Présentée le 5 février 2026 à Paris par Anne Le Hénanff, la nouvelle doctrine d’achat numérique de l’État fixe un cadre entre solutions du marché et développement interne. Une annonce politique forte, fragilisée par la sortie simultanée de La Suite numérique et la défiance persistante des éditeurs. 

Publié et mis à jour le 6 février 2026
2 min.
Doctrine d’achat numérique : l’État promet l’ouverture, l’écosystème voit encore la porte entrouverte 
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La doctrine devait rassurer, elle a surtout ravivé les lignes de fracture. Le 5 février 2026, à Paris, le gouvernement a dévoilé par communiqué une nouvelle doctrine d’achat numérique, formalisée par une circulaire du Premier ministre et portée par Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. Derrière l’affichage d’une doctrine “claire”, l’État tente surtout de mettre fin à une controverse qui mine le numérique public. Le texte entérine un principe : les administrations doivent prioritairement s’appuyer sur des solutions existantes, mutualisées ou issues du marché. “Nous ne pouvons plus nous permettre de développer des solutions qui existent déjà sur le marché”, a déclaré Anne Le Hénanff, lors de la présentation. Le message se veut presque comptable, dans un contexte de maîtrise budgétaire et de souveraineté numérique sous tension. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a assuré que cette doctrine visait à “renforcer l’exemplarité de l’État”. Mais cette clarification intervient dans un contexte inflammable. La publication coïncide avec de nouvelles annonces autour de La Suite numérique, perçues par une partie de l’écosystème comme la confirmation d’un État éditeur, exhortant le marcher à patienter. Le contraste entre discours et calendrier nourrit un malaise persistant. 

L’État éditeur, angle mort assumé du discours officiel 

Cette dissonance s’accentue avec l'évocation de ses propres exceptions. La circulaire cite la Suite numérique comme première application de la doctrine, en la présentant comme un modèle d’équilibre entre socle public et solutions du marché. Pilotée par la DINUM, elle repose sur un cœur opéré par l’État (Tchap, Visio, France Transfert), complété par des services ouverts à des acteurs privés. “Le développement spécifique n’intervient qu’en dernier ressort”, a précisé la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique, a justifié ce choix en appelant à “se désintoxiquer des outils non-européens” pour les usages critiques. Pourtant, dans l’écosystème, la démonstration convainc peu. Plusieurs éditeurs français dénoncent une doctrine qui légitime a posteriori des choix déjà actés, et une DINUM accusée de s’ériger en éditeur de référence, au risque d’assécher le marché. La frontière entre continuité du service public et concurrence publique reste, là encore, délicatement floue. 

Commande publique : l’appel du marché reste en suspens 

C’est sur le terrain économique que la critique se cristallise. La doctrine revendique un soutien explicite au numérique français et européen, faisant de la commande publique un outil de politique industrielle. “La commande publique doit soutenir les pépites françaises et européennes”, a affirmé David Amiel. Roland Lescure, ministre de l’Économie, lui, a parlé d’un “signal fort adressé aux industriels”, renforcé par l’annonce d’un rendez-vous national entre administrations et éditeurs le 27 mars 2026 à Bercy. Mais pour de nombreux acteurs du secteur, le signal reste symbolique. Aucun volume d’achats, aucun engagement chiffré, aucune inflexion claire sur le périmètre de l’État. À force d’appeler le marché sans lui passer commande, l’État entretient une relation asymétrique, où l’ouverture proclamée peine à se traduire en opportunités concrètes. 

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