métaux critiques
Face à la mainmise chinoise sur les métaux, l’A3M veut faire de la donnée une arme
Le 13 octobre, lors de l’évènement organisé par l’AFNeT et Ecosys Group, Bruno Jacquemin (A3M) a décrit une Chine qui contrôle désormais le marché des métaux et appelé les industriels à faire de la donnée une riposte.

C’est le portrait d’une Chine qui ne se contente plus de dominer les chaînes de valeur des métaux mais en contrôle désormais le marché, qu’a dressé Bruno Jacquemin devant un parterre d’industriels. Le délégué général de l’Alliance des minerais, minéraux et métaux (A3M) est intervenu ce 13 octobre lors de la matinale organisée par l’AFNeT et Ecosys Group. Délégué permanent du comité stratégique de filière Mines et Métallurgie, il a plaidé pour que la donnée, jusqu’ici cantonnée à la description des dépendances, devienne enfin l’instrument d’une riposte européenne.
“Je ne parle plus d’avance ou de maîtrise des chaînes de valeur, je parle de contrôle du marché”, a insisté Bruno Jacquemin, pour qui l’Europe est devenue totalement dépendante d’acteurs extérieurs. Les terres rares en sont la meilleure illustration, puisque ce marché minuscule à l’échelle mondiale suffit à paralyser des pans entiers de l’économie. Engagée dans une lutte de domination avec les États-Unis, la Chine s’en sert pour montrer à son rival qu’elle peut lui “couper le robinet” à tout moment.
Une Europe prise en étau entre Pékin et Washington
Le rapport Varin de 2022, puis le Critical Raw Materials Act européen, ont bien posé le diagnostic mais leurs objectifs resteront hors de portée sauf peut-être pour le lithium, a prévenu le délégué général. Si les 27 pays s’alignent malgré tout, c’est parce qu’“on est tous à la ramasse”, pendant que les Américains se précipitent sur les ressources que la Chine n’a pas encore prises. À Bruxelles, on juge d’ailleurs logique que la France soit la première à réclamer des mesures protectionnistes, elle qui n’a guère d’exportations à protéger. Paris reconstruit en outre une compétence de raffinage des terres rares partie en Chine, en allant rechercher les seniors qui en détenaient encore le savoir-faire.
Pour Bruno Jacquemin, “la donnée est vraiment stratégique quand elle réduit le délai entre l’alerte et l’action”, car l’industrie raisonne sur des cycles de plusieurs années. Entre la découverte d’un gisement de cuivre et la sortie des premiers kilos de métal, il faut des années, et “si vous réagissez au moment où le shortage vous est annoncé, vous êtes déjà dans les choux.” Or, l’Europe dispose surtout d’une base de données exhaustive mais passive, dont les acteurs se parlent trop peu et dont les systèmes ne sont pas interopérables. La qualification complique encore l’équation, car le titane d’Airbus n’est pas forcément celui que Safran exige pour un moteur. La donnée doit donc dire si une ressource est mobilisable au bon moment pour la production, un enjeu qui rend le prix du métal presque accessoire.
Comestran face à la bataille des traders
Pour passer à l’acte, Bruno Jacquemin et quelques industriels ont créé Comestran, une start-up industrielle chargée de sourcer, stocker et négocier les métaux critiques. Cette société à mission veut redonner à l’Europe une compétence de trading aujourd’hui concentrée en Chine et chez des négociants suisses et anglo-saxons. Washington courtise déjà ces opérateurs, Mercuria, Glencore ou Traxys ayant noué des accords avec Project Vault, un programme américain doté selon lui de 12 milliards de dollars. Face à une concurrence américaine, “ces traders serviront en premier” les États-Unis, prévient le Bruno Jacqumin, qui juge urgent de reconstruire cette capacité en Europe.
Le temps presse, alors que la sidérurgie française a perdu 36 % de sa production depuis 2017 et que l’industrie ne pèse plus que 9,9 % du PIB, devant seulement Malte et Chypre en Europe. Chaque décision différée repousse un peu plus la solution, avertit le délégué général, car une chaîne critique finira par se rompre, “et on sait que ça va arriver.”





