SANTÉ

Pour profiter de l’IA, l’hôpital doit apprendre à modifier les outils qu’il vient d’adopter 

À peine adopté, un outil d’intelligence artificielle peut être dépassé six mois après, a averti lors d’une table ronde, le directeur de l’hôpital Foch, aux côtés de la présidente de Medtronic France. 

Publié et mis à jour le 14 octobre 2026
3 min.
Pour profiter de l’IA, l’hôpital doit apprendre à modifier les outils qu’il vient d’adopter

Le directeur de l'hôpital Foch,

Coline Lafargue

Invités le 6 octobre à débattre de la valeur que l’intelligence artificielle (IA) apporte à la santé au Medicen Day, Jacques Léglise, directeur général de l’hôpital Foch, et Céline Dujardin, présidente de Medtronic France, ont confronté le regard du terrain hospitalier à celui de l’industriel. Afin de décrire les usages de l’IA et les freins qui ralentissent encore sa généralisation. “Aujourd’hui, nos cadres passent la moitié de leur temps à bâtir du planning”, a constaté Jacques Léglise, qui déploie des outils pour les soulager, comme faire rédiger à une IA un compte rendu de chaque consultation. Son établissement teste aussi, avec une dizaine d’autres hôpitaux, des LLM qui synthétisent le dossier du patient et la littérature récente pour éclairer le diagnostic, car “ce n’est pas de la science-fiction, on est en train de le faire”, en attendant une médecine prédictive capable d’anticiper l’évolution d’un patient en réanimation. 

L’IA gagne tout l’hôpital 

En écho, Céline Dujardin a rappelé que “ 80 % de nos dispositifs médicaux sont associés soit à de l’intelligence artificielle, soit à des objets connectés, soit à de la télésurveillance.” La présidente de Medtronic France souligne que “l’IA, seule, n’a pas de valeur. Il faut de la donnée et la qualité de la donnée va devenir un actif important” et prévient que ce qu’elle décrit aujourd’hui “sera absolument faux demain”, tant les usages évoluent vite. 

En effet, “ça avance très vite, et six mois ou trois mois plus tard, il y a mieux sur le marché”, a observé Jacques Léglise, qui, faute de disposer de “milliers de personnes en mesure de tester tous les logiciels”, choisit ses chantiers selon sa stratégie tout en restant prêt à changer de cap. “Il faut qu’on rentre dans une culture très compliquée pour l’hôpital, une culture du produit jetable”, a-t-il martelé, tandis que Céline Dujardin a insisté sur le fait qu’un dispositif “prend toute sa valeur quand il est intégré à la bonne organisation de soins.” 

Le financement, verrou du passage à l’échelle 

Sur le terrain, la crainte d’une IA opaque qui déciderait à la place du médecin ne freine pas tellement les équipes de l’hôpital Foch. Jacques Léglise n’observe “pas de vrai problème de refus“ et où le cadre européen, réputé pour sa rigueur, a réglé la question de la responsabilité en la laissant tout entière entre des mains humaines. “Il y aura toujours une supervision humaine”, a expliqué le directeur, qui voit dans le poids des habitudes un frein bien plus tenace que les scrupules éthiques, une confiance que Medtronic entretient de son côté en menant ses études cliniques avec les professionnels de santé eux-mêmes. 

Pour changer d’échelle, Céline Dujardin France a cité l’interopérabilité de données encore dispersées et la formation, mais surtout un financement qui porte “sur des dispositifs pris isolément et pas sur une approche plus globale” de la valeur en santé, un chantier sur lequel, malgré quelques initiatives, “on n’est pas du tout à l’échelle.” Jacques Léglise a estimé de son côté que “le vrai sujet, il est probablement dans le tri”, fragilisé selon lui par la baisse des effectifs et un turnover extrêmement important. 


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