rouge pour fraternité

Face au risque de fragmentation, la souveraineté se conjugue désormais avec la coopération  

Réunis à Paris sous présidence française du G7, les représentants de l'industrie numérique ont défendu une feuille de route articulée autour de sept priorités. Un message a dominé les débats : gagner en souveraineté sans céder au repli. 

Publié à 3h00 | Mis à jour à 4h20

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Fiona Slous / Alliancy

Le numérique ressemble de plus en plus à un archipel de blocs rivaux. Entre guerre des semi-conducteurs, bataille de l'intelligence artificielle et retour des politiques industrielles, le Tech7 a tenté à Paris de maintenir un pont là où beaucoup commencent à construire des murs. Réunis le 28 mai à la veille de la ministérielle numérique du G7, les représentants des principales organisations professionnelles de la tech ont cherché à peser sur les discussions des États autour d'une même préoccupation : comment renforcer la souveraineté technologique sans accélérer la fragmentation du numérique mondial ? Face aux tensions géopolitiques et aux risques de découplage économique, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique a défendu “une coordination pragmatique et un multilatéralisme efficace capable d'apporter des réponses concrètes aux défis économiques mondiaux”. Quelques minutes plus tard, elle a posé ce qui restera comme le fil rouge du sommet. La souveraineté numérique “ne signifie ni protectionnisme, ni autarcie, ni isolationnisme”, a-t-elle insisté. Le propos tranche avec un débat public dominé cette année par les notions d'autonomie stratégique et de relocalisation. 

Une feuille de route pour l’interdépendance choisie 

Cette ambition se retrouve dans les sept recommandations remises aux dirigeants du G7. Le Tech7 y appelle à renforcer la cybersécurité, sécuriser les infrastructures critiques, développer les technologies quantiques, accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle, préserver les flux de données internationaux de confiance, moderniser les systèmes de santé et renforcer la coopération entre démocraties numériques. Pris séparément, ces sujets couvrent des réalités très différentes. Pris ensemble, ils dessinent une même stratégie. Réduire les dépendances les plus critiques sans remettre en cause les échanges internationaux qui structurent l'économie numérique.

Véronique Torner, présidente de Numeum

Véronique Torner, présidente de Numeum

Fiona Slous / Alliancy

Le document défend ainsi le principe du “Data Free Flow with Trust” (libre circulation des données de confiance), soutient des standards communs pour l'IA et appelle à une coopération renforcée sur les infrastructures et les chaînes d'approvisionnement. Une approche en rupture avec les débats qui ont dominé ces dernières années. Là où la discussion portait largement sur la régulation ou la relocalisation, le Tech7 privilégie une logique de résilience collective. “Compétitivité, résilience et responsabilité”, a résumé Véronique Torner, présidente de Numeum. Les trois priorités irriguent l'ensemble de la feuille de route. 

Des modèles aux infrastructures 

L'autre enseignement du sommet tient au déplacement des priorités de l'écosystème. L'intelligence artificielle reste omniprésente, mais elle n'occupe plus seule le devant de la scène. Les recommandations parlent davantage d'infrastructures que de modèles. Derrière l'IA apparaissent les capacités de calcul, les centres de données, les réseaux, la cybersécurité ou encore les chaînes d'approvisionnement numériques. “Les technologies numériques sont désormais au cœur de nos économies, de nos services publics et de notre sécurité”, a rappelé Véronique Torner. Cette évolution reflète une préoccupation plus opérationnelle. L'enjeu n'est plus seulement d'innover mais de déployer. Anne Le Hénanff a d'ailleurs placé parmi les priorités de la présidence française du G7 l'adoption de l'IA pour la croissance économique, la résilience des infrastructures numériques et la promotion de principes communs de confiance. Une feuille de route qui témoigne d'une forme de maturité du débat. Après la course aux modèles, l'heure semble être venue de s'intéresser aux fondations.