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France Biotech veut mobiliser l’épargne privée pour relancer le financement
Malgré une hausse des levées de fonds au premier semestre 2026, les entreprises françaises de la HealthTech peinent à se financer.

Sur le papier, la nouvelle est bonne : au premier semestre 2026, les levées de fonds en capital-risque des entreprises HealthTech non cotées ont progressé de 70 %, pour dépasser 700 millions d’euros, contre 416 millions un an plus tôt. Pourtant, selon l’enquête de France Biotech, 87 % de ces entreprises déclarent des difficultés de refinancement en 2026, contre 79 % en 2025. L’explication tient à la répartition. Près de la moitié des montants levés au S1 2026 ont été captés par seulement cinq opérations, parmi lesquelles celles de Bionyra et de Sensorion. Le rebond profite donc à quelques entreprises, pas à l’ensemble du secteur.
Un an de recherche de fonds
Pour les autres, la quête de financement s’allonge : les entreprises en recherche de fonds le sont depuis un an en moyenne. Résultat, 68 % des sociétés interrogées ressentent des tensions de trésorerie. L’enjeu dépasse la santé financière de quelques start-up. La France compte environ 2 800 start-up et PME innovantes en santé, qui emploient près de 80 000 personnes et consacrent en moyenne plus de 70 % de leurs dépenses à la R&D. Ce sont des projets gourmands en capitaux : développer un médicament demande en moyenne 2 milliards d’euros sur quinze ans, et un dispositif médical implantable entre 500 millions et 1 milliard d’euros. Or, 90 % des dirigeants affirment en 2026 que les longs délais de financement retardent leurs activités de R&D et le franchissement de jalons scientifiques. Elles étaient déjà 79 % à l’affirmer en 2025.
Ces difficultés s’expliquent partiellement par un amenuisement des alternatives au capital-risque. En 2025, 64 % des entreprises avaient bénéficié d’un financement non dilutif. Elles ne sont plus que 42 % en 2026. "Ces dernières années, il y a eu énormément d'appels à projets de la part de Bpifrance dans le cadre des opérations de France 2030. Un certain nombre de ces appels à projets sont désormais clos. Cela explique en grande partie la part d'entreprises moins importantes qui ont pu bénéficier de ces financements", justifie Chloé Evans, adjointe à la directrice générale de France Biotech. Elle donne ensuite une seconde explication : une plus grande sélectivité sur certains projets ou certains types de financements. Par exemple, du côté des aides européennes, seules 8 % des entreprises y ont eu recours en 2026, la plupart jugeant la lourdeur des démarches disproportionnée par rapport aux chances de succès. À l’inverse, le crédit d’impôt recherche représente en moyenne 20 % des dépenses d'exploitation des entreprises.
L’épargne privée comme relais de financement
Pour sortir de l’impasse, France Biotech dirige ses espoirs vers l’épargne privée. L’assurance-vie française pèse entre 2 400 et 2 500 milliards d’euros, mais seulement 19 % du patrimoine financier des Français est investi en fonds propres d’entreprises, contre 40 % au Danemark et 60 % en Suède. L’association plaide donc pour orienter une partie de cette épargne, via l’assurance-vie et le Plan d’épargne retraite (PER), vers l’innovation en santé. Elle s’appuie notamment sur le dispositif Tibi, dont nous avons détaillé la relance par le gouvernement : les deux premières tranches avaient orienté 25 % de leurs montants vers la santé, et la troisième vise à apporter 13 milliards d’euros à la tech.
L’association affirme s’être assurée que, dans le cahier des charges de la troisième tranche, "la santé serait bien considérée comme un secteur stratégique", et que les fonds soutenus joueraient le rôle de chef de file des tours de table, une qualité qui manque souvent. Mais elle a aussi réuni, pendant plusieurs mois, des acteurs publics et privés du financement pour explorer d’autres pistes. Trois sont jugées prioritaires : capter davantage d’épargne des particuliers, la structurer dans un fonds de fonds dédié, puis l’orienter durablement vers les entreprises françaises innovantes en santé. La première brique serait un label d’État "Innovation en Santé". Attribué aux fonds de capital-risque et de capital-croissance qui investissent dans des sociétés non cotées développant des technologies de santé, il reposerait sur des critères d’éligibilité. Une garantie de la qualité des fonds, délivrée par l’État.
Trois outils pour mobiliser les particuliers
Trois outils sont ensuite proposés pour collecter l’épargne. Le premier consiste en des unités de compte "Innovation en Santé" dans l’assurance-vie et le plan d’épargne retraite (PER), des produits que les Français connaissent bien. L’assurance-vie présente toutefois une limite, sa liquidité, peu compatible avec des investissements de très long terme, ce qui rend le PER plus adapté. L’association recommande donc de s’assurer d’une demande réelle des épargnants et de l’intérêt des distributeurs, puis de lancer une phase pilote. Le second outil proposé serait des fonds nourriciers accessibles aux particuliers, sur le modèle de ceux déjà lancés par Bpifrance. Enfin, l’association propose des fonds à capital concessionnaire, un modèle qui, selon le président de France Biotech, Frédéric Girard, "fonctionne plutôt bien au Canada". Concrètement, des cabinets de gestion de patrimoine familial apportent 3 euros pour 1 euro de l’État, et leurs investissements privés sont remboursés en premier.
France Biotech souhaite aussi une garantie d’État partielle de type first loss. "L’idée n’est pas de garantir intégralement le capital, mais au moins une partie", précise Frédéric Girard. L’épargne collectée serait ensuite confiée à un fonds de fonds en gestion privée, qui apporterait 1 euro pour chaque euro investi par des sociétés de gestion spécialisées en santé. Dans ce schéma, l’État serait à la fois régulateur, co-investisseur dans les fonds concessionnaires et, surtout, jouerait, selon Frédéric Girard, "un rôle d’incitateur" auprès des épargnants. Les propositions de France Biotech ont déjà été transmises aux ministères concernés.





